GM licencie des travailleurs de Flint qui se sont exprimés sur les médias sociaux pendant la grève

Par Jerry White
30 octobre 2019

Au lendemain de la grève de General Motors interrompue par le syndicat des United Auto Workers (UAW) les Travailleurs unis de l'automobile, l'entreprise a procédé à des licenciements en représailles de travailleurs qui se sont exprimés sur les médias sociaux pendant la grève de 40 jours.

Bien que le nombre de travailleurs victimes ne soit pas encore connu, au moins trois d'entre eux travaillaient à l'usine d'assemblage de camions de Flint, l'une des usines les plus importantes et les plus rentables de GM. L'un de ces travailleurs est Juan Gonzales, comptant 19 ans d’ancienneté chez General Motors, interpellé par GM Global Security à son arrivée au travail lundi matin et emmené au service des relations de travail où on lui a montré des photos de sa page Facebook. Gonzales a ensuite été renvoyé sommairement.

Dans un commentaire sur sa page Facebook lundi matin, Gonzales a écrit: «Congédié! Ne mettez rien sur les sites de médias sociaux, car la sécurité de GM de Detroit y a accès et j’ai vu qu’ils avaient tout ce que j'ai posté pendant la grève dans une grande enveloppe. Tout! Tenez-vous loin!»

Piquet de travailleurs de GM à l’usine d’assemblage de Flint durant la grève

Gonzales est un travailleur qui a son franc-parler et qui a émis des commentaires sur plusieurs pages Facebook où les travailleurs de l'automobile s'expriment, notamment contre la collusion des UAW avec l’entreprise. Il a également été interviewé à plusieurs reprises par les médias locaux sur la ligne de piquetage devant l'usine Flint Assembly. Dès le premier jour de grève, le 16 septembre, il avait dénoncé GM pour n'avoir rien donné aux travailleurs en dépit de ses profits record, disant à un journaliste de la chaine NBC 25 que l'entreprise «continue de s’enrichir pendant que nous, nous restons au même point.»

Afin de justifier cette violation scandaleuse de la liberté d'expression, le Detroit Free Press et d'autres médias du monde des affaires ont rapporté des allégations non fondées selon lesquelles les travailleurs auraient été congédiés pour avoir affiché des messages de menace sur les médias sociaux ou participé à des incidents violents sur la ligne de piquetage. Le Detroit Free Press cite une «personne anonyme bien au courant des licenciements» qui a déclaré: «Cela a un lien avec des menaces d’attentat à la bombe et de violence bien réelles qui ont été proférées sur les lignes de piquetage».

Les travailleurs réfutent ces mensonges calomnieux. L'un des travailleurs victimes, qui ne voulait pas que son nom soit utilisé, a dit à l'affilié local d'ABC-TV qu'il avait été congédié pour avoir affiché par frustration qu'il allait «casser des œufs» mais qu'il ne menaçait en fait qui que ce soit d’aucune violence.

Gonzales et d'autres travailleurs sont clairement pris pour cible pour avoir exercé leurs droits au premier amendement et critiqué l’entreprise géante qui ferme des usines, détruit les moyens de subsistance et les communautés de milliers de travailleurs et condamne toute une génération de travailleurs au statut temporaire et à un bas salaire. Des travailleurs ont déclaré au WSWS Autoworker Newsletter que les agents de GM Global Security utilisent de faux profils pour suivre les pages privées sur les médias sociaux et surveiller les commentaires des travailleurs, et qu'ils ont également dû passer en revue la couverture médiatique locale de la grève.

«Il est évident que GM Global Security a du monde sur chaque page syndicale et de l’UAW», a déclaré un employé de l'usine d'assemblage FCA Jeep de Toledo, en Ohio, à la WSWS Autoworker Newsletter. Ils ont confronté Juan avec un dossier rempli de messages qu'il a faits sur 10 pages différentes.»

Un autre ouvrier de Toledo Jeep a dit: «Je n'ai rien trouvé de compromettant quand j'ai fait des recherches sur les postes de Juan. Le Detroit Free Press rapporte que tous ceux qui ont été congédiés incitaient à la violence (appelant le monde à apporter des armes sur la ligne de piquetage pour arrêter les briseurs de grève, etc.) Personnellement, je n'ai vu aucun message ou commentaire de qui que ce soit allant dans ce sens.»

Dans sa déclaration officielle, GM indique clairement qu'elle punit des travailleurs pour intimider quiconque oserait résister au régime dictatorial qui régnera dans les usines et qui sera appliqué par le syndicat des UAW selon les termes du nouveau contrat. GM a en effet déclaré à la chaine 7 Action News de Detroit que «Nous pouvons confirmer que des employés ont été licenciés de chez Flint Assembly en raison de violations de la politique de l'entreprise. Les membres de notre équipe jouent un rôle essentiel dans notre succès, et la nouvelle convention collective de quatre ans reconnaît ces contributions importantes grâce à un ensemble de salaires et d'avantages sociaux à la fine pointe de l'industrie. Alors que nous redémarrons nos opérations, nous allons de l’avant comme une seule équipe et restons concentrés sur nos priorités en matière de sécurité et de construction de véhicules de haute qualité pour nos clients.»

Le licenciement des travailleurs de Flint fait suite à la décision de GM de licencier neuf autres travailleurs militants de son usine de Silao, au Mexique. Cette usine a voté pour s’opposer aux demandes de l’entreprise et du syndicat d'augmenter la production pendant la grève aux États-Unis. Les ouvriers de Silao fabriquent les mêmes camions Silverado et Sierra que les ouvriers américains des usines de Flint Assembly et de Fort Wayne, en Indiana.

Les travailleurs de Ford et de Fiat Chrysler qui se sont opposés à la capitulation des UAW chez GM et qui veulent aussi lutter contre les demandes de concessions sont également victimes. Un travailleur de Fiat Chrysler a déclaré au WSWS Autoworker Newsletter: «On nous a dit que nous serions licenciés si nous publiions quelque chose sur les médias sociaux ou si nous parlions avec d'autres travailleurs du prochain contrat. Lors d'une réunion d'usine, ils ont dit que nous, les anciens travailleurs, complotions contre l'entreprise et le syndicat et que nous avions reçu un préavis de licenciement qui serait exécuté advenant que nous parlions à la jeune génération de travailleurs à propos des termes et de la formulation du contrat de travail ou de toute entente.

«Nous n'avons personne vers qui nous tourner pour nous aider parce que le syndicat laisse l'entreprise faire ce qu'elle veut aux travailleurs, peu importe les ententes contractuelles. Le harcèlement est hors de contrôle. On nous force aussi à travailler à chaque pause et on nous dit de ne pas signaler les blessures.»

Les responsables du syndicat des UAW International et de la section locale 598 à Flint ont reconnu que des licenciements avaient bien eu lieu et ils ont clairement indiqué qu'ils ne feraient rien pour s’opposer sérieusement à cette tentative flagrante d'intimidation des travailleurs. «Toutes les questions seront abordées par le biais de nos sections locales et de la procédure de règlement des griefs de nos conventions collectives qui s'appliquait pendant l'arrêt de travail» a déclaré le syndicat des UAW International dans un communiqué aux médias locaux.

Le fait est que le syndicat des UAW soutient l'entreprise en faisant un exemple du sort des travailleurs militants. Pendant la grève, le syndicat des UAW a délibérément isolé les travailleurs de GM, gardant plus de 100.000 travailleurs de Ford et de Fiat Chrysler au travail malgré l'utilisation de briseurs de grève par GM, y compris à Flint. Conscients qu'ils seraient confrontés à une opposition généralisée, les responsables syndicaux locaux de Spring Hill, au Tennessee, ont appelé la police pour intimider les travailleurs faisant campagne contre le contrat de capitulation. Faisant fi des droits démocratiques des travailleurs, le syndicat des UAW a soumis en rafale toute une série de votes de ratification avant que les travailleurs n'aient eu suffisamment de temps pour étudier l'entente de principe et en discuter, puis ont annoncé que l'accord avait été conclu à 56 pour cent «pour» contre 44 pour cent «contre», sur la base de larges «oui» obtenus à des usines comme Flint Assembly, où des travailleurs ont dit que les votes avaient été manipulés.

Les travailleurs ont tout à fait le droit de dire ce qu'ils pensent et d'utiliser les médias sociaux pour organiser leur opposition, sans être espionnés par les entreprises et le syndicat des UAW. Ce droit est garanti par le premier amendement de la Constitution américaine. Il fait également partie de la clause «Protected Concerted Activity» de la National Labor Relations Act (Loi nationale sur les relations de travail) de 1935, qui garantit le droit des travailleurs «d'agir ensemble pour essayer d'améliorer leur rémunération et leurs conditions de travail, avec ou sans syndicat.»

Après avoir reçu de nombreuses protestations de travailleurs se plaignant que leurs droits étaient violés, le National Labor Relations Board (NLRB) a constaté en 2012 que plusieurs employeurs, dont General Motors, violaient sciemment la législation fédérale du travail par le biais de leur politique restrictive sur les médias sociaux. GM a déclaré qu'en dépit des recommandations du NLRB, l'entreprise ne modifierait pas sa politique, affirmant que celle-ci «respecte les lois applicables».

En dépit de cela, le syndicat des UAW approuve les règles antidémocratiques de GM sur les médias sociaux, à propos de «l'affichage ou le transfert de messages contenant des rumeurs, des déclarations malveillantes ou des commentaires négatifs envers GM ou l'un de ses employés, comme le stipule le règlement no 30 de notre entente locale d’atelier», écrit un syndicat local.

Les travailleurs doivent exiger la réintégration de tous les travailleurs victimes, de Flint Assembly au Michigan, à Silao au Mexique. La lutte contre le licenciement des travailleurs militants et la prise de mesures disciplinaires contre eux, et pour la défense du droit à la liberté d'expression et à la résistance collective ne sera jamais menée par le syndicat des UAW. Ces mesures ne peuvent être combattues que par la création de comités d'usine par les travailleurs de la base, indépendants du syndicat des UAW corrompu, afin de mobiliser tous les travailleurs contre la dictature patronale-syndicale imposée dans les usines.

Le WSWS Autoworker Newsletter recommande vivement aux travailleurs de participer à la téléconférence jeudi à 19 h, heure de l'Est, pour discuter des leçons de la grève de GM. Pour vous inscrire, rendez-vous sur wsws.org/autocall

(Article paru en anglais le 29 octobre 2019)