Plus de 5000 arrestations et des violences policières contre des grévistes des transports dans l'État de Telangana en Inde

Par Kranti Kumara
12 novembre 2019

Plus de 5000 personnes, dont des dirigeants du comité d'action syndicale (JAC) des syndicats qui dirigent la grève de cinq semaines avec 48.000 travailleurs de la Telangana State Road Transport Corporation (TSRTC), ont été placées en «détention préventive» vendredi par le gouvernement de l’Etat pro-patronat du Telangana Rashtra Samiti (TRS). Le gouvernement de droite est dirigé par le ministre en chef autocratique, K. Chandrasekar Rao, communément appelé KCR.

Le gouvernement de KCR a ordonné les raids de la police et la rafle massive dans l'État de Telangana afin d'empêcher les travailleurs de prendre part à un rassemblement de masse que le JAC avait annoncé samedi à «Tank Bund», l'emplacement d'un célèbre lac artificiel du XVIe siècle dans la ville de Hyderabad, la capitale de Telangana.

Le ministre en chef, qui dirige l'assaut contre les travailleurs, a ordonné à sa police de refuser la permission pour le rassemblement, une attaque flagrante contre le droit démocratique des travailleurs à la liberté de parole et de réunion. La police a affirmé que le rassemblement causerait des «inconvénients pour le public» et des «problèmes de sécurité publique».

Des policières indiennes arrêtent un militant au cours d'une journée ville morte appelée par la TSRTC (Telangana State Road Transport Corporation) et des partis politiques de l'opposition à Hyderabad, en Inde. (Photo AP / Mahesh Kumar A.)

Lorsque des centaines de travailleurs indignés ont décidé de se soustraire à l'interdiction et de se rendre sur le site du rassemblement, des escadrons de la police se sont mis à les frapper et les ont sévèrement battus avec des matraques. Ils ont également lancé des gaz lacrymogènes contre les travailleurs. De nombreux travailleurs ont été grièvement blessés et certains se sont effondrés sous les coups de la police.

D'autres ont été arrêtés, notamment des dirigeants de partis d'opposition tels que le Parti communiste stalinien de l'Inde (CPI), le parti chauviniste hindou Bharatiya Janata Party (BJP) et le Parti du Congrès. Ces dirigeants ont voulu cyniquement se donner des airs de partisans des travailleurs afin de progresser dans les sondages politiques contre le gouvernement TRS.

Les chauffeurs, les conducteurs d’autobus, les mécaniciens et d’autres travailleurs de la TSRTC sont en grève depuis le 5 octobre pour se battre pour défendre les emplois et une amélioration substantielle de leurs salaires et conditions de travail misérables. Ils sont restés en grève pour défier le deuxième ultimatum de KCR de retourner au travail, le dernier avec une date de reprise du 5 novembre, faute de quoi tous ont été limogé sans préavis.

Le ministre en chef avait décrété le jour même du déclenchement de la grève que, à moins que les travailleurs ne soient de retour à leur poste à 18 heures le jour même, ils «ne seraient jamais réembauchés quoi qu'il arrive.»

Le fait que les travailleurs aient jusqu'ici défié les menaces de KCR, malgré les immenses difficultés pour eux-mêmes et leurs familles résultant de la perte de salaire, n'a fait que rendre plus furieux le ministre en chef KCR et les intérêts des entreprises aux noms de qui il parle.

Les travailleurs ont formulé 26 revendications visant à améliorer leurs salaires et leurs conditions de travail, mais le principal problème est l'opposition aux efforts du gouvernement de l'État pour privatiser la TSRTC. Les travailleurs exigent au contraire que la société de transport routier, dont dépend la grande majorité de la population, soit directement intégrée au gouvernement de l'État. Au cours des dernières années, la TSRTC a été privée de fonds publiques pour l’entretien et la modernisation et a été plongé dans un cercle vicieux de pertes et d’endettement accru.

Le 2 novembre, après une réunion spéciale du cabinet ministériel, KCR a annoncé qu'il privatiserait 5100 des 10.400 itinéraires de la TSRTC.

Le sort de la TSRTC est partagé par des sociétés de transport routier appartenant aux États dans toute l'Inde. Dans l'État du Kerala, dirigé par le Front démocratique de gauche (LDF) avec à sa tête le Parti communiste indien (CPM) stalinien, les travailleurs du secteur des transports routiers se sont mis en grève le 24 novembre pour exiger le paiement de leurs salaires en temps voulu. La réponse du ministre en chef stalinien, Pinarayi Vijayan, membre du Politburo du CPM, a été d’attaquer les travailleurs. Il a autorisé la KSRTC (société du transport routier du Kerala) à invoquer le principe de dies non (pas de rémunération sans travail) car les travailleurs exigent le paiement à temps de leurs salaires et autres indemnités.

Les méthodes autocratiques de KCR et sa volonté de privatiser la TSRTC au niveau de l'État emboîtent le pas au régime autocratique du Premier ministre suprémaciste hindou Narendra Modi du BJP au niveau national. En août, le gouvernement du BJP sous Modi a abrogé unilatéralement et illégalement le statut spécial que la Constitution indienne accordait depuis longtemps au Cachemire, le seul État indien à majorité musulmane.

Modi et son cabinet de droite ont résolument poussé en faveur de la privatisation d'entreprises géantes appartenant à l'État, afin de tirer encore plus de profits des travailleurs et d'enrichir encore plus l'élite indienne.

En janvier dernier, Nitin Gadkari, ministre des Transports et des autoroutes, a publiquement exhorté tous les gouvernements des États à privatiser tous les transports en commun. Il a affirmé que l'État ne pouvait pas «se permettre» de financer ces services essentiels. Les masses indiennes sont complètement dépendantes des transports routiers existants relativement peu coûteux pour leurs déplacements quotidiens ainsi que pour leurs déplacements sur de longues distances.

Malgré le courage et la résilience extraordinaires des travailleurs de la TSRTC, la grève est gravement menacée par la direction syndicale pourrie du JAC. Ces responsables ont fait appel à l'ennemi le plus déterminé de la classe ouvrière indienne, le gouvernement national du BJP dirigé par Modi, d’intervenir.

Le JAC a qualifié de manière très révélatrice la manifestation de samedi d'une «marche pour un million d'hommes», inspirée de celle organisée en 2011 par un comité d'action conjoint dirigé par KCR lui-même, qui menait compagne pour un État séparé, celui de Telangana. Effectivement,Telangana est devenu un État séparé en 2014 après la cession de la région par l'État d'Andhra Pradesh.

Les dirigeants syndicaux actuels de la TSRTC, en coopération avec les staliniens du CPI et du CPM, ainsi que le Parti du Congrès, ont exhorté les travailleurs de Telangana à soutenir le parti TRS de KCR, leur promettant que leur vie s'améliorerait si Telangana devenait un État séparé.

La Haute Cour de Telangana, préoccupée par le fait que la ligne dure de KCR contre les travailleurs de la TSRTC puisse avoir un effet contre-productif et déclencher une explosion sociale plus large, a bloqué la décision de KCR de privatiser les 5100 lignes d’autobus annoncées le 2 novembre. Le tribunal lui a également ordonné de s'entretenir avec les syndicats avant sa prochaine audience le 11 novembre.

Le JAC répand des illusions quant à la position de la Haute Cour. Les tribunaux indiens ont toujours été particulièrement brutaux envers la classe ouvrière. Cela a été souligné lorsque la Haute Cour de l'État d'Haryana, dans le nord du pays, a condamné, en mars 2017, 13 travailleurs du secteur de l’automobile de chez Maruti Suzuki à la réclusion à perpétuité sur de fausses accusations de meurtre dont ils sont complètement innocents.

(Article paru en anglais le 11 novembre)