Les manifestants sur Marseille se radicalisent lors de la 42e journée de grève

Par Anthony Torres
17 janvier 2020

Face à un gouvernement qui ne compte pas reculer sur la question de la réforme des retraites malgré l'impopularité de cette réforme, les travailleurs et les jeunes manifestent dans les rues de Marseille voulant le retrait de la réforme des retraites et la chute de Macron et du système capitaliste.

A Marseille, la police compte 8.000 personnes contre 110.000 selon la CGT alors que mardi la manifestation avait rassemblé 45000 personnes selon la CGT. L'intersyndicale composée de la CGT, Sud, FO et le SNES-FSU avaient mobilisé les travailleurs des ports et docks en grève durant 3 jours comme la semaine dernière, les enseignants, les agents territoriaux. Des «gilets jaunes» étaient aussi mobilisés.

Auprès du WSWS Hélène, une «gilet jaune», a dénoncé la politique du gouvernement: «On essaie de nous faire passer des textes de lois sans l’avis du peuple et la première des choses à faire c’est changer cela. On voit qu’il y a beaucoup de monde dans la rue, les gens se rendent compte que le recul du gouvernement sur l’âge pivot qu’il traite lui-même de provisoire, c’est un mensonge. Cela veut dire qu’il n’a pas été enlevé. Ils feront passer des amendements à l’Assemblée nationale et au Sénat sans l’avis de la population.»

Sur la nécessité d'unifier les luttes des travailleurs en France avec leurs frères et sœurs de classe en lutte à travers le monde, Hélène a dit: «Cette lutte contre la réforme des retraites va plus loin qu’une lutte contre Macron, nous luttons contre un nouvel ordre mondial. Ils sont dans un système de finance et non d’humain et les gens dans le monde se révoltent et comprennent qu’ils s’en foutent de la masse populaire, mais sans nous ils ne sont rien.»

Hélène a ajouté, «Les gens doivent prendre conscience que si on se soulève en même temps, c’est nous qui gagnerons, pas eux. Elles ont fait 88 milliards de dividende, les sociétés du CAC-40, alors qu’ils ne paient pas les cotisations pour les caisses de retraite! Les gens s’informent de plus en plus et à force les gens vont finir dehors comme à Hong Kong, car c’est la finance qui dirige le monde.»

Hélène a ajouté, «Il faut que les gens sortent maintenant dans la rue, même si l'on n'est pas d'accord avec les syndicats. La réforme des retraites n'est qu'une étape, après cela sera la Sécu. Il faut bouger et faire bouger les choses. Ce n'est pas seulement faire chuter Macron, car après on met qui? Il faut changer de système … Il faut que les gens se rendent compte que l'on n'est pas dans un régime démocratique mais de dictature. Ils ont le pouvoir donc c'est compliqué, mais il faut que cela bouge. C'est ce que nous voulons avec les gilets jaunes: un gouvernement populaire.»

Le WSWS a aussi parlé à Nadine, retraitée de la fonction publique. Elle a dit être «venue manifester pas pour moi personnellement, je ne suis pas touchée par cette réforme mais pour les générations futures qui eux auront des retraites de misère et vivent dans la précarité. Il y a 30 ans j'ai connu la période ou l'on vivait correctement. Maintenant ce n'est plus le cas. Il y a plus largement la politique de Macron qui attaque tous les services sociaux, les inégalités sociales sont élevé, on voit que d'un côté les pauvres deviennent plus pauvres et de l'autre on verse des dividendes énormes aux actionnaires du CAC-40.»

Interrogée sur la présence de «gilets jaunes» à une journée d'action organisée par les syndicats, Nadine a dit qu’elle se méfie des syndicat: «J'ai été syndiquée toute ma carrière, j'ai fait plusieurs syndicats, la CFDT et la CGT entre autres. Je peux vous dire qu'à un moment donné, ils vont nous laisser tomber. J'ai fait plusieurs fois des grèves dures et longues, cela m'est arrivé de faire grève pendant 3 mois et au final, ils nous laissaient tomber. … Je pense que la CFDT ne va pas pouvoir survivre. La CGT s'est différent mais on ne peut pas compter sur eux. On ne peut rien attendre des négociations, il faut le retrait et aller jusqu'à la démission.»

Lorsque le WSWS a évoqué la nécessité de créer des comités d'action indépendants des syndicats, Nadine a été pour: «Il faut bien sur que les gens se révoltent. Ie suis ‘gilet jaune,’ c'est vrai que c'est difficile de tous s'entendre, mais la situation ne peut plus continuer comme ça.»

Nadine soutient les luttes de travailleurs à travers le monde: «Les inégalités sociales sont comme vous dites la revendication commune, il faut que le système change, le capitalisme aujourd'hui n'est plus viable, on délocalise les industries, on crée du chômage alors que nous devons avoir une meilleur répartition des richesses».

Interrogée sur les violences policières, elle a fait part de sa colère: «J'ai dans ma famille beaucoup de policiers, mais j'ai vu comment cela se passe. Quand il y a les policiers dans les manifestations cela dégénère, quand ils ne sont pas là cela se passe mieux. On dit que dans les manifestations sur Marseille ça se passe mieux mais il y a aussi beaucoup de répression policière avec des arrestations de gens qui n'ont rien fait, car on est pacifique. Puis il y a des gardes à vue.»

Elle a ajouté, «Dans une des manifestations j'ai eu de la chance que la personne à côté de moi se soit baissée, j'ai eu le réflexe de me baisser aussi. Sinon je me prenais une grenade de désencerclement dans la tête, elle est passé juste au-dessus de moi ... pourtant je suis retraitée, grand-mère et arrière grand-mère, j'étais pacifique. On se sent plus en sécurité dans les quartiers de Marseille où il y a les caïds que lorsque l'on est entouré des policiers. Ce n'est pas normal.»

Lorsque le WSWS a dit à Nadine qu'il fallait construire un parti révolutionnaire pour lutter contre la menace de guerre et l'austérité, Nadine a dit: «Oui, c'est ce qu'il faut. Si j'avais été plus jeune cela m'aurait intéressé car il n'y a pas d'opposition réelle. Même Mélenchon n'est pas dans l'opposition.»