États-Unis: John Bolton et la mise en accusation de Trump pour «sécurité nationale»

Par Patrick Martin
31 janvier 2020

L’émergence de John Bolton, l’un des principaux architectes de la guerre en Irak, en tant que figure centrale de la campagne de destitution des démocrates montre, une fois de plus, que le conflit au sein de l’État est centré sur les divisions en matière de politique étrangère entre deux factions de droite de la classe dirigeante américaine.

John Bolton

Dimanche, le New York Times a rapporté qu’un livre à venir écrit par Bolton prétend que Trump a exigé que l’Ukraine enquête sur l’ancien vice-président Joe Biden et son fils, Hunter, comme condition pour recevoir son aide militaire prévue. Depuis lors, les responsables de la mise en accusation de la Chambre ont surtout insisté pour que le Sénat accepte d’entendre de nouveaux témoins, à commencer par Bolton.

John Bolton est un criminel de guerre. Il a été l’un des principaux architectes de la guerre en Irak. Il a fait des déclarations éhontées sur les «armes de destruction massive» de l’Irak afin de déclencher une guerre qui a tué plus d’un million de personnes. Il a à la fois participé au déclenchement d’innombrables guerres, qui ont eu des conséquences humaines désastreuses, et les a préconisées publiquement.

Alors qu’il était un conseiller en matière de sécurité nationale de Trump, Bolton a déclaré que les États-Unis envisageaient le «modèle libyen» dans leurs relations avec la Corée du Nord. Il a fait référence directement au lynchage du président libyen Mouammar Kadhafi par les forces islamistes soutenues par les États-Unis.

Le fait que Bolton soit considéré comme la figure de proue de l’opposition des démocrates contre Trump montre clairement que leur opposition à Trump n’est pas fondée sur les véritables crimes du président, à savoir: ses violations des droits de l’homme à la frontière, son affirmation de pouvoirs dictatoriaux et ses appels aux forces fascistes, mais sur des allégations selon lesquelles il n’est pas suffisamment agressif face à la Russie.

Mercredi, le représentant Eliot Engel, président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a révélé que Bolton l’avait appelé le 23 septembre 2019. Bolton lui a demandé instamment que sa commission examine le licenciement de Marie Yovanovitch, l’ambassadrice des États-Unis en Ukraine, et suggérant qu’il était inapproprié.

La chronologie est essentielle: Bolton a appelé l’influent démocrate moins de deux semaines après son départ acrimonieux de la Maison-Blanche, et le jour même où sept démocrates de la Chambre des représentants ayant des antécédents dans le domaine du renseignement militaire ont publié un article dans le Washington Post appelant à une enquête sur Trump pour son refus d’aide militaire programmé à l’Ukraine. Le lendemain, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a annoncé le début de l’enquête de mise en accusation afin qu’il soit destitué.

Et la presse laisse entendre, sans fondement jusqu’à ce point, que Bolton a commencé ses opérations anti-Trump avant même de quitter la Maison-Blanche. En suggérant que c’était sur la base de désaccords sur l’Iran, l’Ukraine et d’autres régions où il préconisait une politique plus belliqueuse que celle du président.

Engel était un point de contact logique pour Bolton au sein du Parti démocrate. Il a une longue et solide expérience de la politique étrangère de droite, en particulier au Moyen-Orient. Le membre du Congrès de New York est l’un des plus fervents partisans de l’oppression israélienne des Palestiniens. Il a voté pour autoriser la guerre en Irak. Il s’est opposé à l’accord nucléaire iranien négocié sous l’administration Obama. Lorsque Trump a menacé l’été dernier de lancer des missiles sur l’Iran, il a déclaré qu’aucun vote du Congrès n’était nécessaire pour autoriser une telle action, car «nous n’avons pas besoin de lier les mains du président».

Mercredi, la séance du procès de Trump consistait de huit heures de questions soumises en alternance par les républicains et les démocrates. Les trois premières questions des démocrates ont porté sur le sujet de Bolton et ont demandé plus de témoignages sur la décision d’aide à l’Ukraine. Les démocrates sont revenus sur la question à plusieurs reprises, tandis que les républicains du Sénat et les avocats de Trump ont mené une action d’arrière-garde, espérant empêcher la défection de quatre républicains lors du vote de vendredi.

Trump a dénoncé Bolton dans une série de tweets, affirmant que «si je l’avais écouté, nous serions déjà dans la sixième guerre mondiale». Il s’agissait d’une tentative cynique d’utiliser le bilan de Bolton en matière de bellicisme pour prendre une fausse position d’opposition à la guerre. Et cela malgré l’adhésion de Trump au militarisme et une politique étrangère de menaces de violence.

En réalité, toutes les factions de l’élite dirigeante américaine soutiennent le versement de billions de dollars dans l’armée en préparation d’une guerre mondiale. Leurs différends sont d’ordre tactique: quel pays frapper en premier, quand et sous quel prétexte. Les démocrates visent la Syrie et la Russie et Trump se concentre davantage sur l’Iran et la Chine.

Mais la principale réaction de Trump à sa mise en accusation et à l’alignement public de Bolton sur les démocrates a été de porter le pouvoir exécutif au-dessus de celui du Congrès et d’intensifier sa rhétorique toujours plus violente et incendiaire, en particulier lors des rassemblements de sa campagne pour réélection, cherchant à créer une atmosphère de violence et d’intimidation à l’encontre de ses opposants politiques.

La Maison-Blanche a envoyé une lettre à l’avocat de Bolton qui menace de bloquer la publication de son livre, affirmant qu’il contenait de nombreuses informations classifiées qui devaient être supprimées. L’objectif flagrant était d’utiliser de fausses préoccupations de «sécurité nationale» pour faire taire Bolton suffisamment longtemps pour mettre fin au procès du Sénat et permettre à Trump de se déclarer justifié.

Le fond de l’affaire présentée par les avocats de Trump lundi et mardi était de déclarer le président exempt de tout contrôle de son autorité par le Congrès. S’ajustant à l’impact du récit de Bolton, les avocats ont avancé l’argument que même si Trump avait retenu l’aide pour forcer une faveur politique de l’Ukraine, ce n’était pas un délit pour lequel il pourrait être destitué.

L’argument le plus manifestement autoritaire a été avancé par le professeur Alan Dershowitz, de Harvard, qui a affirmé que «l’abus de pouvoir» et «l’obstruction au Congrès» ne sont pas des délits imprescriptibles. Selon cette logique, les articles de mise en accusation qui ont conduit Richard Nixon à démissionner de la présidence dans le scandale du Watergate – pour abus de pouvoir, outrage au Congrès et obstruction à la justice – étaient illégitimes et inconstitutionnels.

Pendant qu’ils parlent au Sénat, les avocats de Trump et les législateurs républicains défendent la théorie selon laquelle le président est un tyran élu, sans aucune contrainte juridique. Trump lui-même se présente à des rassemblements de campagne où il encourage la démagogie raciste et le fascisme envers les «socialistes» et les «communistes».

À Wildwood, dans le sud du New Jersey, mardi soir, Trump s’en est pris aux immigrants. Il a salué la violence perpétrée à leur encontre par les agents de l’immigration et des douanes et a accusé les démocrates d’être des socialistes et des traîtres. Il poursuivra cette campagne avec des rassemblements à Des Moines juste avant les caucus de l’Iowa et à Manchester, New Hampshire, juste avant les primaires de cet État. C’était une tentative évidente d’intimidation des électeurs – bien que cela risque d’avoir l’effet inverse.

Il existe une hostilité vaste et croissante à l’égard de l’administration Trump et, plus largement, du programme de contre-révolution sociale, d’attaques contre les droits démocratiques et de guerre que mènent l’ensemble de l’élite dirigeante et ses deux partis politiques.

La question centrale à laquelle font face les travailleurs et les jeunes est de reconnaître qu’aucune des deux factions dans ces luttes intestines politiques actuelles ne représente quoi que ce soit de progressiste ou de démocratique. Les deux factions défendent l’aristocratie financière capitaliste et l’impérialisme américain.

La classe ouvrière doit se libérer du carcan politique du système bipartite contrôlé par les entreprises et construire un mouvement politique indépendant de masse pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 30 janvier 2020)