Sanders fait une percée dans les sondages au milieu des attaques des médias et des pontes du Parti démocrate

Par Jacob Crosse
3 février 2020

Lundi, les caucus de l’Iowa ont amorcé officiellement le processus de sélection présidentielle du Parti démocrate, les sondages indiquent une hausse continue du soutien au sénateur du Vermont Bernie Sanders.

Selon un sondage du Washington Post, Sanders et l'ancien vice-président Biden sont statistiquement à égalité dans cet État, tandis que le sondage du New York Times indique que Sanders est désormais en tête, suivi de Biden, Elizabeth Warren, Pete Buttegieg et Amy Klobuchar.

Un sondage national publié hier par NBC News et le Wall Street Journal a indiqué que le soutien de Sanders parmi les électeurs primaires démocrates est de 27 pour cent, soit une augmentation de six points de pourcentage par rapport à décembre, tandis que Biden est tombé à 26 pour cent, soit une baisse de deux points de pourcentage. Warren suit à 15 pour cent, Michael Bloomberg à 9 pour cent, et Buttigieg à 7 pour cent.

L’essor du soutien à Sanders survient au beau milieu d’une campagne menée par les hauts responsables du Parti démocrate et par les principaux médias contre sa candidature. En effet, plusieurs commentaires dans les médias ont noté avec inquiétude que les attaques de ces sources contre Sanders semblent avoir eu l’effet contraire à celui escompté.

Après les dénonciations de Sanders par l’ancienne candidate, Hillary Clinton, et une attaque calomnieuse de Warren au début du mois, le New York Times a adopté une approche différente lundi. Dans un article intitulé «Bernie Sanders et son armée de l’Internet», le Times a dépeint les partisans en ligne de Sanders comme des «les voyous de Bernie» violents et sexistes. L’article était pour la plupart dépourvu de faits, s’appuyant plutôt sur d’anciens sbires de Clinton et d’Obama, en plus de conseillers de campagne rivaux, pour des citations salaces. Dans de telles citations, Sanders était chargé de favoriser une «culture toxique» dans sa campagne.

Ce travail de sape dans l’article a aussi fait remarquer que Sanders a 10 millions de personnes qui le suivent sur Twitter, plus que Warren, Biden, Buttigieg et Klobachar réunis. L’article a ajouté, de façon inquiétante et sans le justifier, qu’«un nombre important pourrait s’avérer être des bots automatisés ou de comptes fictifs. Les procureurs fédéraux ont détaillé les efforts coordonnés des ressortissants russes pour interférer dans les élections de 2016. Ils ont mis l’accent sur deux candidats — Donald J. Trump et M. Sanders — que les Russes espèrent soutenir tout en dénigrant leurs adversaires.»

Ainsi, le Times invoque les allégations fabriquées sur l’ingérence massive de la Russie dans les élections de 2016 pour étayer les affirmations fabriquées selon lesquelles les partisans de Sanders «manipulent» également les élections.

D’autres journaux ont publié des articles similaires. Le Washington Post a écrit que la distribution d’images et de messages critiques à l’égard de Warren par Sanders utilisait «une nouvelle technique populaire de publipostage de masse». Le Post a précisé que ce publipostage: «permet aux Américains ordinaires d’opérer avec une vitesse de tir rapide qui rappellent celle des bots ou des trolls russes en 2016.»

Les médias indiquent que Biden et Klubochar ont discuté d’une collaboration au sein des caucus de l’Iowa. Le but était de contrer le soutien à Sanders dans les circonscriptions où l’un ou l’autre des candidats n’est pas viable. L’équipe de Biden a également évoqué la possibilité d’une nomination à la vice-présidence de Klobuchar si elle était prête à accepter l’accord.

La direction du parti a également un plan de repli sous la forme du milliardaire Michael Bloomberg, ancien maire de la ville de New York. Dans un entretien révélateur accordé à l’émission Morning Joe sur MSNBC, Steven Rattner, un initié de longue date de Wall Street et anciennement chef du groupe de travail d’Obama sur l’automobile, qui gère aujourd’hui l’investissement de la fortune de 58 milliards de dollars de Bloomberg, a expliqué «l’option de repli centriste» que représente une candidature de Bloomberg.

«Biden va soit gagner dans l’Iowa et le New Hampshire… soit il va échouer là-bas, auquel cas il doit y avoir une autre solution centriste viable pour arrêter Bernie Sanders.»

Des dirigeants des Démocrates ont déjà pris des mesures pour établir un contrôle sur le Comité de la plate-forme de la Convention nationale démocrate de 2020. Il s’est fait remplir avec de personnalités hostiles à Sanders. Parmi les noms les plus connus, citons Randi Weingarten, président de la Fédération américaine des enseignants, John Podesta, ancien président de la campagne d’Hillary Clinton, et l’ancienne sénatrice du Dakota du Nord, Heidi Heitkamp.

Le vice-président du Comité de la plate-forme est Jake Sullivan, qui fait partie des cercles de politique étrangère du Parti démocrate depuis plus de dix ans. Sullivan a été conseiller à la sécurité nationale de Biden et a également conseillé les campagnes d’Hillary Clinton et de Barack Obama.

L’hostilité des sections dominantes de l’establishment du Parti démocrate envers Sanders se motive non pas tant par Sanders lui-même, qui est une quantité connue, mais par les sentiments qui motivent le soutien à sa campagne. Sanders a dirigé son appel vers l’opposition à l’inégalité sociale et à la guerre. Il se présentait comme la voix de l’opposition à Wall Street, au complexe militaro-industriel, aux grandes entreprises et à l’establishment politique, républicain et démocrate à la fois.

Le Parti démocrate ne veut pas organiser d’élections sur le fond de ces questions et est tout à fait prêt à saborder une campagne de Sanders par tous les moyens nécessaires.

L’hostilité envers Sanders est d’autant plus importante que le contenu de son programme et son rôle sont réels. Sanders n’est pas un socialiste et ses propositions de réforme s’inscriraient aisément dans le courant dominant de la politique bourgeoise d’il y a 50 ans. En politique étrangère, Sanders a toujours déclaré son soutien aux actions militaires du gouvernement Obama et a voté pour la guerre en Serbie sous Clinton et en Afghanistan sous Bush.

De plus, Sanders est resté honteusement silencieux sur la persécution du fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, une cible principale de la campagne anti-russe des Démocrates.

La campagne contre Sanders expose la faillite de ses propres intentions proclamées de «transformer» le Parti démocrate, un parti de Wall Street et des agences de renseignement. Il a le soutien des sections privilégiées de la classe moyenne supérieure qui forment la base de la politique d’identité raciale et de genre.

Depuis le début, l’objectif de la «révolution politique» de Sanders a été de canaliser l’opposition sociale et politique vers le Parti démocrate. C’est la tâche qu’il a accomplie en 2016. Une fois il avait perdu contre Clinton lors des primaires du Parti démocrate. Sanders a tout fait pour convaincre ses partisans de soutenir Clinton, le candidat largement méprisé des banques et de l’armée. Mais, cette défaite était déjà due en grande partie aux tactiques sournoises du Comité national démocrate. Ainsi, la direction des Démocrates avait déjà une peur bleue de mouvement des ouvriers et des jeunes qui soutenaient Sanders.

Au début de l’actuelle course à la présidence, en février 2019, Sanders a expliqué clairement ses intentions dans un débat d’hôtel de ville diffusé sur CNN: «La vérité est que de plus en plus de gens sont désenchantés par les positions traditionnelles républicaine et démocrate. Et surtout les jeunes. Ils s’inscrivent comme indépendants, ou comme non affiliées. Et je pense qu'en tant que quelqu’un qui était auparavant indépendant des partis, nous pouvons les faire entrer au Parti démocrate.»

Le parti dans lequel Sanders veut les «ramener» est le même parti qui est totalement opposé à tout appel aux questions qui animent en réalité de larges sections de travailleurs et de jeunes. En effet, le Parti démocrate a mené toute son opposition au gouvernement Trump sur la base de divisions au sein de la classe dirigeante en matière de politique étrangère. Cela reflète les préoccupations des sections dominantes de l’appareil militaire et des services de renseignement, selon lesquelles Trump n’a pas pris de mesures suffisamment agressives contre la Russie.

Tout cela ne fait que démontrer que le développement d’un mouvement politique contre l’inégalité sociale, la guerre et la dictature — et l’Administration Trump — doit se libérer de l’emprise du Parti démocrate. Et ainsi de se libérer également de la campagne de Sanders. Donc, ce n’est pas avec de telles manœuvres que les travailleurs et les jeunes doivent s’orienter, mais au développement de la lutte des classes, aux États-Unis et au niveau international.

La croissance de l’opposition sociale au sein de la classe ouvrière doit être guidée par une perspective et une direction révolutionnaire socialiste et internationaliste. Le Parti de l’égalité socialiste présente des candidats aux élections présidentielles américaines, Joseph Kishore et Norissa Santa Cruz, pour lutter pour construire cette direction.

Pour plus d'informations et pour participer à la campagne du SEP, visitez le site socialism2020.org.

(Article paru d’abord en anglais 1 février 2020)