Des villes sont mises en quarantaine en Italie, en Iran et en Corée du Sud avec la propagation mondiale du coronavirus

Par Alex Lantier
25 février 2020

L’épidémie de coronavirus qui s’est propagée à partir de Wuhan, dans la province chinoise du Hubei, a fait un bond dans le monde entier ce week-end. Le nombre de cas a augmenté en Italie, en Iran et en Corée du Sud. Le personnel médical se bat pour éviter une pandémie mortelle, soulignant la nécessité d’une offensive internationale coordonnée pour stopper la propagation de la maladie.

La Chine reste le centre de l’épidémie, avec 652 nouveaux cas et 99 nouveaux décès dimanche, ce qui porte le nombre total de cas en Chine à 76.940, avec 2.444 décès.

La maladie se propage régulièrement à travers l’Asie et l’Europe. De plus, en raison de sa longue période d’incubation, elle a peut-être déjà infecté de nombreuses personnes au Moyen-Orient, en Afrique et dans les Amériques sans qu’il se fasse détecter. Vendredi, le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti que «nous sommes encore dans une phase où le confinement est possible […] notre fenêtre d’opportunité se réduit.»

Des gens se tiennent sur le quai près d’un train arrêté par les autorités à la gare du côté italien du col du Brenner, Italie [Crédit: AP Photo/Matthias Schrader]

En Corée du Sud, où on a confirmé166 nouveaux cas, quatre personnes sont mortes, portant le total des malades à au moins 602. Le gouvernement a déclaré une urgence sanitaire de niveau 4, la plus élevée du pays. À Daegu, l’épicentre actuel de la maladie en Corée du Sud, le maire Kwon Young-jin a fermé des écoles, des services religieux, des centres commerciaux et d’autres rassemblements publics. Il a qualifié la maladie de «crise sans précédent».

Le risque que l’Europe connaisse une épidémie de grande ampleur s’accroît. L’Italie a placé plusieurs villes du nord sous quarantaine pendant le week-end, annulant ainsi des manifestations culturelles, des événements religieux et des classes scolaires et universitaires, puisqu’on a détecté 149 nouveaux cas, ce qui porte le total de trois le vendredi matin à 152, dont trois sont morts.

Hier, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a déclaré qu’il «suivait attentivement la situation en Italie». Il a également déclaré qu’il considère un nombre important de nouveaux cas en France comme «très probables» et qu’il «se prépare» à «une épidémie».

Le fait qu’un groupe de patients atteints de coronavirus près de Venise n’ait aucun lien connu avec la Chine est particulièrement préoccupant. Cette infection aurait eu une source européenne inconnue. Le gouvernement italien a annoncé que la police et l’armée seront mobilisées pour faire appliquer les ordres de quarantaine, et des fonctionnaires autrichiens ont déjà fait faire demi-tour à un train italien à la frontière.

Le médecin de l’OMS Walter Ricciardi a blâmé le gouvernement italien. Il a déclaré qu’«on a commis une grave erreur en ne mettant pas en quarantaine les personnes qui sont arrivées en Italie en provenance de Chine». Il a ajouté que «dans deux semaines, nous saurons si nous sommes face à une épidémie». En attendant, il a conseillé aux Italiens d’«éviter les lieux bondés: métros, bus, trains, écoles, discothèques et gymnases».

En Iran, les autorités ont fermé une grande partie du pays après un sixième décès dû à un coronavirus, avec 28 cas signalés jusqu’à présent. Les autorités soupçonnent que les ouvriers du bâtiment chinois de Qom qui sont rentrés en Chine pour le Nouvel An lunaire le mois dernier pourraient avoir apporté la maladie en Iran. Des informations non confirmées existent également selon lesquelles les patients atteints de coronavirus tombent malades et meurent beaucoup plus rapidement lors de leur admission à l’hôpital en Iran qu’en Chine. C’est peut-être parce que le virus s’y propage maintenant de leurs poumons à leur cœur.

Le gouvernement iranien a ordonné la fermeture des écoles, des universités et des théâtres à Qom, Markazi, Gilan, Ardabil, Kermanshah, Qazvin, Zanjan, Mazandaran, Golestan, Hamedan, Alborz, Semnan, Kurdistan et la capitale Téhéran. Le directeur de l’Université des sciences médicales de Qom, Mohammadreza Ghadir, a lancé un appel à la télévision d’État iranien, déclarant: «Nous sommes en première ligne, nous avons besoin d’aide […] Si je peux dire une chose, c’est que: «Aidez Qom!»

Le Pakistan et l’Afghanistan ont fermé leurs frontières avec l’Iran ce week-end. Ils craignent que la maladie ne se propage de l’Iran au Moyen-Orient où des décennies de guerres impérialistes et de sanctions économiques menées par les États-Unis ont dévasté les systèmes médicaux. Deux touristes iraniens se sont testés positifs au coronavirus aux Émirats arabes unis samedi, et le Liban a confirmé son premier cas de coronavirus vendredi, une femme de 45 ans revenant de Qom, un célèbre site de pèlerinage.

L’Afrique ne compte actuellement qu’un seul cas confirmé de coronavirus, hospitalisé en Égypte. Toutefois, on craint de plus en plus que de nombreux cas non détectés existent déjà dans ce pays, qui proviennent soit de la Chine, qui a beaucoup investi sur le continent, soit des pays tiers en Europe et au Moyen-Orient.

Stopper ce virus, jusqu’alors inconnu, nécessite un effort massif, coordonné à l'échelle internationale, pour développer et tester des vaccins, fabriquer des médicaments antiviraux et du matériel médical. Toutefois, la mise en œuvre cohérente d’une telle politique exige une rupture décisive avec les politiques d’austérité et de guerre imposées par les élites capitalistes dirigeantes du monde entier depuis plusieurs décennies.

L’épidémie de coronavirus est extrêmement grave. Pour l’instant, les responsables gouvernementaux présentent souvent une estimation de l’OMS sur la mortalité de la maladie en divisant le nombre de victimes du coronavirus par le nombre de personnes dont l’infection est prouvée. Ce calcul, qui montre que 2 pour cent des personnes connues pour avoir contracté la maladie sont déjà décédées, semble sous-estimer considérablement la gravité de la maladie et les défis qu’implique son traitement.

À la date d’hier, on a confirmé un total mondial de 78.993 personnes comme infectées par le coronavirus. Sur les 25.889 personnes qu’on ne traite plus, 2.470 (9,5 pour cent) étaient mortes et 23.419 s’étaient rétablies. Sur les 53.104 cas actifs restants, 41.535 (78 pour cent) souffraient de symptômes légers. Par contre 11.569 personnes (22 pour cent) étaient dans un état grave ou critique, nécessitant une hospitalisation et une oxygénation pour traiter une pneumonie déclenchée par le coronavirus.

Ainsi, environ 20 pour cent des cas diagnostiqués nécessitent des soins, de haute technologie, et à forte intensité de main-d’œuvre, pour rester en vie. Dans l’ensemble, parmi les cas où le traitement a pris fin, environ un sur dix s’est soldé par un décès. Si le nombre de patients devait continuer à augmenter au niveau international au rythme actuel pendant plusieurs mois, cela pourrait submerger les systèmes de santé, même dans les économies les plus avancées.

Bien entendu, de nombreuses personnes ont contracté un coronavirus sans être gravement malades et ont échappé au diagnostic, de sorte que les taux globaux de maladies graves et de décès sont plus faibles. Toutefois, cela n’est guère rassurant: vraisemblablement les porteurs de coronavirus non encore détectés peuvent néanmoins transmettre la maladie à d’autres personnes, qui tombent malades ou même meurent. En particulier si le coronavirus devenait endémique dans des régions d’Afrique ou d’Asie centrale, où les hôpitaux de pointe sont moins nombreux, cela pourrait avoir des conséquences dévastatrices.

En attendant, l’humanité est confrontée aux conséquences de décennies au cours desquelles on a dépensé des milliards de dollars pour mener des guerres impérialistes destructrices. En même temps on donnait d’énormes montants de fonds publics à une aristocratie financière déjà obscènement riche. Du Mali et du Congo à la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan, des millions de personnes sont mortes dans des guerres impérialistes d’occupation ou des guerres par procuration. Ces guerres n’ont laissé dans leur sillage qu’une traînée de dévastation. Dans ces régions, des infrastructures médicales essentielles se sont fait détruire ou la guerre a empêché leur construction, laissant des centaines de millions de personnes pratiquement sans défense.

Quant à l’Amérique du Nord et à l’Europe, elles ont soumis leurs centres médicaux à d’interminables séries de fermetures d’hôpitaux et de coupes budgétaires qui ont coûté des milliards d’euros. Dans les pays européens — dont le Portugal et la France —, les infirmières ont protesté contre une décennie de gel des salaires et le sous-financement des hôpitaux dans l’Union européenne. Cela s’est passé surtout depuis le krach de 2008. Les infirmiers ont joué un rôle clé dans les grèves contre l’austérité. Pourtant, les gouvernements capitalistes de diverses couleurs politiques les ont menacés à plusieurs reprises de licenciement ou d’agression par la police antiémeute.

Les autorités britanniques ont publié un communiqué sur le coronavirus déclarant: «Notre service national de santé de classe mondiale est bien préparé, et nous faisons tout notre possible pour protéger le public». Cela a suscité une réponse caustique de John Campbell, un médecin britannique commentant le coronavirus sur Internet.

Travaillant dans des hôpitaux locaux, il a déclaré: «Souvent, nous n’étions pas préparés pour un lundi matin». Il a poursuivi: «quelques cas d’infections thoraciques ou de grippe nous mettaient en difficulté tout de suite. L’idée qu’on est bien préparé pour une épidémie de coronavirus en plus est une absurdité absolue. Alors comment pouvons-nous critiquer la Chine, l’Iran et la Corée du Nord pour ne pas nous avoir dit toute la vérité? Alors que la voix officielle du gouvernement britannique me dit que nous sommes bien préparés […] pour que des milliers de personnes tombent malades en même temps?»

(Article paru d’abord en anglais 24 février 2020)

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