Les gouvernements lésinent sur les fonds pour lutter contre le coronavirus, mais ouvrent les robinets pour les banques

Par Andre Damon
4 mars 2020

Les 72 heures entre la fermeture des marchés boursiers vendredi et la fin de la journée lundi ont vu une expansion désastreuse du coronavirus mortel dans le monde entier. Le nombre de cas a augmenté dans plusieurs pays européens, tandis que ceux des États-Unis ont presque quintuplé.

Des gens passent devant un panneau électronique montrant l’indice des actions de Hong Kong devant une banque locale à Hong Kong, le mardi 3 mars 2020. (AP Photo/Kin Cheung)

Au cours de cette période, six personnes sont mortes du virus aux États-Unis après que les experts aient confirmé une «transmission communautaire» dans trois endroits différents. Une étude génétique a révélé que le coronavirus s’était propagé dans la population de l’État de Washington pendant six semaines, ce qui signifie qu’entre cent cinquante et plus d’un millier de personnes avaient probablement été malades sans être détectées.

Mais malgré cette nouvelle désastreuse, l’indice Dow Jones Industrial Average a clôturé lundi par une hausse de 1294 points, soit le plus grand gain de points jamais enregistré en une journée.

Le rebond du marché ne s'appuyait pas non plus sur une amélioration des conditions économiques. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a mis en garde lundi contre une contraction de l’économie mondiale au premier trimestre de cette année. Également, elle a réduit ses prévisions de croissance économique pour l’ensemble de l’année au niveau le plus bas depuis 2009.

Les marchés réagissaient plutôt à autre chose: les banques centrales s’engageaient de plus en plus à réduire les taux d’intérêt et à procéder à des achats d’actifs. Ainsi, ils mettent une quantité illimitée de liquidités à la disposition des marchés financiers.

Lundi, avant l’ouverture des marchés américains, le gouverneur de la Banque du Japon, Haruhiko Kuroda, s’est engagé à «offrir suffisamment de liquidités par le biais d’opérations de marché et d’achats d’actifs». La banque centrale japonaise a immédiatement injecté près de 5 milliards de dollars sur les marchés financiers.

Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a rejointe Kuroda. Il a annoncé que les économies du G7 allaient prendre des «mesures concertées» en réponse à l’épidémie, ce qui laisse entrevoir la possibilité d’une baisse coordonnée des taux d’intérêt par les principales banques centrales. La Banque centrale européenne a déclaré par la suite qu’elle pourrait ramener les taux d’intérêt en dessous de zéro et lancer une nouvelle série d’achats d’actifs.

Ces annonces faisaient suite à la déclaration faite vendredi après-midi par le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, qui s’est engagé à «utiliser nos outils et à agir comme il convient pour soutenir l’économie». Cela a été un signal clair aux marchés que la Réserve fédérale va probablement réduire les taux d’intérêt avant même sa réunion prévue les 17 et 18 mars, et le faire en tandem avec d’autres banques centrales.

Seule une somme dérisoire est fournie pour ralentir la propagation de la pandémie de coronavirus, qui menace de tuer des millions de personnes, mais des fonds illimités sont mis à disposition pour renflouer l’élite financière. La Fed se tient prête à injecter des milliards de dollars à Wall Street. Par contre, l’Administration Trump n’a demandé que 2,5 milliards de dollars pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, dont la moitié finira dans d’autres programmes.

Les gouvernements réagissent à la pandémie de coronavirus de la même manière qu’ils ont réagi à la crise financière de 2008. Ils donnent des milliers de milliards de dollars à l’oligarchie financière tout en ne faisant rien pour la grande majorité de la population.

La caractéristique la plus frappante de la réponse à l’apparition de la maladie aux États-Unis est l’étonnant manque de préparation. Malgré des semaines d’alerte avancée, les centres de contrôle des maladies (CDC) n’étaient absolument pas préparés à effectuer des tests à grande échelle pour détecter le virus. Ce fait a permis à celui-ci de se propager plus largement et a pu coûter un nombre incalculable de vies.

Le défraiement systématique des infrastructures de soins de santé publique aux États-Unis a conditionné la réponse désastreuse à la crise. Ceci s’est fait dans le cadre du démantèlement des infrastructures sociales qui a accompagné l’implacable redistribution des richesses vers le haut pendant des décennies.

Tout comme la crise financière de 2008, la classe dirigeante répond à la crise mondiale du coronavirus en se défendant et en élargissant ses propres intérêts. Il y a dix ans, des dizaines de millions de familles ont perdu leur maison, tandis que les riches et les super-riches étaient renfloués et se sont rendus encore plus riches.

La Réserve fédérale et le Trésor américain ont prêté près de sept mille milliards de dollars au système financier, on les a utilisés pour soutenir plus de trente mille milliards de dollars d’actifs financiers. Cela a déclenché la plus grande bulle financière de l’histoire de l’humanité, avec des valeurs boursières qui ont quadruplé depuis 2009.

Une fois de plus, les classes dirigeantes réagissent à une nouvelle crise — l’épidémie de maladie infectieuse la plus dangereuse depuis un siècle — entièrement par rapport avec leurs propres intérêts de classe.

Les banques centrales et les gouvernements savent que c’est la classe ouvrière et les pauvres qui porteront le poids écrasant de la maladie. Alors que les riches ont le luxe de faire du télétravail ou de ne pas travailler du tout. Les travailleurs, par contre, seront contraints de continuer à travailler soit par la menace d’être licenciés, soit par l’effet dévastateur des pertes de salaire. Ils vont devoir s’exposer ainsi à l’infection en travaillant dans des usines, des entrepôts, des cabinets médicaux et des commerces de détail.

L’élite au pouvoir s’assurera qu’elle a accès aux meilleurs soins médicaux, tandis que les travailleurs languiront dans des hôpitaux exigus et mal approvisionnés. Ceux qui font partie des 87 millions d’Américains qui ne sont pas assurés ou qui le sont insuffisamment seront réduits au choix déchirant de renoncer aux soins ou de se retrouver en situation de ruine financière.

Les travailleurs doivent répondre à la crise, avec la même détermination que la classe dirigeante, sur la base de leurs propres intérêts de classe. Comme le Comité international de la Quatrième Internationale l’a clairement indiqué dans sa déclaration du 29 février:

La classe ouvrière doit exiger des gouvernements qu’ils mettent à disposition les ressources nécessaires pour contenir la propagation de la maladie; traiter et soigner les personnes infectées; et assurer les moyens de subsistance des centaines de millions de personnes qui feront face aux retombées économiques.

La déclaration se poursuit :

En exigeant que les gouvernements capitalistes mettent en œuvre ces mesures d’urgence, la classe ouvrière internationale n’abandonne pas son objectif fondamental: la fin du système capitaliste. Au contraire, la lutte pour l’action d’urgence augmentera la conscience de la classe ouvrière, développera sa compréhension du besoin de solidarité internationale de classe et augmentera sa confiance en soi politique.

Les jours qui se sont écoulés depuis la publication de cette déclaration n’ont fait que souligner les dangers que représente cette maladie. Les efforts que les élites dirigeantes déploient et déploieront pour défendre leur richesse et leurs privilèges aux dépens de la société commencent à confirmer et confirmeront la déclaration qui précède.

(Article paru d’abord en anglais 3 mars 2020)