Il y a 100 ans: proclamation d'un éphémère Royaume de Syrie

Par WSWS
7 mars 2020

Le 8 mars 1920, le Congrès arabe syrien a proclamé la création du Royaume arabe de Syrie, une monarchie constitutionnelle avec Fayçal bin Hussein à sa tête. Le royaume recouvrait une région appelée la Grande Syrie, qui comprenait l'essentiel de la Syrie actuelle, ainsi que la Palestine, le Liban et une partie de l'Irak.

Fayçal à Versailles, durant la Conférence de Paris sur la paix en 1919

Ce royaume fut la première d'une série de tentatives de la part des nationalistes arabes d'établir des États indépendants du contrôle direct des impérialismes français ou britannique.

À la fin de la Première Guerre mondiale, les alliés avaient vaincu les troupes turques et allemandes au Moyen-Orient avec l'aide des armées arabes menées par des éléments féodaux et monarchistes. En 1918, les britanniques et les français ont commencé à administrer les provinces de l'ancien Empire ottoman correspondant à la Syrie, l'Irak, la Jordanie et la Palestine actuels, dans le cadre des Territoires ennemis occupés (TEO).

En 1919 Fayçal, fils du shérif de La Mecque située dans l'actuelle Arabie Saoudite, avait participé à la Conférence de Paris sur la paix comme représentant des Arabes. Il y avait négocié un accord secret avec le Premier ministre français Clemenceau qui le mettait à la tête d'une Syrie officiellement indépendante sous tutelle française.

Lorsque Fayçal est arrivé à Damas en janvier 2020, les nationalistes plus radicaux ont refusé d'accepter la moindre ingérence française. Le Congrès national syrien a déclaré qu'il était prêt à faire la guerre à la France et à la Grande-Bretagne.

C'est dans ce contexte que le Royaume arabe de Syrie a été proclamé. Fayçal a accepté d'être à la tête du nouvel état, mais en coulisses il œuvrait avec les éléments les plus fortunés et les plus conservateurs des Arabes, en particulier les éléments au pouvoir à Damas, qui étaient restés loyaux aux Ottomans durant la guerre. Comme Fayçal, cette section de la classe dirigeante arabe soutenait en général les intérêts impérialistes, y compris la colonisation de la Palestine par les immigrés sionistes.

Fayçal a laissé l'armée arabe attaquer les Français et a recherché une alliance avec les nationalistes turcs qui se battaient contre la France en Turquie, mais en même temps il cherchait à obtenir de l'aide des britanniques. Les britanniques avaient passé l'accord secret Sykes-Picot en 1917 pour se partager le Moyen-Orient, mais ils étaient en litige avec les français depuis 1919, et dans une certaine mesure avaient protégé les insurgés arabes en Syrie contre l'armée française.

Cependant, dès le printemps 1920, les français ont passé un nouvel accord avec les britanniques ainsi que signé une armistice avec les nationalistes turcs. En juin le général français Gouraud a donné un ultimatum à Fayçal. Ce dernier s'est rendu sans conditions, malgré des émeutes dans les principales villes syriennes, et en juillet l'armée française est entrée à Damas et a affirmé les revendications françaises sur la Syrie « entière, et pour toujours ».

(Article paru en anglais le 2 mars 2020)