L’allocution de Trump sur le coronavirus: ignorance, xénophobie et impuissance

Par James Cogan et Andre Damon
13 mars 2020

Alors que les avertissements se multiplient qu’une partie importante de la population mondiale pourrait se voir infectée par la pandémie mortelle de coronavirus, le président américain a prononcé mercredi à heure de grande écoute une allocution marquée à la fois par son ignorance, sa xénophobie et sa totale indifférence à la vie humaine.

Dans des remarques consistant presque exclusivement en des éloges de soi-même, Trump n’a assumé aucune responsabilité pour l’inaction et le désarroi qui ont caractérisé la réponse de son administration à la crise. Au contraire, il a présenté la réaction américaine bâclée – considérée comme une honte dans le monde entier – comme la «meilleure du monde».

Le discours de Trump ne comportait aucune mesure susceptible de ralentir la propagation de la maladie ou d’en atténuer les effets. Il n’a annoncé aucun financement pour développer les hôpitaux ou augmenter les ressources disponibles pour les tests, ni même la fourniture des équipements de protection les plus élémentaires pour les travailleurs médicaux en première ligne. Au lieu de cela, il a annoncé 50 milliards de dollars de prêts aux entreprises et a exhorté le Congrès à adopter une réduction des charges sociales pour le patronat. Des mesures qui ne feront rien pour arrêter la propagation de la maladie ou aider les travailleurs touchés par celle-ci.

Trump a traité la pandémie comme si c’était une invasion étrangère. Il a qualifié la maladie de «virus étranger» ayant «commencé en Chine» et a annoncé des restrictions de voyage sans précédent qui interdisent à tous ceux qui ne sont pas citoyens américains de voyager depuis l’Europe vers les États-Unis.

Des personnes masquées marchent devant un écran de télévision, à la gare de Séoul en Corée du Sud, montrant en direct le discours de Trump, le jeudi 12 mars 2020. (AP Photo/Ahn Young-joon)

Trump – visiblement secoué et s’efforçant de lire sur un téléprompteur – a déclaré que la restriction s’appliquerait «à l’énorme quantité de commerce et de marchandises». Les marchés à terme ont plongé, interprétant cela comme les plus grandes restrictions commerciales depuis la Seconde Guerre mondiale. Trump a clarifié sur Twitter: «La restriction stoppe les personnes et pas les marchandises».

Sa paralysie face à une crise qui s’étend hors de son contrôle et son indifférence de sociopathe à la souffrance humaine étaient évidentes. Trump ne faisait qu’exprimer de manière particulièrement perfide la réponse à la pandémie de l’élite dirigeante de presque tous les pays.

Moins de 24 heures auparavant, la chancelière allemande Angela Merkel avait déclaré à un groupe de députés ébahis qu’elle s’attendait à ce que 60 à 70 pour cent de la population allemande puissent être infectés par la maladie mortelle.

La déclaration de Merkel était moins une déclaration de fait qu’une déclaration politique. Elle déclarait effectivement qu’on ne prendrait aucune mesure sérieuse pour éviter que l’épidémie ne fasse de nombreuses victimes dans son pays.

Au début de la semaine, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom, visiblement bouleversé, a averti qu’une «décadence morale» était en train de s’établir dans les capitales du monde entier.

Choqué par la rapidité apparente avec laquelle les gouvernements renoncent à tout effort sérieux pour contenir la maladie, qu’il attribua à son effet disproportionné sur les personnes âgées, Adhanom a insisté pour dire que «tout individu, quel que soit son âge, tout être humain compte».

«Qu’il tue un jeune, une personne âgée ou un senior, tout pays a l’obligation de sauver cette personne. C’est pourquoi nous disons: pas de drapeau blanc, nous n’abandonnons pas, nous nous battons. Pour protéger nos enfants, pour protéger nos personnes âgées, au bout du compte, c’est une vie humaine. Nous ne pouvons pas dire que nous nous soucions de millions de personnes alors que nous ne nous soucions pas d’une personne en particulier» a-t-il déclaré.

Les événements de la semaine dernière ont profondément choqué les travailleurs du monde entier. Ils s’efforcent de comprendre ce que signifie vivre dans un monde où la vie de leurs amis, collègues et proches est en danger imminent.

Une fois que les travailleurs commenceront à comprendre cette nouvelle réalité, ils seront touchés non par le nihilisme fasciste de Trump mais par la conception que la vie de «tout être humain compte».

La classe ouvrière ne doit pas accepter ce que Trump et Merkel acceptent: que des millions de personnes aillaient mourir. Les travailleurs ne doivent pas accepter leurs mensonges et excuses égoïstes et sans conviction.

Les travailleurs doivent au contraire exiger qu’on prenne des mesures immédiates et urgentes pour lutter contre la maladie. Des centaines de milliards de dollars doivent être débloqués d’urgence pour assurer un régime complet de tests, de recherche des contacts et de quarantaine. En plus, on doit trouver des milliers de milliards de dollars supplémentaires pour reconstruire d’urgence l’infrastructure de santé nécessaire pour lutter contre la pandémie.

Des congés de maladie payés et des congés payés pour s’occuper des enfants, ainsi qu’une compensation complète des effets économiques sur les quarantaines, doivent être immédiatement accordés à tous. Les travailleurs ne peuvent pas attendre que les classes dirigeantes mettent en œuvre ces politiques. Les travailleurs doivent immédiatement commencer à organiser des comités sur le lieu de travail et dans les quartiers pour garantir la sécurité, l’hygiène et le traitement compatissant des malades et personnes qui souffrent.

En fin de compte, tous les mensonges et l’obscurantisme de Trump n’étaient qu’une tentative de dissimuler la responsabilité, dans la propagation désastreuse de la pandémie, de son propre gouvernement et des intérêts économiques qu’il sert.

La propagation dévastatrice de la maladie est le résultat final de la subordination constante des besoins de l’humanité aux profits – la prétendue valeur pour l’actionnaire. Cette religion du marché, prêchée depuis des décennies de toutes parts, a conduit la société dans une impasse.

(Article paru d’abord en anglais 12 mars 2020)