Des grèves sauvages éclatent dans toute l'Italie pour exiger l’arrêt des usines pendant la pandémie de coronavirus

Par Will Morrow et Alex Lantier
15 mars 2020

Alors que le nombre de morts en Italie à cause de la pandémie mondiale de coronavirus a bondi jeudi et vendredi, des grèves sauvages ont éclaté à travers la péninsule dans le but d’arrêter la propagation de la maladie mortelle. Alors que le gouvernement du Premier ministre Giuseppe Conte incite les cols blancs à éviter de se rendre au travail et à travailler à domicile, les ouvriers d'usine exigent de limiter la contagion en fermant les usines dont les opérations ne sont pas essentielles à la lutte contre le virus.

Ils défient la bureaucratie syndicale corrompue de l'Italie, qui travaille main dans la main avec les banques et le gouvernement Conte pour exiger que les travailleurs de la production restent au poste de travail - malgré la menace que la maladie puisse coûter la vie à des millions de personnes. Cela fait partie d'une vague de grèves internationale des travailleurs contre l'indifférence criminelle de l'aristocratie financière à la pandémie de coronavirus. Il y a eu des grèves des postiers de Londres, des chauffeurs de bus privés à Paris et des travailleurs de Fiat-Chrysler au Canada.

Il semblerait que la vague de grèves en Italie ait commencé dans l'usine de Fiat-Chrysler de Pomigliano à Naples, qui emploie 6000 travailleurs. Les travailleurs, qui ont été tenu à maintenir la production des voitures de luxe Alfa-Romeo pour les super-riches, ont débrayé spontanément au début du quart de l'après-midi à 14h00 mardi, pour protester contre les conditions de travail dangereuses.

Mercredi, FCA a annoncé la fermeture de l'usine de Pomigliano, ainsi que des installations de Melfi, Atessa et Cassino, jusqu'à samedi. Cependant, la direction de la FCA a affirmé qu'elle ferait «désinfecter» les usines, afin qu'elle puisse ensuite essayer d’imposer une reprise de travail aux travailleurs - démontrant ainsi leur mépris criminel pour le danger de contagion que cela représente pour les travailleurs et les autres employés des usines.

Ce soir-là, le Premier ministre Conte a été contraint d'annoncer des mesures d'urgence renforcées pour lutter contre la contagion: fermeture de tous les restaurants, musées, magasins non essentiels, interdiction des rassemblements publics, restrictions de voyage accrues et le souhait auprès de tous les citoyens de rester chez eux si possible.

Aucune restriction n'a été imposée aux opérations des grandes sociétés, qui continuent d'ordonner aux travailleurs de rester sur les chaînes de montage exiguës afin de continuer à extraire les bénéfices des travailleurs, tout en les contaminants, ainsi que leurs familles, avec une maladie non traitable, potentiellement mortelle.

De mercredi à vendredi, la vague de grèves s'est propagée à travers l'Italie, touchant toutes les grandes industries. «Les travailleurs font grève contre le coronavirus, ou plutôt contre le gouvernement qui maintient les usines ouvertes malgré le coronavirus», écrit le Corriere della Sera.

La vague de grève est presque complètement occultée par les médias internationaux: la classe dirigeante est terrifiée par le fait que la même colère explosive monte partout et que l'exemple des travailleurs italiens sera copié dans le monde entier.

A Brescia, dans la région de Lombardie qui est parmi les plus touchées par la maladie, le Secolo d'Italia aécrit jeudi que «les travailleurs de certaines usines ont déclenché plus d'une grève sauvage. Le mouvement se propage également à Grottaglie, dans la province [sud] de Tarente.»

Les travailleurs des constructeurs navals de Fincantieri, en Ligurie, ont débrayé après qu'un collègue a été testé positif au coronavirus, et leur grève s'est rapidement propagée à d'autres chantiers navals de l'entreprise dans la péninsule ligure.

Selon la publication syndicale stalinienne Rassegna Sindicale, les travailleurs chez Scotsman Ice à Pogliano Milanese, qui fabriquent des unités de réfrigération, et le fabricant de composants automobiles Bitron à Cormano ont débrayé jeudi.

Vendredi, plus de 700 travailleurs d'Electrolux, principalement des femmes, à Solaro ont refusé de se rendre au travail. Des travailleurs de Lobo di Cornaredo (produisant des boulons d'usine) et de Tecnomagnete de Lainate ont débrayé. Plus de 450 travailleurs de l'habillement de Corneliani à Mantoue ont débrayé «pour protester», selon les mots du quotidien Voice of Montova, «contre l'incapacité du gouvernement […] à ordonner la fermeture d'entreprises qui ne participent pas à la lutte contre le virus.» À Pistoia, en Toscane, les travailleurs de l'usine ferroviaire d'Hitachi ont déclenché une grève d'une semaine commençant hier jusqu'au 21 mars.

Les arrêts de travail touchent l'ensemble de l'industrie sidérurgique italienne. La plupart des usines métallurgiques ont fermé leurs portes jusqu'au 22 mars. Sur fond de la rébellion croissante parmi les travailleurs de base, les principaux syndicats nationaux de la métallurgie ont été contraints de publier une déclaration vendredi avertissant que si les entreprises n’arrêtaient pas leurs activités, des grèves seraient déclenchées à travers toute l'industrie jusqu'au 22 mars.

Le syndicat a vaguement appelé à ce que les salaires soient «couverts principalement par des engagements contractuels ou par les mesures de protection comme l'exige la loi», écrit Il Riformista. Cela signifie que les travailleurs n'ont reçu aucune garantie crédible qu'ils recevront leur salaire intégral pendant la pandémie.

Les dirigeants syndicaux, qui se sont efforcés à maintenir les travailleurs à leurs postes de travail jusqu'à ce que les grèves éclatent et ont seulement appelé à des grèves là où les travailleurs allaient débrayer tout de même, ne sont pas moins terrifiés que le gouvernement et les entreprises par les mouvements de grèves et sont déterminés à les arrêter. Francesca Re David, secrétaire générale du Syndicat italien des métallurgistes stalinien (FIOM), a appelé le gouvernement à tenir une «consultation» d'urgence pour empêcher la propagation des grèves sauvages.

Hier, le Premier ministre Conte a organisé une téléconférence vidéo d'urgence avec les syndicats et les associations d'employeurs. Le communiqué du gouvernement après la réunion a salué les représentants syndicaux et patronaux pour leur «collaboration maximale pour parvenir à une solution commune». Conte «a grandement apprécié la responsabilité assumée par tous les partenaires sociaux et a continué à souligner l'atmosphère très constructive qui a caractérisé la réunion.» Une autre réunion a eu lieu vendredi soir, «confiant que tout le monde sera prêt à achever les tâches dès que possible.»

Le gouvernement, les syndicats et les entreprises auraient l’intention de travailler «de manière constructive» pour contraindre les travailleurs à risquer leur vie, en les bousculant à retourner dans les usines pendant la pandémie - pour convaincre les super-riches que rien ne sera fait pendant la pandémie qui pourrait en aucune façon compromettre leur accumulation de richesse. Comme le WSWS l'a noté dans son éditorial hier, «La devise de l'oligarchie capitaliste est: si l'accumulation de nos milliards nécessite la mort de millions, qu'il en soit ainsi.»

Les travailleurs ne peuvent accorder aucune crédibilité à ces sales manœuvres. Pour la santé et la survie de la population, les luttes de la classe ouvrière, qui ont éclaté contre le gouvernement Conte, doivent maintenant être enlevées des mains de ses laquais syndicaux. En Italie et dans le monde, c'est la classe ouvrière, et non les marchés financiers et leurs représentants politiques et syndicaux, qui doit décider quelles usines fonctionnent et dans quelles conditions.

Cela nécessite la constitution de comités d'action ouvriers, indépendants des syndicats et contrôlés par la base. Ils peuvent coordonner les luttes de la classe ouvrière, s'opposer aux tentatives d’intimider les travailleurs pour leur faire reprendre le travail, superviser la fermeture des usines, s'assurer que les travailleurs qui s'isolent continuent de recevoir leur salaire intégral, et finalement superviser la réouverture et le fonctionnement sûr des usines une fois la pandémie passée.

Pour mener à bien ce travail contre l'opposition des syndicats et de la classe dirigeante, ils auront besoin d'une perspective révolutionnaire contre le gouvernement Conte et ses partisans des marchés financiers internationaux et de l'Union européenne (UE).

La pandémie de coronavirus est une preuve inoubliable que la classe capitaliste n'est pas apte à gouverner. Ce matin, Conte, tout paniqué, a promis de fournir «des matériels de protection individuelle, y compris des masques, gratuit à tous les travailleurs», afin de les contraindre à reprendre le travail. Il a salué tout travailleur des usines touchées restant à son poste - risquant ainsi sa vie et celle de leurs familles, amis et proches - pour avoir accompli «un acte de grande responsabilité envers l'ensemble de la communauté nationale».

Quelles foutaises! Cet «acte de grande responsabilité nationale» garantirait aux banques de continuer à engranger leurs bénéfices, aux bureaucrates syndicaux leurs salaires gonflés et aux travailleurs la mort de leurs proches.

Il est temps pour une révolution. Les politiques d'austérité dans l'UE et à l'échelle mondiale qui ont réduit les dépenses de santé, les salaires et les conditions de vie doivent être renversées, et les infrastructures nécessaires doivent être construites et financées par l’expropriation des richesses mal acquises de l'aristocratie financière. En Italie et à l'étranger, la vie d'innombrables millions de personnes dépend du pouvoir politique passant entre les mains de la classe ouvrière et le remplacement du capitalisme par le socialisme.

(Article paru en anglais le 14 mars 2020)