La réponse du capitalisme américain à la pandémie: rien pour les soins de santé, des liquidités illimitées pour Wall Street

Au cours du week-end, la pandémie de coronavirus a continué à augmenter dans la population mondiale. Le nombre de cas en Italie et aux États-Unis a doublé. Des infections sont maintenant signalées dans 146 pays.

Dimanche, l’Italie a annoncé un nombre stupéfiant de 3590 nouveaux cas et 368 nouveaux décès, tandis que les États-Unis ont ajouté 834 nouveaux cas et 12 nouveaux décès. Au niveau mondial, le nombre de cas a atteint 170.000, avec plus de 6500 décès.

Au cours du week-end, Anthony Fauci, le directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, a averti qu’«c’est possible» que des millions de personnes aux États-Unis meurent de la pandémie.

Une catastrophe d’une ampleur sans précédent se déroule aux États-Unis et dans le monde entier. Les gouvernements ont gaspillé du temps précieux et des vies par leur incapacité des à répondre à la crise.

Partout en Europe et en Amérique, le message est le même: les malades sont renvoyés des hôpitaux. Les tests de dépistage du virus — seul moyen d’endiguer sérieusement la pandémie — ne sont pas disponibles pour la plupart des personnes qui en font la demande, avec moins de 15.000 tests effectués aux États-Unis.

D’innombrables déclarations à grande circulation sur les médias sociaux de tout le pays documentent le cercle vicieux des médecins et des patients qui demandent des tests de dépistage du coronavirus. Ils se font dire qu’ils ne peuvent pas subir le test parce qu’ils n’ont pas été en contact avec quelqu’un qui a testé positif.

Au-delà de s’inquiéter si on est infecté par cette maladie mortelle. Des millions de familles aux États-Unis s’inquiètent de la manière dont elles vont s’occuper de leurs enfants puisque les gouvernements de la plupart des pays ont fermé les écoles. Ils s’inquiètent aussi de la manière dont elles vont nourrir leurs familles avec les rayons des magasins vidés.

Alors que la pandémie s’intensifie, deux événements survenus au cours du week-end ont mis en évidence la véritable priorité de la classe capitaliste dans la réponse à la crise.

Vendredi, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a affirmé à tort que la Chambre des représentants avait voté une loi. Elle disait que la loi: «garantit […] deux semaines de congé de maladie payé et de congé médical payé pour les personnes touchées par le virus.»

En fait, le projet de loi dérisoire ne fait rien pour 80 pour cent des travailleurs, exemptant à la fois les grands employeurs et les petites entreprises qui se disent en difficulté. Les membres du Congrès ont fait valoir que le fait d’autoriser les congés de maladie payés encouragerait les employés malades à rester chez eux, ce qui est précisément le but du programme. En conséquence, les travailleurs seront obligés de choisir entre aller travailler malade et mettre en danger leurs collègues ou forcer leurs familles à souffrir de la faim.

On ne fera rien pour les travailleurs menacés par la pandémie mortelle. Mais lorsqu’il s’agit de renflouer les banques et de soutenir la valeur des actions, il n’y a pas de limite aux ressources que le gouvernement est prêt à mobiliser.

Dimanche, le président américain Donald Trump a annoncé que la Réserve fédérale venait de réduire les taux d’intérêt à zéro pour cent, dans une nouvelle main tendue à l’oligarchie financière. «Je pense qu’il y a beaucoup de gens à Wall Street qui sont très heureux, et je suis très heureux», a déclaré Trump.

Dès le début, le gouvernement Trump, s’exprimant au nom de l’ensemble de l’establishment politique américain, a clairement indiqué qu’elle considérait la pandémie non pas comme une crise de santé publique, mais comme une menace pour la richesse de l’oligarchie financière.

À cette fin, la Maison Blanche et la Réserve fédérale ont mis à la disposition de Wall Street des fonds effectivement illimités. En même temps, elles ne faisant rien pour lutter réellement contre la maladie ou fournir des ressources aux travailleurs qui tombent malades.

La Réserve fédérale a réduit les taux d’intérêt d’un point de pourcentage plus rapidement que jamais auparavant. De plus, elle a également annoncé qu’elle allait relancer son programme d’assouplissement quantitatif, injectant un demi-billion de dollars supplémentaires sur les marchés financiers.

Cette décision fait suite à une réduction des taux de 0,5 point de pourcentage au début du mois, on a suivi celle-ci, à peine 10 jours plus tard, par une injection supplémentaire de 1500 milliards de dollars sur les marchés financiers jeudi — un chiffre deux fois plus élevé que le plan de sauvetage bancaire initial mis en œuvre en 2008.

Le message à Wall Street était clair: la Maison Blanche et la Réserve fédérale feront tout ce qui est nécessaire pour soutenir les valeurs boursières. Quel qu’en soit le coût, les investisseurs seront sauvés.

Comme d’habitude, Trump n’a exprimé aucune sympathie pour les 700 personnes qui ont perdu la vie dans le monde entier dimanche. Il n’a pas exprimé de sympathie pour ceux qui souffrent de la maladie ou ceux qui ont perdu des proches, et a dit aux personnes qui cherchent désespérément à trouver des fournitures sur les étagères des magasins pour se «détendre».

Comme le World Socialist Web Site l’a affirmé vendredi, les classes dirigeantes mènent une politique de «négligence maligne» en réponse à la pandémie:

En apparence, cette réponse semble être chaotique, désorganisée et improvisée. Tout cela est vrai. Mais de ce chaos émerge une politique précise, que l’on peut définir comme une négligence maligne. C’est-à-dire, les gouvernements prennent la décision délibérée de minimiser leur réponse, d’adopter une attitude d’indifférence face à la propagation du virus.

Au cours du week-end, le gouvernement britannique a rendu cette politique tacite explicite. Sir Patrick Vallance, le principal conseiller scientifique du gouvernement Johnson, a déclaré: «Il n’est pas possible d’empêcher que tout le monde en soit atteint, et ce n’est pas non plus souhaitable.»

Ceci est conforme à un nombre croissant de déclarations dans la presse qui prônent l’infection d’un plus grand nombre de personnes. Le chroniqueur du Telegraph britannique, Jeremy Warner, a déclaré que «COVID-19 pourrait même s’avérer légèrement bénéfique à long terme en éliminant de façon disproportionnée les personnes âgées dépendantes.»

Dimanche, William Hanage, professeur d’épidémiologie à Harvard, a égratigné la politique du gouvernement britannique, en commentant: «Votre maison est en feu, et les gens à qui vous l'avez confiée n’essaient pas de l’éteindre.»

Mais en ce qui concerne la crise financière déclenchée par la pandémie, le gouvernement mène une intervention massive et sans précédent, mettant toutes les richesses de la société à la disposition de la classe capitaliste.

Les développements de dimanche montrent clairement l’urgence d’une intervention politique des travailleurs dans la crise actuelle. La classe ouvrière doit exiger que ces milliers de milliards de dollars que la Réserve fédérale a donné pour soutenir les marchés boursiers et les banques soit utilisé pour financer une expansion massive des tests et un investissement sans précédent dans la santé publique. Les ressources nécessaires doivent être affectées d’urgence à la construction d’hôpitaux, à l’achat de respirateurs et à la mise en place d’un environnement sûr pour les travailleurs médicaux et leur personnel de soutien.

La pandémie expose le capitalisme aux yeux de millions de travailleurs et de jeunes comme un système dont le seul but est d’enrichir la minorité capitaliste aux dépens de l’écrasante majorité.

Pourtant, lors du débat présidentiel Démocrate de dimanche entre Bernie Sanders et Joe Biden, qui a été dominé par la discussion sur la pandémie, aucun des deux hommes n’a prononcé les deux mots essentiels pour comprendre la maladie et son impact: «capitalisme» et «socialisme».

Le fait est que l’exigence d’un effort sérieux pour lutter contre la pandémie est inséparable de la lutte pour mettre fin au système capitaliste et réorganiser la société sur une base socialiste.

(Article paru d’abord en anglais 16 mars 2020)

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