Alors que les verrouillages se multiplient sur COVID-19 dans le monde entier, l’OMS plaide pour davantage de tests

Par Bryan Dyne
18 mars 2020

183.000 cas de coronavirus existent maintenant dans 162 pays et territoires dans le monde, ce qui signifie que le nombre de cas actifs de COVID-19 dépasse maintenant le nombre de patients guéris. Ce chiffre inclut plus de 600 nouveaux décès, ce qui porte le total à plus de 7.200. Le nombre de cas en dehors de la Chine — qui est désormais relativement stable — dépasse celui des cas à l’intérieur de ce pays. L’Europe est devenue le nouvel épicentre de la pandémie mondiale et les États-Unis ne sont pas loin derrière. Les mesures d’urgence dans des pays entiers sont désormais monnaie courante, le virus ne montrant que peu de signes d’endiguement réussi.

Des voyageurs portant des masques de protection arrivent à la gare routière principale de Bogota, en Colombie, le 13 mars 2020 [Crédit: AP Photo/Fernando Vergara]

La France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne sont en état d’urgence, une situation qui touche désormais plus de 250 millions de personnes en Europe. À eux seuls, ces quatre pays traitent collectivement plus de 52.000 cas, dont 2663 ont entraîné des décès. Cinquante-sept pays sur chaque continent habité appliquent une forme ou une autre de restriction des voyages, dont beaucoup sont dirigés contre l’Europe ou les États-Unis. Ces pays tentent d’endiguer la pandémie qui s’accélère dans le monde entier.

Aux États-Unis, les États de la Californie; de l’Ohio; de l’Illinois; du Massachusetts; du Michigan; du Washington; du Kentucky; du Maryland; de l’Indiana; du Rhode Island; et de la Pennsylvanie ont tous ordonné la fermeture des écoles, des restaurants et/ou des bars. Les 6,7 millions de personnes qui vivent dans les six comtés, y compris et autour de San Francisco, sont maintenant sous le coup d’une ordonnance de confinement chez eux. Cela durera initialement trois semaines et la police locale va le gérer pour «assurer la conformité». Désormais, on «découragés fortement» les résidents du New Jersey de quitter leur domicile après 20 heures. C’est la Garde nationale de l’État qui va veiller au respect de cette ordonnance.

Ces interdictions s’ajoutent à une directive nationale des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) annoncée lundi, qui recommande d’interdire tout rassemblement de plus de 10 personnes.

Cependant, comme l’a fait remarquer l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de telles mesures ne suffisent pas à elles seules à arrêter la propagation de la maladie. Le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré hier que les gouvernements ne faisaient pas assez pour lutter contre la pandémie et les a exhortés à intensifier leurs programmes de dépistage.

«Nous n’avons pas vu d’escalade suffisamment urgente dans les tests, l’isolement et la recherche des contacts — qui sont l’épine dorsale de la réponse… On ne peut pas combattre un incendie les yeux bandés. Nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Genève. «Nous avons un message simple pour tous les pays: testez, testez, testez.»

L’organisation a également souligné à plusieurs reprises que l’ampleur de la pandémie «ne signifie pas que les pays doivent abandonner. L’idée que les pays doivent passer du confinement à l’atténuation est erronée et dangereuse… Il s’agit d’une pandémie contrôlable. Les pays qui décident de renoncer à des mesures de santé publique fondamentales prennent un grand risque. Ils pourraient se retrouver avec un problème plus important et une charge plus lourde pour le système de santé qui exigeraient des mesures de contrôle plus sévères.»

Nulle part ailleurs ne peut-on voir plus clairement cet effondrement du système de santé publique qu’aux États-Unis. Le gouvernement Trump commence seulement cette semaine à mettre en place des tests de coronavirus de masse à l’échelle nationale. Lundi, lors du point de presse quotidien du gouvernement sur les coronavirus, le président américain Donald Trump a tenté d’excuser l’absence de tests dans le pays en déclarant: «Nous avons un ennemi invisible. Nous avons un problème auquel personne n’avait pensé il y a un mois.»

C’est un mensonge éhonté. En raison de la nature hautement contagieuse et mortelle du virus, l’OMS a désigné le virus comme une «urgence de santé publique de portée internationale» le 31 janvier. C’était le jour où les autorités ont confirmé la transmission interhumaine aux États-Unis. À la mi-février, la Corée du Sud a pu tester 10.000 personnes par jour tout en maintenant les hôpitaux et les cliniques approvisionnés et dotés en personnel pour recevoir et isoler toute personne dont le test était positif. L’Italie, où le système de santé est devenu largement débordé par plus de 28.000 cas, a quand même pu effectuer au moins 60.000 tests de coronavirus. Les États-Unis, en revanche, ont jusqu’à présent réalisé moins de la moitié de ce nombre.

Au lieu de cela, l’Administration Trump a ouvert le robinet de la Réserve fédérale et a fourni 2200 milliards de dollars au secteur financier pour tenter de soutenir le marché boursier. Cette somme, comparée aux ressources demandées par l’Organisation mondiale de la santé, pourrait permettre de fournir suffisamment de masques, blouses, respirateurs et autres fournitures médicales essentielles pour contenir la pandémie 3000 fois.

Dans le même temps, Trump a tweeté: «Je demande à tous les Américains de se regrouper et de soutenir leurs voisins plutôt que d’accumuler de quantités inutiles de nourriture et de produits de première nécessité.»

En réponse à ces mots, une travailleuse de Virginie occidentale, qui est enceinte et doit se rendre deux fois par semaine dans un hôpital potentiellement infecté, a écrit au WSWS: «Ces imbéciles ont provoqué cette panique par leur désinformation criminelle, leur retard de réaction et le saccage de nos infrastructures de santé publique. Et maintenant, ils ont le culot de montrer du doigt la personne effrayée qui a acheté du papier toilette supplémentaire comme si c’était elle le problème.»

De plus, de telles ressources auraient pu empêcher le coronavirus de devenir une pandémie dès le départ. Des tests complets et un isolement auraient pu être effectués sur les personnes infectées à l’intérieur et à l’extérieur de la Chine, en plus de leur fournir les soins médicaux nécessaires pour leur permettre de se rétablir. Cela aurait également été plus que suffisant pour indemniser les personnes qui ont perdu leur salaire pendant leur maladie. Et le COVID-19 serait resté dans les mémoires comme une maladie dangereuse, mais finalement contenue.

Au lieu de cela, la politique des gouvernements d’Amérique du Nord et d’Europe est de faire en sorte que des millions de personnes soient infectées et meurent. Le CDC estime que jusqu’à 216 millions de personnes, rien qu’aux États-Unis, contracteront le virus. Le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, a déclaré sans ambages qu'il «est possible» que des centaines de milliers ou des millions de personnes en meurent.

La chancelière allemande Angela Merkel a fait écho à cette déclaration en annonçant la semaine dernière qu’elle s’attendait à ce que le virus pourrait infecter jusqu’à 70 pour cent de la population allemande. Le gouvernement du Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré que la meilleure solution pour combattre le virus est d’obtenir une «immunité collective» en infectant potentiellement «jusqu’à 80 pour cent de la population».

Ces déclarations sont une prescription pour des homicides involontaires en masse. Comme le montre clairement l’exemple de l’Italie, les systèmes de soins de santé des pays soi-disant du «premier monde» se désintègrent essentiellement avec seulement quelques dizaines de milliers de cas. Ainsi, les taux de mortalité du virus atteignent environ 5 pour cent en raison du manque de fournitures médicales essentielles. Les gouvernements des États-Unis, de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne suggèrent que le seul moyen de vaincre la pandémie est de faire mourir 10 à 15 millions de personnes.

(Article paru d’abord en anglais 17 mars 2020)