Les aveux d’Agnès Buzyn sur la pandémie du coronavirus

Par Anthony Torres
19 février 2020

C’est lors du premier jour de confinement que la candidate à la mairie de Paris et ministre de la Santé au début de la pandémie du coronavirus qu’Agnès Buzyn a avoué dans Le Monde que pendant des mois, tous les hauts dirigeants du gouvernement Macron ont sciemment minimisé le danger. La responsabilité tant politique que pénale du chef de l'État, du premier ministre et du conseil des ministres est engagée dans une pandémie qui tue des milliers de personnes.

Dans Le Monde, Agnès Buzyn explique que «le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein.»

Buzyn était donc au courant avant même la déclaration d’une épidémie de coronavirus par les autorités chinoises. Sur la base des mesures prises en Chine et de l’accroissement du nombre de victimes, Buzyn a averti le président de la menace de déclenchement d’une pandémie et d’une mortalité élevée chez les personnes atteintes du Covid-19, et cela début janvier.

Alors que le Covid-19 touchaient des dizaines de milliers de personnes faisant des milliers de victimes en Chine et que des cas en Europe étaient recensés, Buzyn a demandé en raison du risque sanitaire à ce que les élections municipales prévues en mars soient annulées. En vain: «Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague de tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu. Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose: au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade. La dernière semaine a été un cauchemar. J’avais peur à chaque meeting.»

Durant des mois, présentant le coronavirus comme une simple grippe alors que celui-là a un taux de mortalité 20 fois plus important que la grippe, les autorités françaises n’ont rien fait pour se préparer à une épidémie. Non seulement les élections municipales ont été maintenues alors que l’Europe devenait le centre mondial de la pandémie, mais Agnès Buzyn mentait publiquement, affirmant le 24 janvier que « le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible. ».

Aujourd’hui le nombre de personnes contaminés rien qu’en France se compte par centaines voire par milliers chaque jour, y compris le nombre de personnes décédant des suites d’étouffements pulmonaires par manque de respiration artificielle.

Au lieu de mobiliser les ressources et dépenser les centaines de milliards nécessaires pour endiguer l’épidémie et soigner les malades en France et en Europe, les gouvernements français et européens ont utilisé ces sommes afin de rassurer les marchés financiers en y injectant 120 milliards par l’intermédiaire de la BCE. Lors des différentes allocutions de Macron et celle de Philippe, aucune somme n’a été annoncée en faveur du système de santé qui est saturé par le nombre de malades mais plutôt des mesures visant à «protéger l’économie».

Le résultat, comme l’a avoué crûment Agnès Buzyn dans Le Monde,c’est qu’ «Il va y avoir des milliers de morts.»

Les autorités françaises ont caché le danger que représente ce virus au français et dans le monde, tout en sachant que cela exposerait des dizaines de milliers de personnes, au bas mot, à la mort. Agnès Buzyn avouait qu’ «Il va y avoir des milliers de morts.» Cyniquement Macron annonçait lundi que les mesures de confinement étaient devenues nécessaire en raison de l’indiscipline des Français. En fait, ce ne sont pas les Français qui ont pris cette crise sanitaire à la légère, en refusant de se protéger, mais bien le gouvernement qui a failli.

Le gouvernement n’a pas tardé à réagir par l’intermédiaire du premier ministre Philippe, l’obligeant à se défendre d’avoir sous-estimé le danger: «Si nous n’avions pas pris au sérieux cet événement sanitaire, je n’aurais pas organisé une réunion dès le mois de janvier, ni pris des décisions lourdes». De qui Philippe se moque-t-il? Les aveux de Buzyn démontent son argument: les élections ont été maintenues malgré le risque de contamination, connu par le gouvernement et les autorités sanitaires.

Depuis la publication de l’article dans Le Monde, Agnès Buzyn s’est rétractée face à ce scandale qui ébranle l’ensemble du gouvernement. Dans un communiqué, elle regrette «la tonalité de l’article du Monde et l’utilisation qui en est faite», alors que «tout le pays doit être tourné vers la gestion de la crise.»

Le caractère dévastateur de ces aveux provient avant tout du fait que la politique décrite par Buzyn n'est pas menée seulement en France, mais à l'échelle internationale. Merkel a déclaré que si des dizaines de millions d’Allemands contractaient le coronavirus, ils ne devraient pas «surcharger» le système de santé. Derrière le dos des travailleurs, les autorités politiques capitalistes envisageaient toutes que des dizaines de milliers voire des millions de morts, plutôt que de mobiliser les ressources et de dépenser les sommes nécessaires pour endiguer l'épidémie et soigner les malades.

Après des décennies d’austérité pour transférer des milliards aux banques et aux interventions militaires, les hôpitaux sont «surchargés». Comme en Italie, la Direction générale de la santé a remis un document s’intitulant «Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie», où il est indiqué qu’ «il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Quand on aura une pression énorme pour admettre des patients qui attendront à la porte, la question va se poser franchement ». Ceci veut dire qu’il faudra faire un choix sur qui pourra vivre ou non.

La France, comme les autres pays de l'OTAN, est aux mains non pas d'un gouvernement mais d'une cabale ministérielle qui agit dans l'intérêt de l'aristocratie financière. Ceci implique aussi les appareils syndicaux, financés par l'État et le patronat, et leurs alliés politiques de pseudo gauche: ils n’ont rien fait pour tirer la sonnette d'alarme à la fin février, alors que l'épidémie européenne commençait à décoller, ou début mars.

Mélenchon, affolé, demande pourquoi donc Buzyn a avoué ses remords, et propose ensuite de noyer le scandale dans une commission législative: «Pourquoi raconte-t-elle cette histoire maintenant, quand il est trop tard? Se rend-elle compte qu’elle engage sa responsabilité pénale et celle des autres personnes qu’elle dit avoir prévenues? La mission d’information décidée ce matin en conférence des Présidents à l’Assemblée nationale doit se saisir de ces aveux.»

L’ensemble de la classe capitaliste est responsable de cette catastrophe sanitaire. Ainsi, pour mener la lutte contre la pandémie, il faut que les travailleurs s'organisent indépendamment des syndicats et de la pseudo gauche. C'est déjà la mobilisation des travailleurs en Italie qui a forcé les gouvernements, qui travaillent de mèche avec les syndicats, à passer aux mesures de confinement, d’abord en Italie puis ailleurs. La voie pour aller de l’avant pour les travailleurs est de créer leurs comités d’action, afin de coordonner leur force collective pour exiger le traitement de la maladie et dépasser la résistance des États et de leurs supplétifs syndicaux et politiques.

La lutte contre la pandémie exige de reprendre des milliers de milliards d’euros aux marchés financiers pour le développement de l’infrastructure sanitaire. Les bâtiments servant à la spéculation immobilière pour le compte des classes possédantes doivent être expropriés pour servir d’hôpitaux et loger les malades. Des tests de dépistage massifs doivent être effectués. Seuls les industries essentielles pour la lutte contre l’épidémie doivent fonctionner: les travailleurs au chômage doivent pouvoir vivre dignement durant leur confinement sans perte de salaire et bénéficiant d’un soutien social réel.

Contre une épidémie mondiale, ce programme ne peut être planifié sur une base nationale, mais doit être coordonné internationalement. A présent, alors que l'Europe est menacée des plus grandes pertes en vies humaines depuis 1914 ou 1939, seule une transformation révolutionnaire et socialiste de la société, menée par les travailleurs d'Europe et du monde, offre une alternative.