L'Imperial College de Londres prédit que des millions de gens mourront du coronavirus au Royaume-Uni et aux États-Unis

Par Bryan Dyne
19 mars 2020

Une étude publiée lundi par l'Imperial College, une université de recherche publique de Londres, estime que des millions de personnes mourront de la pandémie de coronavirus au Royaume-Uni et aux États-Unis. Dans leur meilleur scénario, une transmission du virus massivement atténuée, « même si tous les patients pouvaient être traités » écrivent les auteurs, « nous prédisons qu'il y aura encore de l'ordre de 250 000 décès en Grande Bretagne, et de 1,1 à 1,2 million aux Etats-Unis ».

Selon les auteurs, Covid-19 «et la menace pour la santé publique qu'il représente est la plus grave observée du fait d’un virus à conséquences respiratoires depuis la pandémie de grippe H1N1 de 1918». Il y a actuellement 198 000 cas dans le monde et près de 8 000 décès. Les pays avec le plus grand nombre de nouveaux cas sont l'Italie, l'Iran, l'Espagne, l'Allemagne, la France et les États-Unis.

L'étude, dirigée par Neil Ferguson, comprenait une équipe de gens venus de l'Imperial College, de l'Organisation mondiale de la santé, du MRC Center for Global Infectious Disease Analysis et de l'Institut Abdul Latif Jameel for Disease and Emergency Analytics. En plus du nombre massif de victimes, elle estime que la pandémie se poursuivra jusqu'en août au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Des ambulanciers de Kirkland, près de Seattle, prennent en charge un patient à la clinique Life Care Center de Kirkland, le 10 mars 2020. (AP Photo / Ted S. Warren)

L’étude souligne qu'«il est peu probable que l'atténuation soit réalisable sans que les limites de capacité de pointe d'urgence des systèmes de santé britannique et américain soient dépassées exponentiellement ». Elle indique clairement que même en cas d’éruption de courte durée de la maladie, «les limites de surtension, tant pour les lits que pour les unités de soins intensifs, seraient dépassées d'au moins huit fois dans le scénario plus optimiste examiné des besoins en soins intensifs ». Dans de telles circonstances, les États-Unis pourraient s'attendre à voir 56 100 décès par jour au pic de la maladie.

Autrement dit, avec les politiques actuelles mises en place par les gouvernements Johnson et Trump, des millions de personnes, peut-être des dizaines de millions, attraperont cette maladie et mourrons, à mesure qu’hôpitaux, cliniques et autres centres de soins s'effondrent sous le poids du nombre énorme de patients infectés. Par-dessus tout, le refus des deux gouvernements d’effectuer des tests en masse au début de la crise, comme l’a préconisé l'OMS avec persistance, a permis au virus de se propager dans une large portion de la population, sans aucun signe que cela ne se ralentisse.

Comme l'a averti le Directeur général de l'OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, « Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés, et nous ne pouvons pas arrêter cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté ».

Les dangers imminents sont clairement visibles dans l'effondrement du système de santé italien, déjà submergé par 31 506 cas à ce jour, contre trois cas il y a moins d’un mois. Le nombre de morts a atteint au moins 2 503 et continue d’augmenter. Si le taux de mortalité en Italie reste valable pour la Grande-Bretagne et les États-Unis – et le manque d'infrastructures de santé publique dans les deux pays indique que sera le cas – le nombre réel de morts sera d'au moins deux millions et 8,6 millions respectivement.

De plus, les chiffres du nombre de victimes ne tiennent pas compte des décès collatéraux liés au VIH, au cancer, à l'infarctus du myocarde, à l'AVC et à d'autres maladies émergentes, en raison du débordement des équipements de santé. Les hôpitaux annulent déjà rendez-vous et interventions chirurgicales en prévision du flot des malades en insuffisance respiratoire dus au coronavirus.

Les thèmes abordés dans le document de l'Imperial College ont été repris mardi dans des commentaires lors de l’émission Morning Joe deMSNBC par le Dr Ashish Jha, directeur du Harvard Global Health Institute.

Le Dr Jha a appelé à une quarantaine complète à travers les États-Unis. Il a déclaré: «Nos hôpitaux et nos urgences ne sont pas prêts. Nous avons deux choix. En fin de compte, nous pouvons soit avoir une quarantaine nationale maintenant, [pendant] deux semaines, [et] comprendre où nous en sommes, puis réévaluer.

«Ou bien nous ne le faisons pas [et] attendons encore une semaine et lorsque les choses seront vraiment terribles, y être forcés et cela durera beaucoup plus longtemps, [et] beaucoup plus de gens mourront. Voilà réellement nos deux choix: devancer la propagation ou attendre jusqu’à ce qu’on soit encore plus débordés ». Pour qu'une telle quarantaine réussisse, a-t-il ajouté, «ça va ressembler à l'Italie».

Cependant, la dernière conférence de presse du président américain Donald Trump montre clairement que l'objectif des élites dirigeantes des grandes puissances impérialistes n'est pas de sauver des vies humaines mais de protéger les oligarques financiers, dans leurs propres pays et à l'étranger. Trump réclame actuellement un plan de relance de 600 milliards de dollars pour financer directement les entreprises. Il a également plaidé pour une réduction des charges sociales, ce qui constituerait une nouvelle manne astronomique pour les gestionnaires de fonds spéculatifs et les dirigeants des grandes entreprises.

Il y a également 250 milliards de dollars supplémentaires censés être destinés à la population en général, bien que le Congrès soit encore en train de négocier le montant exact et la méthode de distribution. Même si la proposition est adoptée et que les travailleurs reçoivent 1000 $ chacun, cela est tout à fait insuffisant pour couvrir les besoins de millions de personnes confrontées à des semaines ou des mois sans salaire à mesure que la pandémie arrête une grande partie de l'économie.

Lors de cette même conférence, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, a annoncé un autre programme, qui «permettra à la Fed de garantir l'achat de… papier commercial à l'avenir. C'est un marché de mille milliards de dollars ». Si la somme initiale réservée à de tels achats n'est que de 10 milliards de dollars, Mnuchin a précisé: «Nous avons la possibilité de faire acheter par la Fed jusqu'à mille milliards de dollars de papier commercial, si nécessaire». Cela porte à 3800 milliards de dollars la richesse totale fournie par le gouvernement Trump à Wall Street, par le biais de renflouements de grandes entreprises, d'une injection directe dans la bourse et d'autres méthodes.

Moins de la moitié de ce montant aurait pu être utilisé pour annuler toute la dette des prêts étudiants. Le reste aurait pu servir à rembourser toute la dette de carte de crédit et la dette automobile pour chaque travailleur en Amérique. Il aurait pu être utilisé à fabriquer et distribuer des centaines de millions de masques pour les médecins et les patients combattant le coronavirus, ainsi que des dizaines de millions de blouses et des centaines de milliers de respirateurs et de lits de soins intensifs pour les patients critiques. Des centaines de nouveaux hôpitaux, de 500 lits chacun, auraient pu être construits en quelques semaines pour isoler et soigner les personnes infectées. Le dépistage des millions de personnes qui pourraient être infectées aurait pu être facilité et la pandémie jugulée.

Les marchés boursiers ont réagi à la dernière levée de fonds pour les portefeuilles privés en montant aujourd’hui de 5 pour cent. Les travailleurs, eux, sont confrontés au dénuement et à la maladie.

Comme l'a écrit le Comité national du Parti de l'égalité socialiste (États-Unis): «Un temps précieux a été perdu, mais l'impact et l'étendue de la pandémie dépendent des réponses urgentes qui peuvent être prises maintenant. Cette réponse doit être centrée sur deux priorités absolument essentielles: premièrement, contenir autant que possible la propagation du virus, et deuxièmement, étant donné qu'il a déjà acquis une dimension mondiale, fournir des soins d'urgence à tous les malades et une aide d'urgence à tous ceux qui sont touchés. »

Le World Socialist Web Site appelle les travailleurs et les jeunes à se joindre à la lutte contre cette pandémie et à la défense des droits des travailleurs à travers la construction d'un mouvement socialiste et révolutionnaire international. C'est la question centrale de notre temps et c’est une question de vie ou de mort.

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(Article paru en anglais le 18 mars 2020)