État d’urgence sanitaire Covid-19 en France: tout pour les profits et les banques, des miettes pour la santé et les travailleurs

Par Anthony Torres
28 mars 2020

L’état d’urgence proposé par le gouvernement Philippe face au Covid-19 et adopté cette semaine par les députés et sénateurs marque une faillite du système capitaliste en France et à l’international. Face à une pandémie mortelle prévue scientifiquement au moins depuis l’épidémie du SRAS en 2002, les banques et le CAC-40 survivent en pillant les ressources de l’État, une seconde fois après les plans de relance suite au krach de Wall Street en 2008. Mais l’état d’urgence sanitaire laisse les travailleurs ainsi que le système hospitalier et les petites entreprises à eux-mêmes.

La loi d’urgence sanitaire ne contient aucune mesure sanitaire contre l’épidémie ou pour éviter l’effondrement du système hospitalier. La France compte 32.964 d’environ 600.000 cas de Covid-19 dans le monde, et 1.995 morts à l’hôpital et un nombre inconnu de morts dans les Ehpad et à domicile. Toutefois, l’état d’urgence n’adopte pas les recommandations de l’OMS pour un confinement rigoureux et un dépistage massif en France. Il ne préconise pas, non plus, la mobilisation en masse de l’industrie pour fabriquer des équipements médicaux essentiels.

Pour les entreprises, la loi prévoit des mesures de «soutien à la trésorerie» à la hauteur de 300 milliards en faisant appel à la Banque publique d’investissement. Le montant total provisionné pour financer le chômage technique pendant les deux mois à venir s’élève actuellement à 8,2 milliards sur un plan de soutien de 45 milliards d’euros. Pour l’heure 1,6 millions de travailleurs sont au chômage technique. Mais la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) a alerté mercredi sur la montée des cas de refus par l’État de chômage partiel.

La tâche d’assurer la mise en œuvre d’une stratégie scientifique de lutte contre la pandémie revient à la classe ouvrière internationale. L’état d’urgence sanitaire français, comme les plans de relance à 2.000 milliards de dollars aux USA ou de 756 milliards d’euros en Allemagne, est l’expression du diktat brutal des banques. Mais ce diktat rencontre une opposition croissante des travailleurs.

Déjà c’est la classe ouvrière en Italie et à travers l’Europe qui a imposé le confinement, en lançant des grèves sauvages ou en exerçant leur droit de retrait dans de nombreuses industries. A présent, une confrontation se profile entre la classe capitaliste, décidée à défendre ses richesses au mépris de la lutte nécessaire contre la pandémie, et de larges couches de travailleurs décidés à ne pas mourir du Covid-19 au travail. Pour eux, la voie pour aller de l’avant est une lutte pour ôter le pouvoir aux États capitalistes et imposer les mesures socialistes nécessaires pour arrêter la pandémie.

La classe dirigeante et les partis politiques établis, quant à eux, s’unissent autour de l’état d’urgence. C’est dans un hémicycle clairsemé que l’état d’urgence sanitaire pour deux mois a été voté vers 2h du matin dimanche: 510 voix pour, 37 contre et 28 abstentions. A côté des voix de la majorité et celles de LR en faveur du texte, le PS s'est abstenu. 

Macron a pu compter sur le soutien de la France insoumise (LFI), le parti de pseudo gauche de Jean-Luc Mélenchon. Alors que Mélenchon avait salué la politique de Macron, en regrettant qu’ «il aura fallu une crise, il est vrai mondiale, pour que le président de la République comprenne qu'un modèle de monde est mort et que le soin dû à tous est une priorité», les députés de son groupe LFI ont voté contre. LFI n’avait pas besoin de voter l’état d’urgence sanitaire car il avait déjà voté le projet de loi rectificatif 2020 autorisant les mesures de l’état d’urgence sanitaire. 

Contrairement à ce qu’affirme Mélenchon, l’état d’urgence sanitaire ne marque pas un revirement de Macron gagné par le remords. L’état d’urgence vise à accélérer la destruction des acquis sociaux, les privatisations, la désindustrialisation et la casse du système hospitalier menées depuis des décennies.

Après l’inscription de l’état d’urgence au journal officiel mardi, le gouvernement a fait passer un nombre record de 25 ordonnances, du jamais vu depuis le putsch des généraux pro-Algérie française qui a ramené Charles de Gaulle au pouvoir en 1958, pendant la guerre d’Algérie.

La loi prévoit des dérogations possibles en matière de durée du travail dans des secteurs «particulièrement nécessaires». Les travailleurs pourront travailler 60h par semaine au lieu des 48h prévu au niveau européen. A cela s’ajoute la levée des restrictions sur le travail dominical. Sous réserve d’un accord d’entreprise ou de branche, un employeur pourra imposer une semaine de congés payés à un salarié pendant le confinement.

L’État veux la reprise du travail pour que les travailleurs produisent des profits sur les sommes massives d’argent public fournies à l’aristocratie financière. Selon Bercy, la France fonctionne à 25 pour cent de ses capacités industrielles. Alors que l’agro-alimentaire, la pharmacie, les équipements médicaux, et la chimie tournent à plein, chez les constructeurs automobiles, les équipementiers, les chantiers navals et le BTP, l’État tente d’inciter à la reprise du travail. Mais cette reprise, alors que la pandémie n’est pas maîtrisée, accroît le risque d’une contamination généralisée.

La loi prévoit le report ou l’étalement de loyers et de factures pour les très petites entreprises. Un fonds doté d'un milliard d'euros est destiné à celles dont les revenus auront baissé d'au moins 70  pour cent entre mars 2019 et mars 2020. Ces mesures pour les petites et moyennes entreprises, ou les indépendants sont insuffisantes. Le site Politico relève que les livreurs de Deliveroo et Uber, en première ligne, «n’ont pas d’autre choix que de continuer à travailler s’ils veulent conserver un revenu, car ils ne peuvent pas bénéficier d’indemnités de chômage ou de congés maladie».

Alors qu’il n’offre que des miettes aux travailleurs et aux indépendants, le gouvernement prévoit la possibilité d’«ordonner la réquisition de tous biens et services nécessaires à la lutte contre la catastrophe sanitaire ainsi que de toute personne nécessaire au fonctionnement de ces services ou à l’usage de ces biens». Les secteurs «particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation» ou «à la continuité de la vie économique et sociale pour leur permettre de déroger de droit aux règles sur la durée du travail.»

Ainsi le gouvernement prépare un retour aux travail de centaines de milliers de travailleurs sous la contrainte et sous des conditions sanitaires déterminées par l’action des entreprises.

La voie pour aller de l’avant à été ouverte par les mobilisations des travailleurs en Italie, en France et aux Etats-Unis pour se protéger s’ils ne font pas partie des secteurs industriels essentiels. A présent c’est une lutte politique de la classe ouvrière contre l’appareil d’État qui mène une politique irresponsable, anti-ouvrière et destructrice qui est vitale pour coordonner internationalement la lutte contre la pandémie mondiale.

La survie de dizaines de millions de personnes passe par une lutte socialiste et révolutionnaire, menée internationalement par la classe ouvrière, pour exproprier les aristocraties financières et utiliser ces ressources pour adopter des mesures urgentes contre la pandémie. Les travailleurs lutteront pour le droit à travailler ou à être confiné en sécurité pendant la pandémie; le droit de tous à se faire traiter dignement; la construction des infrastructures nécessaires pour traiter la maladie; et la garantie d’un niveau de vie décent à tous malgré la pandémie et le confinement. 

La question de la transformation de la société vers le socialisme devient une question de vie ou de mort pour la classe ouvrière.