Hongrie: Le gouvernement d’Orban se saisit de la pandémie du coronavirus pour établir une dictature.

Par Markus Salzmann
5 avril 2020

Le Premier Ministre hongrois, Viktor Orbàn, utilise l’épidémie du Covid 19 pour mettre en place un régime dictatorial. Le 11 mars, suite à la proclamation de l’état d’urgence, le parlement hongrois sera clairement supprimé par la mise en application d’une «loi d’urgence…». Cette loi va permettre à Orban d’exercer le contrôle exclusif de toutes les sphères du pouvoir.

La loi autorise le gouvernement à suspendre sine die le parlement. Il suffira que les décrets du premier ministre soient transmis au président du parlement. Le gouvernement peut «suspendre les applications des libertés individuelles, s’écarter des garanties légales, comme prendre d’autres mesures d’exception». La loi stipule: Il est permis de «sursoir à l’application de certaines lois par décret» ainsi que de «mettre en place d’autres mesures d’exception afin de garantir la stabilité de la vie, de la santé, de la sécurité personnelle et matérielle des citoyens et de l’économie.»

Le 23 mars, le parlement a refusé de discuter le projet de loi lors le texte lui a été présenté en urgence. Ce rejet était possible parce que l’adoption de la loi exigeait une majorité des 4/5ème. Toutefois le gouvernement va représenter la loi le 31 mars. Cette fois, pour que la loi soit votée, il suffira d’une majorité des 2/3 des députés, ce qui correspond à la majorité que détient, le Fidesz, le parti de Orban.

Le gouvernement prévoit d’introduire des délits punissables qui supprimeraient immédiatement tous les droits démocratiques. Quiconque fait publier des rapports ou diffuse des messages qui pourraient mettre en danger la «protection réussie» des hongrois contre le coronavirus pourra être condamné à des peines de prison d'au maximum 5 ans. Ce qui signifie clairement que toute critique de la propagande officielle du gouvernement constitue un délit punissable. Ceux qui violent les règles de la quarantaine peuvent également être incarcérés pour une période allant de 5 à 8 ans.

Orban se sert de l’épidémie de coronavirus comme prétexte. Son gouvernement n’a pas dès le début ignoré et minimisé la crise. En dépit de l’attaque du virus, au maximum 6000 personnes ont été testées et le système de santé hongrois a déjà été poussé au maximum avec nombre de cas pour l’instant limité.

De surcroit, le parti Fidesz d’Orban utilise la pandémie du coronavirus pour mener une campagne raciste et anti sémite honteuse. Le gouvernement a déjà expulsé 13 étudiants iraniens pour le prétendu non-respect des règles de quarantaine. Plus tard, les iraniens ont déclaré que les conditions d’hygiène qui leur avaient été imposées étaient désastreuses et aucune information ne leur a été communiquée sur les personnes qui partageaient leur logement.

Orban a déclaré publiquement que c’était l’immigration qui était responsable de la propagation de la maladie infectieuse. En même temps, de nombreux journalistes ont déploré l’absence ou la falsification de données importantes.

Le gouvernement a affirmé que ces nouvelles lois d’urgence ne seraient en vigueur que jusque fin 2020, mais cette information n’a aucune crédibilité.

Depuis sa prise de pouvoir en 2010, Orban a constamment établi des structures autoritaires. Il a effectivement aboli la liberté de la presse, placé des membres de son parti à des postes importants dans les domaines judiciaires et administratifs, et il a lancé une campagne brutale contre les réfugiés et contre tous ceux qui les soutiennent. Fidezs entretient des liens étroits avec les cercles d’extrême droite, tout en vouant un culte à la dictature fasciste qui a dirigé la Hongrie dans les années 30 et 40.

Orban considère la crise du coronavirus comme une bonne occasion d’installer un régime autoritaire qui anéantira toute limite parlementaire et agrandira son pouvoir personnel. Le gouvernement a déjà placé 140 grosses compagnies sous contrôle militaire. En plus, l’armée est largement déployée dans le but de contrôle à l'intérieur et des troupes patrouillent dans les rues de Budapest. Lors d’une manifestation organisée par le MKIK, la Chambre de Commerce Hongroise, Orban a indiqué qu’il fallait se préparer à des «changements brutaux».

D’après le ministre de la défense, Tibor Benkö, cette opération militaire vise à contrôler et à assurer les opérations pendant l’épidémie de coronavirus. Parmi les sociétés sous contrôle, figurent des sociétés publiques ou privées telles que l’usine nucléaire Paks, le groupe pétrolier ou gazier MOL, ainsi que des fournisseurs d’électricité, d’eau, et de gaz, la bourse, plusieurs banques, des compagnies de transport, la poste, la société de médias MTVA et des sociétés pharmaceutiques. Les équipes de contrôle sont constituées de militaires et de policiers.

Les nouvelles mesures visent directement les travailleurs qui refusent de travailler pendant l’épidémie dans des conditions dangereuses. Mi-mars, Orbàn a déclaré qu’il ne voyait aucune raison de fermer les écoles, et que si cela était fait, les enseignants ne seraient pas payés. Il n’a voulu changer d’avis que face à une contestation massive.

Audi, Opel, Mercedes et Suzuki ont tous arrêté la fabrication de leurs voitures en Hongrie. Le ministre des finances Mihàly Varga a récemment évoqué un effondrement vertigineux des performances économiques, suite aux restrictions en vigueur dues au virus COVID -19. C’est pour cela que le gouvernement a annoncé de larges réductions des impôts sur les sociétés.

Parallèlement, l’opposition à la dictature du gouvernement ne cesse de grandir dans tout le pays. Le journaliste Paul Lendvai, hongrois de naissance, a mis en garde contre un «pas vers la dictature» et un groupe de juristes, et parmi eux d’anciens juges spécialistes du droit constitutionnel, a lancé une pétition en ligne contre la nouvelle loi. Cette pétition a recueilli 40000 signatures en quelques heures.

De leur côté, on a pu entendre très peu de critiques de la part des dirigeants européens comme des dirigeants de chaque pays d’Europe. Orbàn est le dirigeant européen qui a le plus avancé dans sa politique d’utilisation de la crise actuelle afin de brutalement attaquer la classe ouvrière, mais les élites dirigeantes dans toute l’Europe prennent la même direction.

En Pologne, le parti de droite au pouvoir, le Pis, a refusé de différer les élections présidentielles pour cause de cet évènement dramatique parce qu’il espère que cela favorisera le président sortant Andrezj Duda. Le magazine Handelsblatt a publié une interview de l’investisseur financier Alexander Dibelius qui a déclaré sans vergogne que la mort de millions de personnes serait préférable à un crash économique qui mettrait en danger ses actifs comme les richesses de ses clients. C’est pourquoi, il n’est pas nécessaire de prendre aucune nouvelle mesure pour ralentir la montée du virus.

Aux Etats Unis, Donald Trump a déclaré lors d’une conférence de presse qu’il souhaitait que les entreprises américaines devraient rouvrir dans quelques «semaines pas dans quelques mois». La classe dirigeante est tout à fait consciente que, si l’on veut obliger les travailleurs à retourner à leur poste dans circonstances d’une épidémie mortelle, il faut utiliser tout moyen dictatorial qui n’est pas compatible avec la démocratie.

icle paru en anglais le 30 mars 2020)

 

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L'importance de la Loi des pleins pouvoirs du premier ministre hongrois Orban
[2 avril 2020]