Un an depuis l'arrestation de l'éditeur de WikiLeaks, Julian Assange

Par Oscar Grenfell
13 avril 2020

Aujourd'hui, 12 mois se sont écoulés depuis que le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a été arrêté par la police et les agents de sécurité britanniques après avoir été illégalement expulsé de l'ambassade de Londres en Équateur, où il avait vécu et travaillé comme réfugié politique pendant sept ans.

Le triste spectacle d'un journaliste malade physiquement malmené par six policiers britanniques au cœur de Londres a choqué des millions de personnes dans le monde. Assange a été transporté hors du bâtiment, ébloui par sa première exposition au soleil depuis longtemps. L'opération semblait être dirigée par des agents infiltrés qui avaient été filmés en train de rôder autour de l'ambassade pendant des jours.

Alors qu'il était brutalisé par la police, Assange était insoumis, appelant à l'opposition à sa persécution. «Le Royaume-Uni doit résister à cette tentative du gouvernement Trump», a-t-il déclaré.

La police britannique arrête Julian Assange à l'extérieur de l'ambassade de l'Équateur

Assange avait été soumis à une violente attaque, avant même que les 55 secondes de vidéo de son expulsion de l'ambassade soient enregistrées par le seul journaliste à l'extérieur du bâtiment, un journaliste du service d'information vidéo Ruptly.

L'émission allemande «Panorama» a cité le récit d'un employé anonyme de WikiLeaks qui était aux côtés d'Assange.

Assange avait été appelé dans la salle de conférence de l'ambassade le matin du 11 avril. L'ambassadeur Jaime Marchan est entré dans la salle, flanqué de gardes de sécurité et de personnel des services secrets équatoriens. Il a lu à haute voix une lettre déclarant que l'asile d'Assange et la citoyenneté équatorienne lui avaient été révoqués et qu'il devait quitter l'ambassade immédiatement. Marchan et ses agents de sécurité sont sortis de la pièce.

«Panorama» a rapporté que lorsque Assange et son collègue ont ouvert la porte de la salle de conférence, ils «ont pu voir qu'un groupe d'hommes et de femmes, y compris des policiers de Londres, était tout juste à l'extérieur et semblait l’attendre.

«Assange a déclaré que l'annulation de son asile et de sa citoyenneté constituait une violation de la constitution équatorienne et qu'il voulait faire appel. Il s’est levé pour retourner dans sa chambre.»

«L'assistant d'Assange a été repoussé; Julian Assange a été plaqué, menotté et amené à la porte d'entrée de l'ambassade. »

Un an plus tard, il ne fait aucun doute que l'assaut du 11 avril dernier a marqué le début d'une tentative d'assassinat politique américano-britannique. Assange croupit dans la prison de Belmarsh à sécurité maximale, surnommée le Guantánamo Bay du Royaume-Uni, alors que la pandémie de coronavirus se propage dans l'établissement.

Dans un appel téléphonique à son ami Vaughan Smith jeudi soir, Assange a déclaré qu'il était détenu dans sa cellule 23 heures et demie par jour. Sa demi-heure d'exercice est dans une cour remplie d'autres prisonniers. Au moins 150 membres du personnel pénitentiaire ont été infectés par la COVID-19 ou sont en isolement. Assange a révélé qu'il y avait eu plus de décès de détenus que le seul cas admis par les autorités pénitentiaires. Il a dit que le virus «se déchaînait dans la prison».

On a refusé au fondateur de WikiLeak une mise en liberté sous caution, malgré le fait qu'il soit en détention provisoire et qu'il soit menacé par le virus en raison de ses nombreux problèmes médicaux graves. La juge Vanessa Baraitser a même décrété que son simulacre de procès d’extradition se poursuivrait en mai, malgré un état d’urgence national, des décès massifs de coronavirus et l'incapacité d'Assange de consulter ses avocats.

Ce traitement criminel, qui rappelle les actions des régimes fascistes du XXe siècle, et l'arrestation d'Assange sont l'aboutissement d'une campagne de plusieurs années menée par les États-Unis et soutenue par tous ses alliés pour détruire l'éditeur de WikiLeaks.

Dès 2008, l'armée américaine avait préparé un rapport secret détaillant les moyens qui pourraient être utilisés pour faire taire Assange et WikiLeaks.

Les publications de WikiLeaks de 2010, pour lesquelles Assange a maintenant été inculpé – y compris la vidéo Collateral Murder, les journaux de guerre d'Irak et d'Afghanistan de l'armée américaine et des centaines de milliers de câbles diplomatiques américains accablants – avaient été accueillies par des déclarations de personnalités politiques américaines qu’Assange était un «cyberterroriste» qui devait être «éliminé».

Le gouvernement Obama constitua un grand jury secret dans le but de concocter des accusations en vertu de la loi sur l'espionnage contre Assange et ses collègues. Des membres de l'administration d'Obama, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates, ont publiquement appelé les alliés des États-Unis à engager des poursuites pénales contre Assange.

Cet appel a reçu une réponse favorable de la part de l'État et du pouvoir judiciaire suédois, qui avaient déjà collaboré au programme illégal d’«enlèvements et séquestrations» de la CIA des États-Unis. La police et les procureurs suédois fabriquèrent des allégations d'inconduite sexuelle contre Assange.

L'une des plaignantes était une figure de premier plan du parti social-démocrate aligné aux États-Unis. Son avocat, Claes Borgström, qui a réussi à faire appel de la conclusion du procureur initial selon laquelle Assange bénéficiait d’une motion de non-lieu, était un haut responsable des précédents gouvernements suédois qui entretenait des liens étroits avec les États-Unis.

Contrairement à tous les précédents juridiques et aux normes juridiques nationales et internationales, les tribunaux britanniques successifs ont décrété qu'Assange devait être extradé vers la Suède à la demande d'un procureur, et non d'un juge, simplement pour «répondre à des questions». Il n'a jamais été expliqué pourquoi cet interrogatoire n'a pas pu avoir lieu à Londres. Les autorités suédoises ont refusé de garantir qu’elles n’enverraient pas Assange aux États-Unis pour des poursuites judiciaires concernant ses activités de journaliste.

Dans ces conditions, Assange a demandé l'asile à l'ambassade d’Équateur de Londres le 19 juin 2012. La police a assiégé l'ambassade et les gouvernements britanniques successifs ont déclaré qu'Assange serait arrêté s'il mettait les pieds dehors. Toutefois, son statut de réfugié politique a été maintes fois confirmé par les Nations Unies et il a pu continuer son travail.

La campagne américaine contre WikiLeaks s'est intensifiée en 2016, lorsque l’organisation a publié des preuves qu’Hillary Clinton avait prêté serment de loyauté envers Wall Street et que la campagne de Bernie Sanders des primaires présidentielles avait été illégalement sabotée par le Comité national démocrate.

L'opération américaine s'est encore intensifiée début 2017, lorsque WikiLeaks a dévoilé les opérations de piratage et de cyberguerre de la CIA. Le directeur de la CIA d’alors et actuel secrétaire d'État Mike Pompeo traita WikiLeaks de «service de renseignement hostile non étatique» et Assange de «démon». Le président Correa d’Équateur, qui avait accordé l'asile à Assange en 2012, a été remplacé par Lenín Moreno en mai 2017.

Les opérations d'espionnage illégales contre Assange ont été intensifiées à l'intérieur de l'ambassade, y compris par la CIA. Les États-Unis ont exercé une énorme pression sur l'Équateur pour qu'il annule l'asile d'Assange. En mars 2018, le gouvernement équatorien a réagi en coupant l'accès Internet à Assange, en lui interdisant de recevoir des visiteurs et en transformant essentiellement l'ambassade en prison, avant de l'expulser du bâtiment un an plus tard.

L'expulsion d'Assange était un crime historique, commis au mépris du droit internationalement consacré à l'asile politique. C'était le point culminant d'une campagne, toujours en cours, des gouvernements du monde entier pour censurer Internet et les points de vue alternatifs, menée sur fond d'une recrudescence de la lutte des classes et d'une immense opposition sociale. Cela a marqué un tournant dans l’attaque prolongée contre la liberté de la presse et la liberté d'expression.

Comme l’a écrit à l'époque Edward Snowden, le lanceur d'alerte de la National Security Agency des États-Unis: «Des images de l'ambassadeur de l'Équateur invitant la police secrète du Royaume-Uni à l'ambassade pour expulser un éditeur – qu’on soit d’accord ou pas – primé pour son journalisme, vont finir dans les livres d'histoire. Les critiques d'Assange peuvent bien se réjouir, mais c'est un moment sombre pour la liberté de la presse.»

Les expériences de l'année écoulée ont prouvé que la liberté d'Assange et la défense des droits démocratiques ne peuvent être réalisées par des appels ou un soutien à aucune section de l’establishment politique capitaliste ou des médias d’État.

Les tribunaux britanniques n’ont cessé de le maltraiter. Les médias de la grande entreprise, qui ont calomnié Assange pendant une bonne partie de la décennie, prétendent maintenant qu'il n'existe pas.

Jeremy Corbyn, l'ancien chef du Parti travailliste britannique, a été loué comme l'initiateur d'un renouveau socialiste. Dans le cadre de ses capitulations sans cesse à la droite de son propre parti, Corbyn a refusé de mener une campagne pour défendre Assange et a fait valoir le coup monté mené par la Suède. Corbyn a quitté la scène, remettant la direction du Parti travailliste à Keir Starmer, qui en tant que procureur général de Sa Majesté, a joué un rôle central dans le complot politique international contre Assange.

Aux États-Unis, Bernie Sanders, qui prétendait mener une «révolution politique» au sein du Parti démocrate, a refusé de dire un mot sur Assange. Il a pratiquement donné son appui à Joe Biden en tant que candidat présidentiel des démocrates. Biden était vice-président du gouvernement Obama qui lança la poursuite américaine contre Assange.

En Australie, tous les partis officiels, y compris le Parti travailliste et les Verts, ont refusé de défendre Assange, malgré le fait qu'il soit un citoyen et journaliste australien persécuté. Cela est conforme au rôle de chaque gouvernement australien et de l'ensemble de l’establishment depuis 2010 pour soutenir la vendetta dirigée par les États-Unis contre l'éditeur de WikiLeaks.

Il est clair que la lutte pour la liberté d'Assange doit être menée par la classe ouvrière internationale, la seule force sociale capable de mener une lutte pour la défense de tous les droits sociaux et démocratiques.

Au cours des deux dernières années, le WSWS, le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections, les Partis de l'égalité socialiste du monde entier, ont mené une campagne inébranlable pour défendre Assange et garantir sa liberté. Au moment des dangers imminents pour sa vie, nous intensifierons ce combat au cours des prochains mois et nous exhortons tous les travailleurs, les jeunes et les défenseurs des libertés individuelles à y participer.

(Article paru en anglais le 12 avril 2020)