Les États-Unis retirent leur financement à l’Organisation mondiale de la santé: un «crime contre l’humanité»

Par Bryan Dyne
17 avril 2020

Mardi, le président Donald Trump a annoncé que les États-Unis allaient suspendre le financement de l’Organisation mondiale de la santé, l’institution mondiale la plus importante dans la lutte contre le COVID-19 et d’autres maladies transmissibles.

L’action de Trump est un effort transparent pour détourner l’attention des échecs de sa propre administration à contenir la pandémie de COVID-19 en jetant le blâme sur les ennemis extérieurs: la Chine et le système de santé des Nations unies. La pandémie a maintenant infecté plus de deux millions de personnes et fait plus de 134.000 victimes dans le monde, dont 644.000 cas et plus de 28.500 décès rien qu’aux États-Unis.

Bien que la décision de Trump soit fondée sur des calculs politiques grossiers et rétrogrades, elle aura un impact réel et dévastateur. Alors que la pandémie de COVID-19 se propage dans le monde entier, la décision de Trump d’arrêter le soutien financier américain de l’OMS entraînera la mort d’innombrables personnes dans les pays en développement dont l’équipement, le personnel et l’expertise de l’OMS soutiennent les systèmes de soins de santé.

Le président Donald Trump parle du coronavirus à la Maison-Blanche, le mercredi 15 avril 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

«La décision du président Trump d’arrêter le soutien financier des États-Unis à l’OMS est tout simplement un crime contre l’humanité», a déclaré Richard Horton, le rédacteur en chef du journal médical Lancet. «Chaque scientifique, chaque travailleur de la santé, chaque citoyen doit résister et se rebeller contre cette effroyable trahison de la solidarité mondiale».

La majorité des ressources de l'OMS sont destinées à l'Afrique et au Moyen-Orient. Ces régions ont jusqu'à présent subi respectivement 910 et 6815 décès dus au COVID-19, un bilan qui s’alourdit de plus en plus rapidement.

Il s’agit également de régions parmi les plus vulnérables du monde, qui se font appauvrir et exploiter par les puissances impérialistes depuis plus d’un siècle. Des pays tels que l’Irak, la Syrie, la Libye, la Palestine et le Yémen ont vu leurs hôpitaux et leurs infrastructures médicales bombardés jusqu’à destruction totale au cours des 30 dernières années par les États-Unis et leurs alliés. On a lancé des avertissements à plusieurs reprises, selon lesquels même une légère augmentation du taux d’infection submergerait leurs systèmes de santé largement inexistants et provoquerait une augmentation rapide du nombre de cas et de décès.

L’Organisation mondiale de la santé n’est pas seulement leur ligne de front contre le coronavirus, mais aussi contre des agents pathogènes largement absents aux États-Unis et en Europe occidentale, comme «la polio, la rougeole, le paludisme, le virus Ebola, le VIH, la tuberculose… et bien d’autres maladies et affections», tel que l’a fait remarquer mercredi le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors de sa conférence de presse. L’organisation a fourni des millions de vaccins pour lutter contre ces épidémies pendant des décennies et ces programmes sont aujourd’hui confrontés à un effondrement de leur financement.

L’OMS a vivement critiqué les politiques des gouvernements occidentaux en réponse à la pandémie de COVID-19 et a appelé à des mesures urgentes pour l’endiguer. Le 11 mars, le Dr Tedros a mis en garde contre «des niveaux alarmants d’inaction» de la part des gouvernements en réponse au COVID-19.

En réponse à la politique déclarée du gouvernement britannique, et à la politique non déclarée d’autres gouvernements occidentaux, de permettre au virus d’infecter une partie importante de la population pour générer une «immunité collective», le Dr Tedros a mis en garde contre une «décadence morale».

«Ne pas prendre au sérieux la mort des personnes âgées et du troisième âge est l’une des décadences morales. Tout individu, quel que soit son âge, tout être humain, compte», a-t-il déclaré.

En revanche, la stratégie de Trump en réponse à la pandémie s’est largement basée sur le déni. Malgré les avertissements lancés par la Chine en janvier, suivis des déclarations d’urgence de la mission de l’OMS en Chine le 24 février selon lesquelles les pays infectés devaient «donner la priorité à une recherche active et exhaustive des cas, des tests et un isolement immédiats, ainsi qu’une recherche minutieuse des contacts et à une mise en quarantaine rigoureuse des contacts proches trouvés», l’administration n’a pas mis en place de tests de masse avant la mi-mars. À ce moment-là, le virus s’était déjà répandu de manière pratiquement incontrôlée pendant deux mois.

En conséquence, les États-Unis comptent sept fois plus de cas que la Chine et près de neuf fois plus de décès. Trump a de nouveau affirmé mercredi: «C’est clair que notre stratégie agressive fonctionne», sans mentionner le nombre record de décès, 2.407 et 2.482, respectivement mardi et mercredi.

Au lieu de prendre des mesures sérieuses pour contenir la maladie, Trump a tenté de dépeindre le virus comme un envahisseur étranger, en qualifiant à plusieurs reprises le nouveau coronavirus de «virus chinois» ou «virus étranger». Il a même défendu un fonctionnaire de la Maison-Blanche qui a qualifié l’épidémie de «Kung flu».

En annonçant la fin du financement, Trump a affirmé que «l’OMS n’a pas réussi à obtenir, à examiner et à partager les informations de manière adéquate, opportune et transparente». Il a ajouté que «la confiance de l’OMS dans les divulgations de la Chine a probablement provoqué une multiplication par vingt du nombre de cas dans le monde» et que «tant de décès sont le produit de leurs erreurs».

Tout examen des premières informations sur l’épidémie – avant qu’elles ne soient colorées par la propagande anti-chinoise – montre que ces affirmations sont des mensonges.

Le 6 janvier, le gouvernement chinois a alerté l'OMS et le reste du monde au sujet d'une nouvelle maladie de type pneumonie. Le 11 janvier, l'OMS a publié des avertissements sur la façon de traiter un nouveau type d'infection respiratoire, et la séquence génétique a été partagée par la Chine le lendemain. Pendant ce temps, les centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) aux États-Unis ont augmenté leur niveau d'alerte au cas où l'infection serait détectée ailleurs.

L’OMS a rapidement envoyé une équipe internationale en Chine, comprenant des délégués américains, qui ont tous clairement indiqué qu’aucune restriction n’était imposée à leurs déplacements.

Alors même que Trump retire un demi-milliard de dollars pour lutter contre la pandémie la plus dangereuse du siècle, il a déjà remis au moins cinq mille milliards de dollars à Wall Street et aux grandes entreprises, et d’autres sauvetages financiers sont promis. Parmi ces mesures figure un allégement fiscal qui permettra aux millionnaires américains de disposer de 73,8 milliards de dollars de plus, soit plus de 100 fois ce que l’OMS a demandé pour lutter contre le coronavirus.

La constitution de l’OMS, citée mercredi par le Dr Tedros, stipule que: «profiter de la meilleure qualité de santé possible constitue l’un des droits fondamentaux de tout être humain. Cela est son droit, quelles que soient son origine ethnique, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique ou sociale».

Ce sont de nobles idéaux, qui incarnent les principes de science, de rationalité et de solidarité auxquels adhèrent les médecins, les épidémiologistes et les scientifiques du monde entier dans leur lutte contre le COVID-19. Mais les travailleurs doivent bien comprendre que ces idéaux ne peuvent être atteints en en faisant la demande à la classe dirigeante et à ses divers représentants, y compris Trump et ses homologues en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et ailleurs.

La seule force sociale qui peut défendre ces principes est la classe ouvrière. La lutte véritable pour sauver des vies veut dire: étendre massivement les tests, augmenter les soins médicaux, augmenter la production d’équipements de protection individuelle. Les travailleurs doivent réaliser que toute solution à la pandémie nécessite un niveau de planification et de coopération mondiale dont le capitalisme est tout simplement incapable. On doit en tirer les leçons, surtout que la lutte contre la pandémie est inséparablement liée à la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais 16 avril 2020)