Des infirmières brésiliennes en grève contre les conditions mortelles alors que le COVID-19 sévit

Par Tomas Castanheira
20 avril 2020

Des infirmières et d'autres professionnels de la santé ont débrayé et protesté dans plusieurs villes du Brésil contre le manque d'équipement de protection individuelle (EPI), ce qui provoque beaucoup de malades du COVID-19 et plusieurs décès dans leurs rangs.

Après avoir augmenté rapidement tout au long de la semaine, le nombre de cas de coronavirus officiellement confirmés au Brésil a atteint 30.425 jeudi, tandis que le nombre de morts s'élevait à 1924. Cependant, une étude réalisée par le Centre de renseignements et d’opérations de la Santé (NOIS) souligne qu'en raison d'une sous-déclaration extrême et d'un manque de tests, le nombre réel de cas serait 12 fois plus élevé, soit plus de 350.000 personnes infectées. Et de nombreux décès dus au COVID-19 ne sont pas enregistrés.

La situation a été exacerbée par les actions du président fasciste du Brésil, Jair Bolsonaro, qui, depuis le début de la crise du coronavirus, mène une campagne criminelle pour saboter toute mesure visant à contenir l'épidémie qui entre en conflit direct avec les intérêts du milieu des affaires.

Des infirmières bloquent une rue pour protester contre les conditions dangereuses à Belém [WhatsApp]

Cette situation conduit à l'effondrement du système de santé brésilien. Les professionnels de la santé dénoncent les conditions précaires de soins et de travail depuis le début de la pandémie dans le pays. La semaine dernière, des manifestations, y compris des arrêts de travail, se sont étendues aux hôpitaux et autres unités de soins dans diverses régions du Brésil.

À Sao Luis, la capitale du Maranhão, dans le nord-est du pays, des professionnels de la santé de l'hôpital municipal de Djalma Marques, connu sous le nom de «Socorrão 1», ont menacé de faire grève sauvage lundi dernier. Les travailleurs ont été scandalisés après la mort de deux collègues atteints de COVID-19, victimes de l'absence des mesures de protection les plus élémentaires.

«Que se passe-t-il à Socorrão 1 ??? Deux employés décédés, la source d’infection déjà identifiée, des techniciens testés positifs ... Où est le nettoyage du terminal, ou la mise en quarantaine du secteur, où est Coren (Conseil régional des infirmiers), où est le Sindhosp (Union des Hôpitaux, Cliniques et Laboratoires), le secrétaire municipal ... Personne n'en parle?! Pour l'amour de Dieu, il y a déjà BEAUCOUP d'infections, alors passez à l'action», a protesté un employé sur Facebook.

Le lendemain, dans une autre unité, «Socorrão 2», le technicien en radiologie de 40 ans Sérgio Costa est décédé après avoir contracté le virus dans les mêmes conditions.

Au Maranhão, sur les 797 cas confirmés, 79 travaillent dans le réseau de santé de l'État. Le nombre réel de travailleurs infectés dans la région est sans aucun doute beaucoup plus important, car d'autres secteurs agissent également en première ligne dans la lutte contre le virus. À São Luís, par exemple, il existe trois grands hôpitaux privés qui traitent des patients atteints du COVID-19.

Écrit sur la pancarte: «Nous voulons des EPI, les professionnels demandent de l'aide!»

Plus de 2500 kilomètres au sud du Maranhão, des infirmières, des techniciens, des kinés, des psychologues et le personnel administratif de la Fondation de l'hôpital d'État du Minas Gerais (Fhemig) ont débrayé mercredi matin.

En plus des conditions d'insécurité, avec le manque d'EPI, les travailleurs protestaient contre leur exclusion d'une prime temporaire accordée par le gouvernement de l'État aux médecins seulement.

«C'était très frustrant [...] que cela ne bénéficie qu'aux professionnels de la santé, car tout le monde est concerné à l'hôpital, y compris les portiers à l'entrée. C'est absurde, parce que nous travaillons comme eux de manière inhumaine, sans équipement, mais nous sommes là», a déclaré un employé de Fhemig à la chaîne de télévision Record.

Un autre a commenté: «Pourquoi ne récompenser qu'une catégorie de travailleurs, étant donné que nous sommes une équipe? Outre le stress, la peur constante parce que nous avons des parents à la maison, notre travail a-t-il moins de valeur?»

Le gouverneur du Minas Gerais, Romeu Zema, a répondu en déclarant que la protestation des travailleurs était «incompréhensible», car «il y a quelques années, ces professionnels n'étaient pas payés en temps voulu, et ce mois-ci, c’est le cas».

Mercredi soir, une autre manifestation de professionnels de la santé a eu lieu à Belém do Pará, dans le nord du Brésil. Les infirmières dans les urgences de Mário Pinotti ont débrayé et bloqué l'avenue devant l'hôpital, manifestant contre les conditions mortelles auxquelles elles et leurs patients sont soumis.

Dans une interview accordée à Rede Liberal, l'infirmière Socorro Brito a déclaré: «C'est la pire crise que nous ayons traversée, car le virus est à l'intérieur depuis plus de deux mois et il n'y a toujours pas de projet pour travailler avec ces personnes. Les patients entrent par la même porte que les autres patients, y compris les enfants. C'est révoltant.»

Nauza Araújo, une autre infirmière, a déclaré: «Travailler sans masque, sans blouse. Entrer dans le secteur de l'isolement sans EPI signifie une contamination assurée, le départ des professionnels, et cela ne doit pas arriver. Dans quelques jours, il n'y aura plus personne pour s'occuper des patients. Nous voulons juste la dignité au travail, pour faire notre travail.»

Bien que plusieurs prestataires de soins de santé aient déjà été écartés en cas de suspicion d'infection par le virus, les professionnels appartenant aux groupes à haut risque continuent de travailler normalement. «J'aurai 70 ans en juin, je suis diabétique et fais de l’hypertension [...] Je suis là en train de travailler mais je ne me sens pas bien», a expliqué Maria das Graças.

Les infirmières de Belém font grève pour obtenir de l’EPI [Twitter/João Paulo Guimarães]

La nuit suivante, jeudi, des professionnels d'une autre unité de santé de Belém ont paralysé le travail. Dans une vidéo publiée sur Twitter, les travailleurs de l'unité de soins d'urgence du quartier de Sacramenta apparaissent avec des affiches exigeant un EPI approprié. En plus des conditions extrêmement précaires, comme le manque d'eau pendant la nuit, ils ont dénoncé le fait que 15 professionnels de la résidence soient malades et sans assistance.

«J'ai besoin que nous soyons entendus et qu’on nous garantisse des conditions de travail minimales. C'est tout ce dont nous avons besoin pour nous occuper de cette population qui a besoin de nous», a déclaré une infirmière qui affirme qu'elle travaille depuis huit ans comme employée permanente. «Ceux qui me connaissent sont conscients de mon engagement dans mon travail, et nous voulons juste les conditions suffisantes pour ne pas tomber malade, et éviter de ramener la maladie à la maison.»

Le maire de Belém, Zenaldo Coutinho du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), a répondu à la manifestation sur Twitter: «Je voulais dire que la manifestation qui a eu lieu hier devant le PSM da 14 était une grave erreur car les employés sont allés dans la rue avec leur EPI et leurs uniformes. C'est une erreur que nous déplorons.»

«Protection pour les professionnels de première ligne»

Zenaldo a également déclaré, dans une interview à l'émission de télévision Jornal Liberal, que le manque d'EPI dans les hôpitaux était dû à une pénurie de produits sur le marché mondial. Cependant, il a affirmé que les professionnels ont l'équipement nécessaire garanti jusqu'à au moins la semaine prochaine.

Une interview accordée au G1 par un médecin anonyme, qui travaille à Pronto-Socorro Mário Pinotti, ou PSM da 14, réfute complètement les affirmations du maire. Selon lui, l'absence de conditions de travail de base existe depuis bien avant le déclenchement de l'épidémie de coronavirus.

«Il y a un mois, lorsque des cas à Belém ont commencé à apparaître, nous, médecins, avons commencé à exiger des conditions de travail minimales: eau, savon, serviettes en papier et EPI. Mais malheureusement, les problèmes du PSM da 14 sont également structurels, il n'y a pas beaucoup de place pour une maladie qui nécessite une distanciation sociale. Le manque n'est pas seulement en EPI, mais aussi en équipements comme les cathéters à oxygène.

«Je suis dans l'unité de soins depuis deux ans, je n'ai jamais rien vu de tel. La situation des patients est triste. Il n'y a pas de brancards, pas assez de prise d'oxygène. C'est une vraie scène de guerre là-dedans. Je n'ai jamais vu autant de personnes ayant besoin d'oxygène et d'intubation comme je l'ai vu récemment. Malheureusement, le système public de Belém s'est déjà effondré.»

(Article paru en anglais le 18 avril 2020)