La lettre d’une infirmière de Bournemouth au WSWS suscite un large débat sur les dangers auxquels sont confrontés les travailleurs du NHS en pleine pandémie de COVID-19

Par Alice Summers
22 avril 2020

Mardi dernier, le World Socialist Web Site a publié une lettre d’une infirmière du sud-ouest de l’Angleterre, intitulée «Lettre au WSWS d’une infirmière britannique inquiète».

L’infirmière décrit les conditions épouvantables dans l’aile «Zone rouge» de COVID-19 et la colère – partagée par de nombreux autres travailleurs de la santé – contre la direction et l’incapacité du gouvernement à fournir un équipement de protection individuelle (ÉPI) adéquat. L’infirmière a dénoncé les éloges hypocrites du premier ministre Boris Johnson à l’égard des travailleurs du National Health Service (NHS), après des décennies de coupes sauvages dans le service effectuées par les gouvernements conservateurs et travaillistes.

«J’ai été stupéfaite d’entendre le premier ministre Boris Johnson après une journée de travail difficile», écrit l’infirmière. Il est sorti de l’hôpital Saint Thomas dimanche, mais nous avons assisté à la mort de près de 11.000 personnes, dont 40 employés du NHS, en raison de la politique criminelle d’«immunité collective» de son gouvernement et de son manque de préparation pour faire face à la pandémie…»

Service national de santé (NHS) (Source: Wikipedia Commons)

«Nos vies sont en danger à cause des mauvaises politiques du gouvernement et de la direction en matière d’ÉPI», poursuit l’infirmière. «Indépendamment du fait que nous avons affaire à un virus virulent et très contagieux, la direction ne nous permet pas de porter des ÉPI appropriés et sûrs».

Cette lettre a été l’article le plus lu sur le WSWS ces derniers jours, elle a été vue plus de 80.000 fois et elle s’est fait largement diffuser sur les plateformes de médias sociaux.

Les travailleurs de la santé font les frais de l’indifférence criminelle du gouvernement conservateur à l’égard de la vie des travailleurs. Jusqu’à présent, 56 travailleurs de la santé ont perdu la vie à cause du COVID-19 au Royaume-Uni. La lettre a suscité, sur les médias sociaux et dans la section des commentaires du WSWS sur Disqus, une vague de colère et d’indignation envers la politique du gouvernement. Nombre de ces commentaires étaient des professionnels de la santé.

Des dizaines d’utilisateurs de Twitter et de Facebook ont publié la lettre sur leurs propres comptes de médias sociaux. Plus de 400 personnes l’ont partagée à partir de la page Facebook du «NHS Fightback». Le Parti de l’égalité socialiste et le WSWS ont créé cette page afin de lutter pour la création de comités de base pour la défense d’un service de soins de santé gratuit, complet et universel.

Ian J. a posté la lettre sur sa propre page Facebook pour dire que «ce n’est pas un échec du gouvernement, c’est une négligence délibérée qui conduit à des morts inutiles». C’est un homicide involontaire d’entreprise. On doit lancer une enquête publique et des poursuites».

Une infirmière auxiliaire a écrit: «C’est la meilleure lettre que j’ai jamais lue… nous sommes traités comme des moins que rien à l’hôpital [et ils] ne se soucient pas de nous ou de nos familles… le NHS À SON MEILLEUR.»

Sandra, de Boston, dans le Lincolnshire, a commenté: «C’est une lettre qui m’a beaucoup touchée. Nos collègues du NHS ne sont pas suffisamment protégés ou soutenus… nous en demandons tellement à nos travailleurs de première ligne… ils ne demandent que d’être correctement et adéquatement protégés pour ce rôle!»

Elaine, une infirmière professionnelle du Suffolk, a écrit: «Une lettre à lire absolument de la part d’une infirmière professionnelle… bravo pour avoir pris la parole. C’est une image très différente de celle qui est présentée lors du point de presse quotidien [du gouvernement], qui ne sert à rien. Ils vous mentent, combien d’autres professionnels de la santé doivent mourir avant que quelqu’un s’en aperçoive? … Une fois de plus, je supplie mes collègues de refuser de soigner les patients atteints de COVID-19 si vous n’avez pas la protection adéquate. Vos vies comptent aussi!»

Ellie, qui a étudié à l’université de Bournemouth, a partagé la lettre sur Facebook: «Cela m’enrage! Vous [le gouvernement] nous avez demandé de rester à la maison, mais vous ne faites pas votre travail pour protéger tous les travailleurs de première ligne, en particulier le personnel du NHS! Vous faites encore des fausses promesses qu’il y aura plus de tests! Quand allez-vous apprendre votre leçon!!!»

«De précieuses vies perdues, et on en perd encore… Nous ferons de notre mieux pour rester à la maison et garder une distance sociale pour aider. Le NHS! FAITES VOTRE TRAVAIL CORRECTEMENT!...»

Steve M a commenté: «NHS, vous faites un travail étonnant [,] mon cœur saigne que vous ne soyez pas soutenus comme vous devriez l’être par ce gouvernement. Quand la poussière va retomber, de grands changements devront se produire».

Danielle, une infirmière, a commenté: «C'est pourquoi j'ai peur d'aller travailler !!! Le gouvernement est une pagaille et je ne critique pas mon lieu de travail. C'est ce gouvernement. Ce n'est pas moi qui l'ai écrite, mais c'est ce que nous ressentons tous !!!»

Ann Hemingway, professeur de santé publique et de bien-être à l'université de Bournemouth, a partagé l'article du WSWS sur Twitter et a condamné les politiciens et la direction du NHS pour avoir mis la vie des travailleurs de la santé en danger. Elle a tweeté: «Fantastique lettre sur les problèmes liés aux ÉPI… où est l’opposition face à ces politiciens et ces responsables du NHS qui mettent en danger la vie des gens ?»

Daniel de Bournemouth a exprimé sa colère face aux conditions de travail des employés du NHS, et a demandé que le gouvernement soit tenu responsable: «C'est un compte-rendu donné par une infirmière de l'hôpital de Bournemouth. Vous devez le lire. Ce gouvernement va payer pour ce qu'il a fait subir à notre personnel du NHS».

Marky a tweeté: «La vérité sur les ÉPI, d'une infirmière d'un grand hôpital.»

Steve C a tweeté: «Lisez, s'il vous plaît. Ma sœur est infirmière de première ligne et m'a fait part de cette information. Honte à ceux qui ont applaudi Boris Johnson et son régime la semaine dernière».

De nombreuses personnes ont partagé cette lettre en réponse à des tweets de leurs députés locaux, et ont également tagué le premier ministre Boris Johnson, le chancelier Rishi Sunak et le secrétaire à la Santé Matt Hancock. Ils ont condamné l’incapacité du gouvernement à fournir aux travailleurs du NHS un ÉPI adéquat et leur complicité dans la mort évitable de travailleurs de la santé et de milliers d’autres personnes.

Certains ont partagé la lettre de l’infirmière en réponse à un tweet de Tobias Ellwood, le député de Bournemouth Est – où se trouve l’hôpital Royal Bournemouth – dans lequel il avait tenté de manière xénophobe de détourner vers la Chine la responsabilité de la pandémie de COVID-19. Ellwood a déclaré: «Sans aucune leçon apprise du SRAS – autre que la tentative de cacher l’épidémie au monde, la Chine doit changer».

Ben Jernes a répondu à Ellwood en publiant l’article du WSWS avec le commentaire suivant: «Regardez ce qui se passe ici d’abord à cause de votre propre gouvernement… Les conservateurs ont du sang sur les mains. Vous êtes coupables. Justice sera faite».

La crainte de la direction générale du NHS de voir la vérité sur la situation réelle des hôpitaux s’échapper et apparaitre en public a été exprimée dans un commentaire anonyme de Disqus envoyé au WSWS. La missive affirmait que la lettre de l’infirmière n’était pas «représentative de ma propre expérience et de celle de la grande majorité». Prétendant travailler en «première ligne» à l’hôpital de Bournemouth, Anonymous a écrit: «Un ÉPI approprié a été disponible à tout moment… La préparation de l’hôpital à ce virus a été excellente».

En réponse à Anonymous, Laura Tiernan, journaliste pour le WSWS, a déclaré: «Si sa description n’était pas “représentative” de l’expérience des infirmières de première ligne, elle n’aurait pas été appréciée et partagée aussi largement. L’expérience relatée est malheureusement représentative pour des milliers d’employés de première ligne».

Les lecteurs du WSWS ont écrit pour soutenir la lettre de l’infirmière. L’un d’entre eux a écrit: «La formulation de ce message [d’Anonymous] semble bien plus susceptible de venir de la bouche (un communiqué de presse) de la direction que d’un travailleur de première ligne».

Un autre a écrit: «Pas étonnant que vous soyez anonyme… Je ne sais pas qui vous pensez tromper quand la majorité des gens est au courant de la véritable situation du pays en ce qui concerne les pratiques dangereuses et le manque de pression des chefs du NHS et de leur syndicat sur le gouvernement».

Un autre a répondu à l’affirmation d’Anonymous selon laquelle l’exposition faite par l’infirmière de Bournemouth n’était pas «professionnelle et potentiellement dommageable», en disant: «Je dirais que risquer la vie de vos collègues est plus dommageable, n’est-ce pas?»

Un autre a déclaré: «Cet article me choque. Nous avons tous des amis, de la famille au sein du NHS, certains à Bournemouth (qui est un véritable désastre). Je demande instamment à tous les travailleurs du NHS ou du secteur des soins qui risquent de mourir par manque d’ÉPI de puiser leur courage dans le droit du travail et de SE TENIR DEBOUT POUR LA PROTECTION DE LEUR VIE. Une des infirmières a refusé de travailler dans une situation particulière parce qu’elle était incroyablement dangereuse. On l’a menacée de mesures disciplinaires. Il y a évidemment un droit de l’emploi qui protège les travailleurs – quel que soit leur travail – des dangers. L’article 100 de la loi de 1996 sur les droits du travail stipule que cela serait automatiquement injuste pour un employeur de licencier un employé lorsqu’il a quitté ou dit qu’il allait quitter les lieux dans une situation où le DANGER était “GRAVE ET IMMINENT”. J’espère que cela donnera à tout employé, qu’il soit du NHS ou du secteur des soins, le courage de se battre pour la protection de sa vie».

Un autre lecteur a déclaré: «C’est tout simplement horrible. Le personnel clinique sait certainement quand il a besoin d’un ÉPI complet, mais pas les responsables? Menacer le personnel pendant cette pandémie est obscène. Si quelqu’un doit être licencié, ce sont ceux qui font la menace, pas ceux qui risquent leur vie au quotidien».

Un lecteur a répondu: «Malheureusement, on empêche de nombreux membres du personnel clinique de s’exprimer sur les médias sociaux ou dans la presse, et on les menace de mesures disciplinaires».

À l’hôpital de Bournemouth, la lettre a été chaleureusement reçue par les médecins, les infirmières et les autres travailleurs de la santé. Elle a été partagée par le personnel dans des groupes Facebook privés et d’autres comptes de médias sociaux. Les infirmières ont déclaré qu’elles étaient d’accord avec «chaque mot», et quelqu’un a ajouté que «ça devrait faire la une des journaux!»

La réponse à cette lettre montre le rôle essentiel du WSWS en tant que porte-parole conscient des préoccupations et de l’opposition croissante des travailleurs du monde entier. Contre la censure et les mensonges des médias, des gouvernements capitalistes et des syndicats procapitalistes, le WSWS se bat de manière irréconciliable pour les droits sociaux et les intérêts de la classe ouvrière, les connaissances scientifiques et la vérité.

(Article paru en anglais 17 avril 2020)

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