4.000 emplois menacés après la fermeture du site d’Arcelor-Mittal à Fos

Par Anthony Torres
25 avril 2020

Après la fermeture définitive de son site sidérurgique à Florange la semaine dernière, Arcelor-Mittal vient d’annoncer l’arrêt de son deuxième haut-fourneau sur le site de Fos-sur-Mer, deuxième employeur de la région marseillaise. 2.500 salariés d’ArcelorMittal et 1.500 en sous-traitance sont directement menacés, avec des conséquences sociales catastrophiques.

Depuis le 23 mars, 80 pour cent des employés du site de Fos-sur-Mer ont été mis en chômage partiel sans compter les salariés des entreprises sous-traitantes. Les 20 pour cent restants permettent de sécuriser le site. L’usine maintient «l’activité minimale nécessaire afin de pouvoir redémarrer dès que les conditions le permettront», explique la direction.

Pour Le Parisien, Philippe Darmayan, président d’ArcelorMittal-France et de la direction de l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) déplorait qu’ «Après 24 jours de confinement, nous sommes dans une situation extrêmement préoccupante. Parmi les secteurs de l'industrie, l'automobile est à moins 80 pour cent d'activité, l'aéronautique quasiment à l'arrêt, la sidérurgie à moins 80 pour cent. Sur l'ensemble de la chaîne, y compris les PME, toutes ces entreprises sont aujourd'hui sous perfusion de trésorerie. Cela ne peut pas durer très longtemps. Sans quoi nous allons nous retrouver demain face à une série de faillites.»

Le site d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer produit des aciers pour l’automobile, l’industrie. Des produits majoritairement expédiés dans les pays du bassin méditerranéen: Grèce, Turquie et dans le Maghreb ainsi que l’Espagne et l’Italie, les deux principaux acheteurs mais aussi les deux pays les plus touchés par l’épidémie de Covid-19 en Europe. Initialement le carnet de commande était plein pour le premier semestre mais avec la pandémie, les commandes ne dépassaient pas 15 jours de travail.

Un scénario identique à celui de Florange est en train de se produire sur le site de Fos-sur-Mer. A Florange, les deux haut-fourneaux avaient été arrêtés «provisoirement», avant que la cokerie ne ferme à son tour, entraînant l’arrêt définitif de l’usine alors prévue initialement pour 2022. Après avoir arrêter le premier haut fourneau sur Fos-sur-Mer le 23 mars, la direction du site dans le sud de la France vient d’annoncer l’arrêt du deuxième haut fourneau tout en maintenant la cokerie en activité.

L’usine pourrait redémarrer si le carnet de commande se remplit, ce qui dépend de la reprise de l’activité économique, mais le redémarrage des hauts fourneaux prendrait plusieurs semaines. Dans un communiqué, le président de la Région Sud, Renaud Muselier, a affirmé être confiant: «Le Ministère travaille avec les grandes filières industrielles pour une reprise rapide de l’activité, notamment l’industrie automobile, afin de remplir le carnet de commandes de Fos et éviter ainsi son arrêt».

Pourtant Sandy Poletto, secrétaire général CGT de l’usine a dit qu’«Avec l'annonce de l'arrêt du deuxième haut-fourneau, on s'est pris un coup de massue derrière la tête. On savait que la demande était en baisse, mais on pensait pouvoir maintenir nos activités à chaud». Et d’ajouter: «Le choix d'arrêter toute la phase à chaud et les deux haut-fourneaux, ne concerne que notre site de Fos. Et pas les autres sites européens d'ArcelorMittal. Alors bien sûr, ça crée pas mal d'inquiétude parmi les salariés».

Les menaces pesant sur les 4.000 emplois directs et indirects du site de Fos-sur-Mer semblent être un chantage de la part du géant mondial de la sidérurgie. Le 18 mars, la direction du site avait annoncé une réduction d’une partie de ses activités à Fos-sur-Mer avant de décider finalement d’arrêter la totalité de ses installations pour faire face à l’épidémie de Covid-19 après que la CGT ait lancé une procédure pour «danger grave et imminent».

La CGT alertait sur l’absence de mise à disposition par la direction du site «de masques, lingettes, et de produit hydroalcoolique qui manquent encore massivement à ce jour pour toucher la totalité des salariés du site», tout comme le non-respect des périmètres de distanciation.

La procédure lancée par la CGT contre la direction du site de Fos-sur-Mer ne signifiait pas une tentative d’arrêter temporairement l’activité du site afin de mettre les salariés à l’abri. Alors que l’OMS déclarait l’état de pandémie mondiale, la bureaucratie syndicale alignée sur le gouvernement n’a ni averti du danger sanitaire ni luttée pour permettre aux travailleurs de rester chez eux. La CGT est resté silencieuse durant plus deux mois, permettant le maintien de l’activité économique.

La CGT a opéré un tournant, craignant une montée de la colère chez les travailleurs du site contre l’absence de mesures sanitaires prises par la direction mais aussi contre le syndicat complice de ce fait – alors qu’une vague internationale de grèves sauvages et droits de retraits de travailleurs forçait les gouvernements à appeler au confinement.

La direction de la communication d’Arcelor a estimé: «Ce processus complexe et délicat nécessitera plusieurs semaines. Nous avons plusieurs choix: stopper de façon abrupte les installations avec de gros risques pour le redémarrage futur ou prendre le temps de faire les choses bien pour être en mesure de relancer la production quand l’activité repartira».

ArcelorMittal tout comme les autres grands groupes utilisent le contexte de la pandémie pour restructurer leur activité. Face à la colère des travailleurs contre le danger sanitaire, la direction d’ArcelorMitall brandit la menace de fermeture de l’usine. Le but est d’exercer une pression sur les travailleurs avec la complicité des syndicats, pour les forcer à reprendre le travail sans les mesures de sécurité sanitaires requises mais aussi par une surexploitation de la main d’œuvre qui serait numériquement plus faible.

Etant donné le monopole du géant de la sidérurgie en Europe et dans le monde, le site de Fos-sur-Mer peut être fermé, malgré sa position stratégique en Méditerranée, si la direction n’obtient pas la destruction des acquis sociaux et des licenciements pour relancer son activité. Comme le dit le député LFI Pierre Dharéville qui a reçu la direction d’ArcelorMittal-Fos-sur-Mer: «Les choses ne peuvent pas continuer comme avant. Pour moi, il faut que la relance économique et industrielle soit aussi une relance sociale et écologique».

Cette situation pour les salariés d’ArcelorMittal est analogue à celle des travailleurs d’Amazon. Alors que le tribunal de Nanterre a exigé la protection des employés d’Amazon contre le coronavirus, le géant américain a fermé ces centres de distribution en France exerçant un chantage économique menaçant d'utiliser son contrôle monopoliste sur les infrastructures logistiques critiques pour saboter la distribution de biens au milieu d'une pandémie mondiale meurtrière.

Les travailleurs qui sont les plus touchés par cette pandémie, ne peuvent pas payer pour cette crise sanitaire. Les travailleur s doivent pouvoir se protéger chez eux sans perte de salaire ni ne doivent subir la destruction de leur emploi aux conséquences économiques et sociales catastrophiques dans un département déjà touché par un chômage élevé.

Face à la menace de la fermeture de cette usine employant des milliers de salariés, les travailleurs doivent lutter pour la nationalisation des sites sidérurgiques que détient ArcelorMitall à travers l’Europe et internationalement. Cette lutte doit s’inscrire dans une lutte politique de la classe ouvrière pour l’expropriation de l’aristocratie financière parasitaire et donc la lutte contre la pandémie et pour la prise du pouvoir de la classe ouvrière.