Tandis que des millions de personnes ne peuvent toucher d'allocations de chômage

Les milliardaires américains ont augmenté leur richesse de 280 milliards de dollars depuis mars

Par Gabriel Black
28 avril 2020

«Il faut toujours profiter d’une crise», a déclaré Rahm Emanuel, ancien banquier d'affaires, maire de Chicago et chef de cabinet du président Barack Obama à la Maison-Blanche, en réponse à la crise financière de 2008. Emanuel et Obama ont mené la réorganisation des relations de classe aux États-Unis, en réduisant les services sociaux, l'éducation, la santé et les retraites, et en accélérant le passage à un travail temporaire et mal rémunéré. En conséquence, ils ont créé le plus grand boom boursier de l'histoire.

Aujourd'hui, ce slogan est de nouveau sur les lèvres de la classe dirigeante. Les plus grandes puissances financières et commerciales cherchent à utiliser l'urgence sanitaire mondiale pour accroître leur richesse et augmenter l'exploitation de la classe ouvrière.

Selon un nouveau rapport de l'Institute for Policy Studies, les milliardaires des États-Unis ont augmenté leur richesse de 282 milliards de dollars depuis la chute des actions à la mi-mars. Alors que plus d'un cinquième de la population américaine est aujourd'hui au chômage, et que des millions de personnes sont privées de leurs besoins essentiels et sont confrontées à un avenir incertain, la situation des super riches s'est non seulement redressée, mais elle s'améliore considérablement.

Jeff Bezos et sa conjointe (AP Photo/Rafiq Maqbool, Dossier)

La fortune de Jeff Bezos a augmenté de 25 milliards de dollars entre le 1er janvier et le 15 avril. Jamais dans l'histoire un individu n'a fait une telle fortune aussi rapidement. Comme l'indique le rapport, «cette somme est supérieure au produit intérieur brut du Honduras, qui était de 23,9 milliards de dollars en 2018».

Huit milliardaires, dits «profiteurs de la pandémie», ont augmenté leur richesse, chacun de plus d'un milliard de dollars pendant cette période: Jeff Bezos (Amazon), MacKenzie Bezos (Amazon), Eric Yuan (Zoom), Steve Ballmer (Microsoft), John Albert Sobrato (Silicon Valley real estate), Elon Musk, Joshua Harris (Apollo, gestion d'actifs financiers) et Rocco Comisso (Mediacom, câble et Internet).

Pourquoi, alors que 200.000 personnes sont mortes dans le monde et que des millions d'autres vies sont en danger, les super riches accumulent-ils autant de profits?

Tout d'abord, le plan de sauvetage élaboré et voté à l'unanimité par les républicains et les démocrates a canalisé la richesse vers les banques et les entreprises les plus riches, tout en laissant des miettes à la population active.

La loi CARES de 2,2 billions de dollars ne prévoit que 550 milliards de dollars pour les paiements directs et le chômage prolongé, que la plupart des gens n'ont pas encore reçus. Sur les plus de 1700 milliards de dollars restants, 500 milliards sont directement consacrés au renflouement des grandes entreprises. Alors que 377 milliards de dollars vont officiellement aux petites entreprises, la plupart n'ont pas vu un centime, car les banques ont empoché 10 milliards de dollars en frais et les grandes entreprises ont largement consommé les fonds disponibles.

La loi CARES contient également 173 milliards de dollars d'allégements fiscaux supplémentaires pour les personnes et les entreprises super riches. Par exemple, elle permet aux ménages gagnant au moins 500.000 dollars par an de réduire leurs impôts en augmentant considérablement les déductions des pertes d'entreprise et en les appliquant à l'argent imposable gagné sur le marché boursier.

Tout cela s'ajoute aux milliers de milliards de dollars que la Réserve fédérale a fait passer sur les marchés financiers et dans les coffres des entreprises.

Entre-temps, une étude du Pew Research Center révèle qu'alors que plus de 10 millions de personnes ont fait une demande de chômage en mars, seuls 29 % des Américains sans emploi ont reçu des allocations ce mois-là. Le rapport indique que les chômeurs «sont confrontés à un enchevêtrement de règles d'État différentes régissant la manière dont ils peuvent prétendre à des prestations, le montant qu'ils recevront et la durée pendant laquelle ils pourront les percevoir».

Le chômage réel a dépassé les 20 % de la population. Plus de 26,5 millions d'emplois ont été perdus, s'ajoutant aux 7,1 millions de personnes qui étaient déjà au chômage avant la crise.

Même lorsque les travailleurs reçoivent ces prestations, elles se font, en fin de compte, au détriment de la dette de l'État et du gouvernement fédéral. Comme en 2008, lorsque les États et les villes ont été confrontés à une crise budgétaire, des problèmes budgétaires vont également apparaître avec le COVID-19. Qui paiera lorsque les budgets seront dépassés? Comme à Detroit, dans le Michigan, et à Stockton, en Californie, au lendemain de la crise financière de 2008, la classe dirigeante dira une fois de plus: «Il n'y a pas d'argent» pour les services sociaux de base tels que l'éducation et l'eau potable. Pendant ce temps, des billions de dollars sont canalisés vers les super riches.

Une deuxième raison pour laquelle la pandémie a été une aubaine pour les super riches est qu'elle a intensifié la consolidation des entreprises, le travail à temps partiel et temporaire, et l'automatisation numérique et physique.

Bloomberg écrit: «Les grandes entreprises ont tous les avantages dans la pandémie». Alors que la plupart des petites entreprises sont en difficulté – privées par les grandes entreprises du petit financement qui leur était théoriquement accordé dans la loi CARES – de nombreuses grandes entreprises, comme Amazon, procèdent à une embauche massive. Walmart prévoit d'embaucher 150.000 personnes d'ici mai; Amazon, 100.000; et Dollar Store, 25.000.

Comme les grandes entreprises sont plus susceptibles de disposer des capitaux nécessaires non seulement pour surmonter la crise, mais aussi pour dominer le commerce sur Internet, elles sortiront de la crise avec une domination encore plus grande de leur marché. Dans les secteurs particulièrement touchés, tels que le secteur du pétrole et du gaz, les entreprises géantes comme Chevron et ExxonMobil voient dans la crise une occasion de racheter leurs concurrents plus petits.

De même, le Financial Times écrit que «Le COVID-19 ne fera qu'accroître l'angoisse de l'automatisation», car les entreprises «mettent leurs opérations à l'épreuve de la pandémie». Le capitalisme a une tendance naturelle à l'automatisation, ce qui, à long terme, engendre des crises économiques et du chômage. Mark Muro, chercheur principal à la Brookings Institution, affirme que le COVID-19 stimulera une «vague de technologies de remplacement de la main-d'œuvre», car les caisses automatisées, les voitures autonomes, les robots logistiques et les chaînes de montage automatisées remplaceront les travailleurs. Là encore, les plus grandes entreprises sortiront gagnantes, car ce sont elles qui peuvent se permettre cette refonte de l’automatisation.

La trajectoire fondamentale du capitalisme – vers une automatisation croissante, le travail temporaire et à temps partiel, la consolidation des grandes sociétés, l'inégalité toujours croissante et les bulles financières – s'intensifiera. Il en résultera une concentration de plus en plus stupéfiante des richesses entre les mains de quelques-uns.

La réponse socialiste à la crise de COVID-19 exige que cette masse de richesse soit confisquée. Les grandes entreprises qui dominent nos vies ne peuvent pas que servir pour le profit privé d'une poignée de milliardaires qui cherchent à presser la classe ouvrière, littéralement, à mort. Elles doivent être placées sous le contrôle social et démocratique de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 27 avril 2020)