Espagne: Le ministère du Travail de Podemos accepte que des centaines de milliers de personnes meurent du COVID-19

Par Alejandro López
28 avril 2020

Un document extraordinaire ayant fuité du ministère espagnol du Travail, dirigé par la ministre de Podemos, Yolanda Díaz, indique que le gouvernement espagnol accepte que 70 pour cent de la population soit infectée par le COVID-19. Un tiers des employés seraient infectés sur chaque lieu de travail. Autrement dit, le gouvernement espagnol fonde ses politiques, notamment en forçant des millions de travailleurs non essentiels à retourner au travail, sur sa disposition d'accepter des millions d'infections et des centaines de milliers de décès en Espagne.

Mercredi, l’agence de presse privée espagnole Europa Press a fait état d'une fuite de contrat du service public de l'emploi de l'État, une antenne du ministère du Travail, avec Quirón Prevención, une entreprise de prévention des risques professionnels. Le service public embauchait Quirón Prevención pour tester ses employés effectuant des tâches essentielles liées à l'impact économique du COVID-19, comme le traitement des dossiers de chômeurs et de chômage partiel. Le ministère a connu un certain nombre d'arrêts de travail dus au COVID- 19 au cours du dernier mois.

Pour justifier sa réponse à l’appel d’offres du contrat d'urgence, l'agence a déclaré: «l’expérience accumulée ces dernières semaines montre que l'apparition d'un cas parmi le personnel qui fournit des services minimaux peut indiquer une contagion à d'autres travailleurs. Il est donc nécessaire de prendre des mesures pour savoir, sur une base volontaire, si les personnes en contact avec notre personnel sont infectées ou non afin d'empêcher leur retour au travail, ou de le permettre de manière sûre afin qu'ils ne transmettent pas le virus.»

L’organisme a ensuite souligné que le dépistage du COVID-19 est nécessaire «étant donné que presque tous les lieux de travail présenteront un cas, le rapport de transmission est d'environ 1 à 3 et les autorités sanitaires prévoient qu'environ 70 pour cent de la population sera infectée dans les mois à venir».

Il s'agit de la première reconnaissance publique des prévisions d'infection faites par le gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE) et Podemos. Ces estimations signifient qu'environ 70 pour cent de la population espagnole de 47 millions, soit 33 millions de personnes, seront infectées. Sur la base du taux de mortalité de 3,4 pour cent pour le COVID-19 estimé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cela signifie que le PSOE et Podemos acceptent qu'environ 1,1 million de personnes meurent.

À titre de comparaison historique, les estimations actuelles indiquent que la guerre civile espagnole (1936-1939) a fait environ 500.000 morts de toutes causes: morts au combat, bombardements et exécutions, ainsi que maladies, famine et autres causes. Environ 3,3 pour cent de la population espagnole est décédée pendant la guerre, et 7,5 pour cent ont été blessés.

Un tel nombre de morts aussi massif et horrible a irrévocablement marqué la conscience de la classe ouvrière. Quatre-vingts ans plus tard, l'Espagne se souvient encore des souffrances provoquées par le coup d'État militaro-fasciste qui a déclenché la guerre. D'innombrables peintures, statues, monuments et chansons commémorent cet événement historique. On estime que 20.000 livres ont été écrits sur la guerre civile.

Maintenant, cependant, le gouvernement espagnol accepte – dans les détails d'un contrat pour un organisme dont la plupart des Espagnols n'ont jamais entendu parler – que plus de deux fois le nombre de victimes de la guerre civile espagnole puisse mourir.

Cette réponse révèle la faillite et la criminalité du système capitaliste. Les principales mesures pour arrêter la propagation du virus sont le confinement, les tests de masse ainsi que l'isolement et le traitement des malades. Les travailleurs des industries essentielles qui doivent continuer à travailler ont besoin d'équipements de protection individuelle tels que des protections faciales (masques, lunettes et écrans faciaux), des gants, des blouses ou d'autres vêtements. Cependant, la classe dirigeante agit systématiquement pour que les affaires reprennent leur cours habituel, mettant à risque des millions de vies en poussant les travailleurs à reprendre le travail pour procurer des profits aux banques et grandes sociétés.

En particulier, les révélations du ministère du Travail sur les projections d'infection du gouvernement PSOE-Podemos montrent clairement la criminalité politique de l’ordre de retour au travail du gouvernement émis le 13 avril. Des millions de travailleurs du bâtiment, de métallurgistes, d’agents de nettoyage, travailleurs d’usines et de chantiers navals, d’employés de l'assainissement et de la sécurité, de l'automobile et d'autres emplois non essentiels ont retrouvé le chemin du travail, après la fermeture des usines et des chantiers de construction pour une période de deux semaines de confinement.

Cette politique, mise en oeuvre par le gouvernement en collaboration avec l'Union générale social-démocrate du travail (UGT) et les syndicats staliniens des Commissions des travailleurs (CCOO), expose inutilement et témérairement des millions de personnes à l'infection. Il est maintenant clair que le gouvernement fonde cette politique sur une indifférence stupéfiante à la vie humaine: il est prêt à accepter la mort de centaines de milliers de travailleurs.

Dans une mesure remarquable, cette histoire explosive a été enterrée dans les médias espagnols. Il n'y a pratiquement pas eu de couverture, à l'exception de quelques journaux de droite – La Razón , El Confidencial et ABC – qui ont publié des reportages en dernière page, enfouis au milieu de leurs critiques de droite contre le gouvernement à propos de la pandémie. Bien que ces journaux aient minimisé l'histoire, des journaux progouvernementaux comme El País et eldiario.org se sont tus, car ils soutiennent tous la politique de retour au travail du gouvernement. Tous conviennent que les travailleurs doivent être obligés de retourner au travail afin que les bénéfices puissent être extraits, quel que soit le coût en vies humaines.

Le fait que cette politique soit reconnue par le ministère du Travail, qui relève d'un ministre de Podemos, souligne la vive hostilité des partis populistes antimarxistes à la classe ouvrière. L'alliée grecque de Podemos, Syriza, a pris le pouvoir et imposé des milliards d'euros de coupes dans les dépenses des programmes sociaux de base, y compris les retraites, les soins de santé et l'éducation, brisant les droits fondamentaux du travail et construisant des camps de concentration pour les réfugiés. Podemos, maintenant au pouvoir, envoie délibérément des millions de travailleurs vers un rendez-vous avec l’infection par un virus mortel.

Mercredi soir, le ministère a déclaré que le pourcentage qu'il avait cité dans son contrat était «inexact» et un «malentendu». Essayant d'expliquer cette «inexactitude», il a déclaré qu'il n'avait pas de prévision du nombre d'infections en Espagne. Au lieu de cela, «les taux de transmission ainsi que l'incidence des cas dans la population espagnole seront déterminés par les autorités sanitaires espagnoles à la suite des études épidémiologiques qu'elles réalisent», et qui devraient en fait commencer lundi.

Cette réponse est étonnante et peu crédible. Cependant, si l'on en croit le ministère du Travail, trois mois après que la mission de l'OMS en Chine a signalé une transmission interhumaine, et sept semaines après que l'OMS a déclaré que le COVID-19 était devenu une pandémie, l'un des pays les plus durement touchés par le virus, avec plus de 22.000 décès, n'a toujours pas prévu comment la pandémie évoluerait. Un tel argument défie la raison et suggère fortement que les hauts fonctionnaires de l'État mentent tout simplement au public.

Si cela devait être vrai, cependant, cela soulignerait que la politique de retour au travail du gouvernement n'est pas basée sur une évaluation scientifique ou une tentative de protéger la main-d'œuvre, mais simplement sur une demande aveugle pour une reprise du travail au risque de la vie des travailleurs et au profit de la classe capitaliste.

(Article paru en anglais le 25 avril 2020)