Allemagne: IG Metall et le comité d'entreprise obligent les travailleurs de Volkswagen à reprendre le travail malgré le danger

Par Dietmar Gaisenkersting et Peter Schwarz
30 avril 2020

La plupart des travailleurs de Volkswagen savent que le syndicat IG Metall et ses représentants au comité d'entreprise sont de mèche avec la direction de l'entreprise et assument le rôle de gendarme et propagandiste du patronat. Mais le spectacle qu'ils offrent à présent au siège de VW à Wolfsburg éclipse tout ce qui a précédé.

Lundi, après une pause de cinq semaines, la production a repris dans l'usine principale de Volkswagen, la plus grande usine automobile d'Europe avec 63 000 employés. L'entreprise joue à la roulette avec la santé et la vie de ses employés. Les dangers représentés par la pandémie COVID-19 n'ont pas été bannis, ni en Allemagne ni dans le monde. Tous les scientifiques sérieux soulignent qu'une augmentation des infections comme celles de l'Italie ou des États-Unis ne peut être évitée que si les mesures de distanciation sociale sont maintenues, renforcées et complétées par des tests complets et des mesures de dépistages des contacts.

C'est exactement ce à quoi on attente maintenant à Wolfsburg. Pour que les ventes, les bénéfices et les dividendes affluent à nouveau librement et pour que VW acquière un avantage stratégique sur ses concurrents, des dizaines de milliers de travailleurs et leurs familles sont mises en danger.

La centrale thermique et électrique combinée de VW à Wolfsburg

L'IG Metall et le comité d'entreprise se sont chargés de ramener les travailleurs dans l'usine à l’aide d'une offensive de propagande, dont ils se vantent en outre publiquement.

De vendredi dernier à lundi, un projecteur haute performance a diffusé en boucle mensonges, fausses nouvelles et autres messages de propagande sur la façade de la centrale électrique de l'entreprise. Pendant trois nuits, on a ‘vendu’ ainsi la reprise du travail comme un triomphe pour les travailleurs de l'usine et les habitants de Wolfsburg. L’évènement a été organisé et financé par le comité d'entreprise et le syndicat IG Metall. Un communiqué officiel du syndicat déclare:

«Les messages affichés sur la centrale électrique le sont grâce à un projecteur haute puissance qui fait briller une façade de 160 mètres carrés. Une trentaine de motifs sont visibles en boucle d'environ cinq minutes. On y voit des phrases telles que ‘Démarrer l’usine, ralentir le coronavirus’, des hashtags de coronavirus multilingues et jusqu’au logo VW portant un masque facial.

Quatre collègues des usines chinoises apparaissent également [dans la vidéo] sur la centrale électrique. Ils travaillent à Pékin, Changchun, Shanghai et Tianjin. Leurs messages de motivation peuvent être vus en chinois et en traduction. Les usines Volkswagen sont déjà sur la grille de départ en Chine, le plus grand marché automobile au monde. …

Une partie de la projection est également une séquence qui fonctionne comme un flipbook. Un coronavirus apparaît d'abord, suivi du logo Volkswagen, qui écrase progressivement le virus. À la fin de la séquence, le logo VW vainqueur signale enfin ‚Tout va bien, bravo‘. »

Le fait que la reprise du travail ne vaincra pas le virus mais créera les meilleures conditions pour sa propagation, l'IG Metall et le comité d'entreprise le savent bien entendu aussi. Leur propagande n’y changera rien qui dit que les ouvriers de VW seraient « protégés de façon optimale par une centaine de mesures quand ils travaillent en période de coronavirus».

Le secrétaire du comité d'entreprise, Bernd Osterloh (revenu annuel jusqu'à 800 000 €) a reconnu ouvertement que l'objectif était de fixer une «norme industrielle» afin d'accélérer la production dans toute l'Allemagne. Il a déclaré que la reprise de la production chez VW à Wolfsburg était «un signal de départ remarquable pour l'ensemble de l'industrie pendant la crise du coronavirus». Il a ajouté que l'intérêt pour ce projet s'étendait jusqu'au Japon .

Ricarda Bier, la représentante d'IG Metall à Wolfsburg, s'est également vantée :«il est particulièrement important pour nous que cette action prouve une fois de plus que Volkswagen ne s'arrête pas à la sortie de l'usine. La pandémie de coronavirus nous montre clairement que notre société est à son maximum d’efficacité lorsque tout le monde est solidaire et qu'il n'y a pas de place pour l'égoïsme. » Par «égoïsme», la responsable syndicale entend apparemment le souci des travailleurs pour leur santé.

Bier a commenté les motifs utilisés dans la projection vidéo, affirmant qu'ils montraient «le sens de la solidarité entre les travailleurs, la ville et la région. Car nous sommes tous solidement unis, surtout en temps de crise ».

En fait, il existe un fossé profond entre d’une part les travailleurs et les artisans, dont l'existence est menacée par la pandémie, et d’autre part les grands patrons et propriétaires de grandes sociétés, qui sont inondés d'argent par le gouvernement allemand et se réjouissent de la hausse du cours des actions.

La politique syndicale du «partenariat social» rappelle de plus en plus la politique corporatiste du régime nazi, qui a proclamé la «Volksgemeinschaft» (communauté nationale) et a finalement envoyé des millions de travailleurs mourir au front sous la devise «Pour le Führer, le Peuple et la Patrie ». Compte tenu du fait que la principale usine Volkswagen et la ville de Wolfsburg ont été construites par les nazis en 1938 pour la production du «Kraft-durch-Freude-Wagen» (l’auto ‘Force par la Joie’), la propagande de l'IG Metall témoigne d’une dangereuse amnésie historique. Elle renvoie les travailleurs sur les chaînes en projetant le message vidéo: «Pour l'usine, la ville et la région».

Les travailleurs de VW ne peuvent défendre leur santé, leurs revenus et leurs droits que s'ils rompent avec les syndicats, s'unissent au niveau international et se battent pour un programme socialiste. Il faut mettre fin à la subordination de la société aux intérêts de profit d'une petite minorité ultra-riche. Les énormes fortunes et les industries clés doivent être expropriées et les milliards de milliards d’euros versés sur les comptes des banques et des grandes sociétés ainsi que dans l'armée, doivent être utilisés pour développer l’infrastructure des hôpitaux, protéger la population contre le virus et compenser les conséquences sociales de la crise.

(Article paru en anglais le 28 avril 2020)