Trump ordonne la reprise aux travailleurs de la transformation de la viande alors que l’opposition monte contre la campagne de retour au travail

Par Niles Niemuth
30 avril 2020

Le décret du président américain Donald Trump invoquant la loi sur la Défense de la production afin d’obliger les salariés des usines de conditionnement de la viande à reprendre le travail marque une nouvelle étape dans la confrontation de son Administration avec la classe ouvrière.

Trump a refusé d’obliger les entreprises à produire des équipements de protection d’urgence et des fournitures pour des tests malgré une pénurie généralisée de ces deux types de matériel. Mais lorsqu’il s’agit de forcer les travailleurs à travailler dans des conditions dangereuses et insalubres, il mobilise tous les pouvoirs à sa disposition.

La Maison Blanche cherche à créer un précédent pour imposer un retour au travail tout en déchargeant les entreprises de toute responsabilité légale. L’ordonnance protégera Tyson Foods et d’autres entreprises de conditionnement de la viande contre les poursuites judiciaires intentées par des employés qui affirment qu’on les a contraints de travailler dans des conditions dangereuses.

Employees and family members protest outside a Smithfield Foods processing plant in Sioux Falls, S.D. The plant has had an outbreak of coronavirus cases according to Gov. Kristi Noem. (AP Photo/Stephen Groves File, April 9, 2020)

Au moins 20 travailleurs du secteur de la viande et de la transformation des aliments sont morts des suites du COVID-19, et 5.000 se trouvent infectés ou mis en quarantaine. Mardi, plusieurs dizaines de travailleurs ont quitté leur emploi à l’usine de porc de «Smithfield Foods» à Crete, Nebraska après que l’entreprise a changé de cours et annoncé qu’elle ne fermerait pas pour le nettoyage, même si 48 travailleurs dans l’installation ont testés positifs.

De Kathleen, en Géorgie, à Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, les travailleurs du secteur de la transformation de la viande ont protesté et quitté leur emploi pour exiger une protection et des conditions sanitaires adéquates. Parmi ces travailleurs hautement exploités il y a un fort taux d’immigrants d’Amérique latine et d’Afrique de l’Est.

La pandémie de coronavirus continue de faire rage. Elle a infecté plus de trois millions de personnes et fait au moins 216.000 morts dans le monde. L’opposition de la classe ouvrière à l’effort de retour au travail mené par les élites dirigeantes – largement ignorée par les médias – éclate partout dans le monde.

Les États-Unis restent l’épicentre de la pandémie, avec plus d’un million de cas et près de 60.000 décès confirmés. Le pays le plus riche du monde, comptant moins de cinq pour cent de la population mondiale, représente désormais un tiers de tous les cas.

Une récente série de sondages montre que les Américains sont massivement favorables aux ordonnances de maintien à domicile et à d’autres mesures de distanciation sociale. Cela malgré la promotion à tout va par les médias de petites manifestations de droite pour le «retour au travail». La semaine dernière, un sondage «Politico/Morning Consult» a révélé que 76 pour cent des personnes interrogées étaient favorables au maintien de mesures restrictives aussi longtemps que nécessaire, pour endiguer la pandémie. Même si, celle-ci portait préjudice à l’économie.

Les travailleurs de l’habillement de Selma, en Alabama, ont quitté leur emploi jeudi, fermant leur usine après que plusieurs d’entre eux aient contracté le COVID-19. Un travailleur a résumé le sentiment général: «Ils ne se soucient pas de nous. Ils veulent juste que nous travaillions».

Dimanche, à 13.600 kilomètres de là, les travailleurs de l’habillement de Dhaka, au Bangladesh, sont descendus dans la rue pour réclamer deux mois d’arriérés de salaire, car ils sont sans aucun revenu et font face à la famine. Le centre mondial de la production de vêtements est fermé depuis mars, les travailleurs refusant de travailler dans des conditions dangereuses.

Le Bangladesh continue de voir une augmentation du nombre de cas quotidiens confirmés, et rien n’indique que la pandémie soit en train de s’atténuer. Les propriétaires d’usines ont quand même commencé à rouvrir leurs usines ce week-end. La plupart d’entre eux refusent de mettre en œuvre des mesures de sécurité, telles que la fourniture de désinfectant pour les mains ou le maintien des travailleurs séparés à leur poste de travail.

Bangladeshi garment workers block a road demanding their unpaid wages during a protest in which hundreds participated in Dhaka, Bangladesh, Thursday, April 16, 2020. (AP Photo/Al-emrun Garjon)

Des grèves sauvages des travailleurs de l’automobile dans le Michigan, l’Ohio et l’Ontario ont entraîné la fermeture de l’industrie automobile en mars, alors que le syndicat UAW négociait avec les entreprises pour trouver le moyen de maintenir les usines en activité en pleine pandémie. Les plans conjoints syndicats-entreprises visant à rouvrir les usines d’ici le début de mai ont été repoussés de deux semaines, les travailleurs résistant à un retour.

Juste de l’autre côté de la frontière avec le Mexique, à Ciudad Juárez, des milliers de travailleurs des maquiladoras, qui fabriquent des pièces automobiles et des composants électroniques grand public, se sont mis en grève et ont protesté pour exiger la fermeture de leurs usines avec paiement de leurs salaires complets. La semaine dernière, treize travailleurs de maquiladoras étaient morts à Ciudad Juárez, c’est à dire près de la moitié de tous les décès confirmés dus au coronavirus dans cette ville.

Le coronavirus se propage rapidement en Amérique latine. Fin mars, des milliers d’employés de centres d’appels ont organisé des grèves sauvages dans tout le Brésil pour protester contre les conditions de travail dangereuses. «Nous ne mourrons pas dans nos cabines!» ont-ils déclaré. Ces grèves, qui répondaient à un appel à la grève de masse lancé par des travailleurs italiens contre l’une des mêmes sociétés transnationales opérant au Brésil, ont été dénoncées par le syndicat qui prétend représenter les travailleurs du centre d’appel.

Les travailleurs employés par les entreprises de livraison de nourriture «App» ont commencé à faire grève dans plusieurs villes du Brésil ainsi qu’en Équateur, en Argentine et au Chili le 17 avril. Ils réclament des conditions de travail plus sûres et une augmentation des salaires. Ces actions faisait suite à une grève similaire en Espagne.

Des personnels soignant ont quitté le travail en masse lundi pour protester contre le manque d’équipements de protection individuelle et les bas salaires à l’hôpital Kommunarka de Moscou. Cet hôpital est l’une des principales installations de traitement des patients atteints de coronavirus dans la ville. Alors que des entreprises non essentielles ont été fermées fin mars et que les cas confirmés en Russie se multiplient par milliers chaque jour, des ministres du gouvernement élaborent déjà des plans de retour au travail.

Jusqu’à présent, toutes les mesures prises par les gouvernements du monde entier sous couvert de lutte contre la pandémie ont été dictées par les intérêts de l’élite au pouvoir. Des milliers de milliards de dollars ont été transférés de la classe ouvrière aux banques et grandes sociétés, alimentant ainsi la hausse massive des marchés boursiers. Après s’être enrichie, la classe dirigeante exige que les travailleurs reprennent le travail pour créer la plus-value et les profits nécessaires pour garantir les subventions aux riches.

Les travailleurs qui exigent des conditions de travail sûres et la fermeture des industries non essentielles ne peuvent pas compter sur les syndicats. Ceux-ci ont tout au long de la crise travaillé main dans la main avec les entreprises pour maintenir autant de travailleurs au travail que possible et éradiquer les signes d’opposition.

Pour défendre leurs intérêts, les travailleurs doivent former des comités de sécurité autonomes sur chaque lieu de travail, indépendants des syndicats. C’est seulement de cette manière qu’ils pourront organiser et coordonner leurs actions avec leurs frères et sœurs de chaque industrie dans le monde pour exiger une réponse guidée scientifiquement et médicalement à la pandémie.

Ces comités doivent exiger qu’aucun retour au travail ne se fasse dans les industries non essentielles. Les travailleurs qui effectuent un travail essentiel au fonctionnement de la société doivent bénéficier de toutes les protections nécessaires. Un revenu complet doit être garanti pour tous les travailleurs licenciés ou mis au chômage technique pendant la durée de la pandémie. Les travailleurs doivent organiser un contrôle de la santé et de la sécurité sur leur lieu de travail, en consultation avec les professionnels de la santé, afin de garantir des conditions de travail sûres.

Avant tout, cela nécessite d’entreprendre la lutte pour le socialisme international, d’unir tous les travailleurs au plan international, au-delà des différentes industries, des barrières linguistiques et des frontières nationales, une lutte basée sur une perspective politique diamétralement opposée à celle de l’élite capitaliste au pouvoir.

(Article paru d’abord en anglais 29 avril 2020)