Le chômage aux États-Unis atteint les niveaux de la Grande Dépression, mais des millions de personnes ne peuvent toujours pas obtenir d’aide

Par Shannon Jones
2 mai 2020

Plus de 3,8 millions de travailleurs aux États-Unis ont demandé des allocations de chômage la semaine dernière, alors que le pays était confronté à la pire crise économique depuis la Grande Dépression. Plus de 30 millions de travailleurs américains ont déposé des demandes de chômage depuis le début du confinement dans plusieurs États à cause de la pandémie de coronavirus en mars. Ce nombre dépasse de loin les 22,4 millions de nouveaux emplois créés depuis novembre 2009, à la fin de la dernière récession.

Les retombées économiques de la pandémie de COVID-19 continuent d’augmenter, alors même que le nombre de décès liés à ce virus mortel dépasse encore largement les 2.000 par jour en moyenne. À ce jour, quelque 62.000 personnes sont mortes aux États-Unis à cause de la pandémie, soit environ 27 pour cent du total mondial.

La crise a vu le plus grand nombre de travailleurs déposer des demandes de chômage dans l’histoire des États-Unis, soit environ un sixième de la main-d’œuvre totale. Des millions d’autres travailleurs ont perdu leur emploi, mais n’ont pas déposé de demande pour de multiples raisons: statut d’immigré, de travailleur indépendant ou contractuel, ou toute autre cause d’inéligibilité. En outre, l’Institut de politique économique (EPI) estime que 12 millions de travailleurs n’ont pas déposé de demande parce que les systèmes qui enregistrent les demandes de chômage dans les États étaient surchargés, ce qui rendait la tâche trop difficile.

Un homme vérifie des informations devant le Département de la sécurité d’emploi de l’Illinois à Chicago, le jeudi 30 avril 2020. (AP Photo/Nam Y. Huh)

Dans l’État de Washington, une assistante maternelle qui avait vu ses heures de travail réduites et avait demandé des allocations s’est fait refuser après des semaines de tentatives futiles. «Lorsque j’ai appelé, je me trouvais devant un enregistrement vocal qui indiquait qu’ils avaient un volume d’appels extrêmement élevé et que je devais rappeler plus tard», a-t-elle déclaré au WSWS. «J’ai entendu ce même enregistrement vocal pendant trois semaines d’affilée, au cours desquelles j’ai appelé le numéro de l’assistance technique et le numéro des demandes de prestations au moins quatre fois par semaine». Elle a ajouté: «sans les allocations de chômage, je ne suis pas sûre que nous pourrons passer le mois de mai».

Son ami lui a dit qu’il n’avait pas pu toucher de prestations faute d’heures suffisantes. «On fait pression sur moi pour que je reprenne le travail, mais je me sens terrifié à l’idée d’y retourner à cause du risque pour ma santé et celle de mon entourage».

Un employé de Ford dans le Michigan qui a été licencié en mars a déclaré: «Jusqu’à présent, je n’ai reçu qu’un seul chèque. Le mois est presque terminé et je dois prendre des décisions concernant le loyer».

Les économistes estiment que le taux de chômage réel se rapproche rapidement du record de 25,6 pour cent atteint au plus fort de la Grande Dépression.

Soulignant l’irrationalité du système de profit capitaliste, les systèmes de santé à travers les États-Unis ont mis à pied des dizaines de milliers de travailleurs médicaux. Cela comprend des médecins et des infirmières, au milieu de la crise sanitaire massive.

Selon une estimation du gouvernement américain, l’économie s’est contractée de 4,8 pour cent par an au cours du premier trimestre de cette année. Selon une estimation, elle pourrait se contracter à un taux annuel de 40 pour cent au cours du deuxième trimestre, un effondrement sans précédent.

Parmi les personnes qui ont demandé des prestations, on a approuvé seulement 18 millions de demandes. Cela signifie que des millions de personnes se retrouvent dans le dénuement. Les dépenses de consommation ont chuté de 7,5 pour cent en mars, le pire chiffre mensuel jamais enregistré. La chute d’avril sera probablement bien pire.

Rien qu’en Californie, 3,78 millions de travailleurs, soit 19,6 pour cent de la population active, ont déposé des demandes d’allocations de chômage. Cette semaine, l’État a autorisé pour la première fois les travailleurs de l’industrie du spectacle, les entrepreneurs indépendants et les travailleurs autonomes à déposer également des demandes.

Pendant ce temps, en Pennsylvanie, plus de 131.000 travailleurs ont déposé une demande dans la semaine qui s’est terminée le 25 avril. Cela porte le total de l’État en six semaines à plus de 1,6 million, soit 24,7 pour cent de la main-d’œuvre de l’État.

Le Michigan a été l’un des États les plus touchés par les licenciements en proportion de la taille de sa main-d’œuvre. Plus de 1,2 million de demandes d’allocations de chômage ont été faites – ce qui représente près d’un quart des travailleurs de l’État.

Pour aggraver la crise, l’EPI estime que 12,7 millions de travailleurs ont perdu leur assurance médicale payée par l’employeur au milieu de la pandémie, la pire crise sanitaire depuis 100 ans. D’innombrables familles sont confrontées au choix impossible de renoncer à un traitement ou faire face à des dettes écrasantes.

Les entreprises profitent de la pandémie pour procéder à de nouvelles réductions d’effectifs. L’avionneur Boeing, en proie à la crise du 737 MAX, a annoncé le licenciement de 10 pour cent de ses effectifs. L’entreprise a relancé la production dans ses usines de Seattle, dans la région de Washington, la semaine dernière. La société Lyft (similaire à Uber) annonce qu’elle va licencier 1.000 employés, soit 17 pour cent de sa main d’œuvre.

Dans un effort de chantage aux travailleurs pour qu’ils reprennent le travail alors même que la maladie mortelle continue de se propager, plusieurs États annoncent des mesures qui visent à refuser les allocations de chômage à ceux qui refusent de revenir pour des raisons de santé. L’État du Tennessee a déclaré qu’il pourrait «potentiellement disqualifier les demandeurs de prestations d’assurance chômage» s’ils refusent de retourner à un emploi où ils se trouvent temporairement licenciés. Dans l’Iowa, où plus de 1.000 cas de COVID-19 sont liés à une usine de transformation du porc Tyson à Waterloo, les fonctionnaires de l’État ont affiché un avis qui se lit: «ATTENTION EMPLOYEURS: Si vous avez offert du travail à des employés et que votre employé refuse de retourner au travail, vous devez en informer le service de développement de la main-d’œuvre de l’Iowa».

Mardi, l’Administration Trump a publié un décret qui oblige les installations de transformation de la viande à rester ouvertes. Cela comprend l’usine de porc de Smithfield Foods à Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, où au moins deux travailleurs sont morts. L’Administration s’efforce également de protéger les géants de l’industrie alimentaire de toute responsabilité légale pour avoir rendu des travailleurs malades et les avoir tués.

Le ministère américain du Travail a également déclaré: «Sauf circonstances exceptionnelles, une demande de retour à son poste d’un employé mis à pied constitue très probablement une offre d’emploi convenable que l’employé doit accepter».

Les systèmes archaïques des États pour enregistrer les demandes de chômage se sont effondrés à cause de la masse des demandeurs.

La Floride a connu la plus forte augmentation des nouvelles demandes ce mois-ci, soit une hausse de 7330 pour cent par rapport à avril 2019. Au cours de la semaine du 20 avril, on a déposé 432.465 demandes d’allocations de chômage en Floride, contre 5.900 pour la même semaine l’année dernière. Dans l’ensemble, il y a eu 1.592.236 nouvelles demandes depuis le début des mesures de confinement, contre 35.215 pour la même période l’année dernière, soit une augmentation de 4521 pour cent.

Le site web de l’État n’a pas été en mesure de faire face à cette augmentation considérable, ce qui a obligé les demandeurs d’aide à essayer encore et encore de soumettre leurs demandes. Certains abandonnent. La semaine dernière, selon un rapport de l’Associated Press, 7 sur 8 demandeurs de Floride de la mi-mars au début avril attendaient que leur demande de chômage soit traitée. La Californie avait deux tiers de ses demandes en attente et New York, 30 pour cent.

Des dizaines de millions de personnes n’ont pas reçu les maigres 1.200 dollars du plan de relance fédéral autorisés par le Congrès. Seule un peu plus de la moitié de l’argent alloué s’est fait débourser. On a offert peu d’explications quant à ce qui retient le reste de l’argent nécessaire aux ménages désespérés. Selon la Commission responsable de la Chambre des représentants, le gouvernement a commencé à distribuer des chèques papier le 20 avril à 5 millions de ménages par semaine, à répartir sur les 20 semaines suivantes. Rien dans le projet de loi de relance n’empêche les créanciers de saisir les paiements, bien que quelques États aient déclaré qu’ils bloqueraient cette possibilité.

Pendant ce temps, de nombreuses petites entreprises familiales se sont retrouvées exclues des prêts accordés dans le cadre du «Programme de protection des salaires», alors que les grandes entreprises engloutissent l’argent. Beaucoup de ceux qui obtiennent de l’aide découvrent qu’elle est assortie de multiples conditions.

Le capitalisme a démontré son incapacité à répondre de manière rationnelle et humaine à la pandémie de COVID-19. Au lieu de fournir les milliards nécessaires pour faire face à la crise des soins de santé et pour soulager les chômeurs et les petites entreprises, on a mis à la disposition de Wall Street des ressources pratiquement illimitées. Les entreprises se sont emparées de la pandémie pour imposer une nouvelle restructuration des relations sociales dans l’intérêt des riches, notamment en exigeant la réduction des pensions publiques et une nouvelle baisse des salaires.

Alors que le nombre de morts augmente et que le chômage atteint des niveaux de dépression, la bourse a poursuivi sa hausse sans précédent cette semaine. Elle s’est fait assurer par la Réserve fédérale qu’elle continuera à recevoir des injections de billions (1000 milliards) de dollars. Aussi, les deux partis, Républicains et Démocrates, vont mettre en œuvre des efforts concertés pour forcer les travailleurs à retourner dans les usines et autres lieux de travail.

La seule réponse à la politique dangereuse et homicidaire de la classe dominante est la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre le capitalisme. Cela exige que les travailleurs rompent avec les partis politiques du grand capital et les syndicats qui soutiennent les entreprises. Ils doivent avancer un programme socialiste basé sur la réorganisation de la société dans l’intérêt de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 1er mai 2020)