Avec la levée des restrictions, le monde doit se préparer à une seconde vague de la pandémie de COVID-19

Par Benjamin Mateus
7 mai 2020

Le taux d'infection au COVID-19 aux États-Unis reste relativement stable, avec environ 25.000 à 30.000 cas par jour. Le nombre de décès quotidiens est également resté stable, à environ 2000 par jour. Ces cas de coronavirus continuent à faire payer un lourd tribut aux infrastructures sanitaires.

Alors que la côte est voit le nombre de cas diminuer depuis le confinement et les restrictions mises en place il y a plus de six semaines, la pandémie se déplace vers l'ouest dans des États comme l'Indiana, l'Illinois, le Wisconsin et le Minnesota, où le nombre de cas quotidiens continue d'augmenter au moment même où ces États s'apprêtent à lever certaines restrictions. Le Canada, avec plus de 60.000 cas et plus de 4000 décès, a vu le nombre de nouveaux cas tripler au cours des trois dernières semaines.

En outre, les communautés rurales des États-Unis, qui avaient été initialement épargnées, sont maintenant confrontées aux ravages de la pandémie. Selon le New York Times, «Les installations de transformation des aliments et les prisons sont devenues les principaux foyers d'infection du pays, et les comtés qui comprennent Logansport, en Indiana, South Sioux City, au Nebraska, et Marion, en Ohio, ont dépassé la ville de New York en termes de nombre de cas par habitant.»

L'Espagne et l'Italie ont fait des efforts considérables pour réduire le nombre de cas quotidiens, qui ont diminué de 60% par rapport au pic atteint il y a près de six semaines. Les décès quotidiens dans ces deux pays ont également connu une réduction similaire. Le Royaume-Uni n'a réussi qu'à stopper l'accélération des infections, avec un taux actuel d'environ 5000 cas par jour. Le nombre de décès quotidiens au Royaume-Uni diminue lentement. La France et l'Allemagne ont éliminé 80% des nouveaux cas et des décès. Le Portugal, la Grèce et la Turquie ont connu des baisses similaires.

Tout comme aux États-Unis, il y a des indications que le virus quitte le continent européen pour la Russie, où l'on compte plus de 145.000 cas, dont 10.581 nouveaux cas au cours des dernières 24 heures. L'Inde, elle aussi, connait une accélération des cas après un état d’urgence brutal de cinq semaines qui a été la cause d'énormes souffrances pour les plus pauvres. Malgré cette augmentation, l'Inde a décidé lundi d'assouplir les restrictions, un retour timide à la normale sous réserve de «distanciation sociale et de normes d'hygiène strictes» qui seront impossibles à mettre en œuvre.

Les hôpitaux de la ville de Mexico s'attendent à ce que le pic de l’augmentation soit atteint à la mi-mai, avec une estimation de 1800 patients dans les unités de soins intensifs. Au Pérou, Lima, une ville de 10 millions d'habitants, où plus de deux millions de personnes n'ont pas accès aux services d’eau potable et d'égouts, est l'épicentre de COVID-19, avec près de 30.000 cas sur les 47.372 que compte le pays. La ville métropolitaine du Chili, Santiago, a connu plus de 10.000 cas, soit 60% des cas du pays.

Le Brésil, qui compte désormais plus de 100.000 cas au total, connait un pic avec plus de 6000 cas par jour. Le nombre de décès signalés quotidiennement a dépassé les 400, ce qui constitue une sous-estimation flagrante du chiffre réel. Le nombre de décès à Manaus, une ville proche de la forêt tropicale du pays, a obligé les cimetières à enterrer cinq cercueils à la fois dans des tombes collectives. La ville est à court d'unités de soins intensifs pour les patients. Les villes de Rio de Janeiro et de Sao Paulo sont confrontées à des catastrophes similaires malgré la déclaration du président fascisant Jair Bolsonaro selon laquelle le virus n'est qu'un «petit rhume».

Une fosse commune à Manaus, au Brésil

Selon tous les épidémiologistes, on en sait trop peu sur la nature de ce virus pour pouvoir prédire son comportement. Mais les efforts d'atténuation ont fait la différence. Le continent africain, avec peu de ressources et des infrastructures sanitaires sous-financées, mais des années d'expérience avec la malaria, le VIH, la tuberculose et le virus Ebola, a été beaucoup plus rapide à mettre en œuvre des mesures d'endiguement en utilisant l'ABC des mesures de santé publique. Avec 47.554 cas et 1838 décès au total, il s'agit du continent le moins touché, bien qu'il soit encore très tôt dans l'évolution de la pandémie.

Entre-temps, le New York Times a rapporté qu'une note de service interne de la Maison-Blanche prévoyait que le nombre de morts par jour remonterait à 3000 d'ici le 1er juin, alors que les États s'efforcent d'assouplir les efforts de distanciation sociale et les restrictions imposées aux entreprises. Même les estimations très critiquées de l'Université de Washington, souvent citées par le groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus, ont de nouveau été révisées et s'élèvent maintenant à près de 135.000 décès aux États-Unis au début du mois d'août.

Sur CBS News dimanche, le Dr Scott Gottlieb, ancien commissaire de la Food and Drug Administration du président Trump, a déclaré: «Bien que les mesures d’atténuation n'aient pas échoué, je pense qu'il est juste de dire qu'elles n'ont pas fonctionné aussi bien que nous l'avions anticipé. Nous nous attendions à commencer à voir une baisse plus importante des nouveaux cas et des décès dans tout le pays à ce stade. Et nous ne voyons pas cela.» Ces déclarations fallacieuses visent à minimiser les effets de l'atténuation et à renforcer les efforts pour lever les restrictions.

La discipline, les efforts et les sacrifices considérables consentis par la classe ouvrière de nombreux pays pour endiguer et inverser le cours de la pandémie importent peu aux marchés financiers et à leurs laquais politiques, qui sont impatients de voir les restrictions levées au plus tôt et les travailleurs renvoyés au travail sans tenir compte du potentiel destructeur d'une deuxième vague. Pourtant, c'est à la classe ouvrière qu'il faut vraiment attribuer le mérite du succès qui a permis de maîtriser un tant soit peu la pandémie.

À chaque occasion – de l'échec à fournir des équipements de protection et des kits de test, des retards dans l'imposition de restrictions, du manque de sécurité sur les lieux de travail, de l'effondrement des infrastructures de santé publique essentielles, des allégations frauduleuses de traitements pour le COVID-19 – la classe dirigeante a contrecarré tout effort réel pour endiguer et limiter la pandémie. Aujourd'hui, les marchés clament: «Ça fait assez longtemps!»

Lundi, Reuters a annoncé que les dirigeants mondiaux s'étaient engagés à verser près de 8 milliards de dollars pour la recherche, la fabrication et la distribution équitable de tout vaccin et produit thérapeutique éventuels pour le COVID-19. La coentreprise entre l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Banque européenne d'investissement est une initiative nouvelle et suspecte.

Selon le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, «la combinaison de l'expérience de l'Organisation mondiale de la santé en matière de santé publique et des compétences financières de la Banque européenne d'investissement contribuera à une réponse plus efficace au COVID-19 et à d'autres défis sanitaires urgents.»

Cette initiative est censée viser à développer des traitements antipaludéens plus efficaces et à répondre aux préoccupations urgentes concernant la résistance croissante aux antimicrobiens. On fait grand cas de l'abstention de l'administration Trump de promettre une aide quelconque à ces efforts, car les États-Unis veulent rejeter la faute sur l'OMS et la Chine pour couvrir leur négligence malveillante face à la pandémie.

Lors d'une réunion à la fin du mois d'avril, les dirigeants de l'Union européenne ont convenu de créer un fonds d'urgence de mille milliards d'euros, un plan de sauvetage, tout en engageant l'UE à accélérer les politiques de retour au travail. Selon la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, l'UE avait jusqu'à présent déjà fourni une aide d'État de 1,8 billion d'euros pour atténuer le choc économique du coronavirus. Ces mesures sont la contrepartie européenne du renflouement des marchés et des grandes entreprises par le gouvernement américain, qui s'élève à plusieurs billions de dollars.

(Article paru en anglais le 5 mai 2020)