Les grèves et les protestations des travailleurs se multiplient contre la campagne de «retour au travail»

Par Shannon Jones
11 mai 2020

Alors que les gouvernements du monde entier tentent de forcer un retour prématuré au travail, les grèves et les protestations se poursuivent de la part de travailleurs déterminés à résister à la tentative de les forcer à mettre leur vie en danger pour les bénéfices des entreprises.

Le nombre total d'infections de COVID-19 dans le monde vient de franchir les 4 millions, avec 275.000 décès. Les nouveaux cas se multiplient dans plusieurs pays, dont le Brésil, l'Inde, la Grande-Bretagne et la Russie. Le taux de nouvelles infections reste élevé dans les pays européens déjà fortement touchés par la pandémie, notamment l'Espagne et l'Italie. La Grande-Bretagne se classe désormais au deuxième rang pour le nombre total de décès dus au COVID-19, soit plus de 31.000, juste derrière les États-Unis avec près de 78.000 décès.

L'incompétence et le mépris impitoyable des autorités capitalistes pour la vie humaine, dans un pays après l’autre, alimentent une recrudescence de la lutte des classes. Dans leur lutte, les travailleurs ont dû, dans une large mesure, agir indépendamment des syndicats corrompus et propatronaux et prendre les choses en main. Dans tous les pays, les syndicats travaillent main dans la main avec les gouvernements et les employeurs pour combattre l'opposition à un retour prématuré au travail.

Parmi ceux qui résistent à la campagne de retour au travail, on trouve des couches de travailleurs plus opprimées, notamment les travailleurs immigrants, les travailleurs des services et d'autres couches exploitées. Bien que plusieurs de ces actions soient de petite envergure, elles sont symptomatiques d'une large détermination des travailleurs à lutter contre la tentative de sacrifier des vies au nom des profits des sociétés.

Selon le site web paydayreport.com, il y a eu 173 grèves aux États-Unis depuis le 1er mars en réponse à l'épidémie de COVID-19. Avec la campagne de réouverture, ce nombre devrait augmenter.

Mercredi, le gouverneur démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, a donné le feu vert pour que les usines automobiles commencent à rouvrir le 11 mai dans tout l'État. Le Michigan, un centre de la fabrication automobile, a également été l'un des centres d'infection de COVID-19 aux États-Unis et la ville de Detroit a été particulièrement touchée. Une vague de grèves sauvages dans les usines automobiles des États-Unis et du Canada en mars a forcé l'arrêt de la plupart des productions automobiles nord-américaines. Les travailleurs des États-Unis, du Canada et du Mexique restent fortement opposés à un retour prématuré au travail.

Au Mexique, où une vague de grèves a interrompu la production dans nombreuses maquiladoras le long de la frontière américano-mexicaine, le gouvernement, sous la pression des constructeurs automobiles, pousse à la reprise de la production. General Motors a déclaré qu'il n'avait pas fixé de «date exacte» pour la réouverture de son usine de Silao, mais certains travailleurs ont déclaré avoir reçu des avis de se présenter au travail le 18 mai.

En Espagne, la production automobile est déjà redémarrée sur ordre du gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE), au mépris des recommandations des experts de la santé. Lundi, les travailleurs ont fait grève à l'atelier de presse de Nissan à Montcada, forçant la fermeture de la grande usine Nissan de Barcelone qui venait de rouvrir. Nissan emploie environ 4000 personnes en Espagne et les travailleurs sont préoccupés par les pertes d'emplois.

Au cours de la semaine dernière, les grèves et les manifestations aux États-Unis ont visé un large éventail d'industries et de professions. Jeudi, les camionneurs des ports de Los Angeles et de Long Beach, en Californie, ont manifesté devant le bâtiment de l'administration portuaire de Los Angeles à San Pedro pour exiger une meilleure protection contre le COVID-19.

Plus de 30 véhicules ont encerclé le bâtiment, certains avec des affiches indiquant: «Faites respecter vos lois, Port de Los Angeles» et «Nous sommes des travailleurs essentiels et méritons des ÉPI».

À Palo Alto, en Californie, les travailleurs de la santé de l'hôpital de Stanford ont organisé une manifestation pour protester contre la récente décision de la direction d'imposer une réduction de salaire de 20%. La réduction des salaires a commencé le 27 avril, mais l'Union Internationale des Employés des Services (SEIU), a reporté son action à cette semaine.

Les manifestations se poursuivent dans les usines américaines de transformation de la viande qui ont connu une vague d'infection. Dans un rapport publié le 1er mai, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont déclaré qu'il y avait eu 4913 cas et 20 décès dans les usines de transformation de la viande jusqu'au 20 avril. Ce chiffre a sans aucun doute fortement augmenté. Vendredi, il a été rapporté que 1031 travailleurs de l'usine Tyson Foods à Waterloo, en Iowa, ont été testés positifs pour le virus, soit le double du nombre que le gouverneur républicain Kim Reynolds avait rapporté un jour plus tôt.

Au Canada, les Travailleurs unis de l'Alimentation et du Commerce ont bloqué cette semaine une action contre un retour forcé au travail dans l'usine géante de viande Cargill en Alberta, qui avait été temporairement fermée après que plus de 900 travailleurs aient été infectés par le coronavirus. Quatre-vingt-cinq pour cent des travailleurs ont déclaré qu'ils avaient peur de reprendre leur travail.

Le 28 avril, le président Donald Trump a publié un décret ordonnant aux usines américaines de transformation de la viande de rester ouvertes, malgré les infections au COVID-19, les qualifiant d’«infrastructures essentielles».

Mercredi, une vingtaine de travailleurs de l'usine de transformation de poulet de Raeford, à West Columbia, en Caroline du Sud, ont débrayé pour protester contre les conditions de travail. Les travailleurs ont déclaré qu'il y avait un manque de distanciation sociale, de la maltraitance et qu'ils voulaient une prime de risque.

Un travailleur a déclaré aux médias locaux: «Nous devrions nous sentir appréciés car nous sommes des travailleurs essentiels... Si nous sommes si essentiels, nous devons nous sentir essentiels et nous devons nous sentir appréciés».

Vendredi, des dizaines de personnes ont participé à une caravane de protestation devant l'usine de transformation de volaille Bell & Evans dans le comté de Lebanon, en Pennsylvanie. L'usine compte 1800 travailleurs, pour la plupart des immigrants, et deux d'entre eux sont morts du COVID-19. Les travailleurs veulent que l'usine soit fermée et nettoyée avant de reprendre les activités.

À Monmouth, dans l'Illinois, des travailleurs de Smithfield Foods portant des visières et des pancartes ont organisé une manifestation le 2 mai avant la réouverture prévue de l'usine de transformation du porc après une fermeture temporaire due à des infections de COVID-19.

Les manifestants scandaient et brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: «Nous voulons du dépistage avant de retourner au travail».

Le 1er mai, pour le deuxième week-end, les enfants des travailleurs de Smithfield Food à Crete, au Nebraska, ont organisé une vive manifestation pour demander la fermeture de l'usine après que 50 travailleurs aient été infectés par le COVID-19.

Les affiches indiquaient: «Nos parents sont essentiels, pas jetables». Un jeune manifestant a déclaré aux nouvelles locales: «Quand allons-nous nous arrêter, alors que 300 travailleurs sont malades?» Un autre a ajouté: «Nous préférons ne pas manger de viande pendant des semaines, voire des mois, tant que tout le monde est en sécurité.»

D'autres travailleurs américains ont organisé des manifestations cette semaine, notamment les travailleurs des restaurants Chipotle à Manhattan qui se sont tenus devant le site de la chaîne à l'Empire State Building, jeudi, pour exiger «le respect des travailleurs essentiels» et la fin des salaires de misère. Les travailleurs de Caribou Coffee ont également protesté pour obtenir de meilleurs salaires et des conditions de travail plus sécuritaires. Les travailleurs de Hood River Distillers en Oregon ont débrayé mercredi après que la direction ait imposé un régime médical inférieur. L'entreprise, qui fabrique du gin, avait commencé à produire du désinfectant pour les mains en réponse à la pandémie.

Samedi, 70 propriétaires-exploitants de camions ont manifesté à Washington, devant la Maison-Blanche, pour protester contre la baisse des tarifs pour les camionneurs découlant de la pandémie de COVID-19.

Les travailleurs de l'entreprise Allan Brothers Fruit à Naches, Washington, se sont mis en grève pour demander à la direction de leur donner de meilleures conditions de travail et une prime de risque. Ils affirment que la distanciation sociale est impossible. L'entreprise avait proposé cinq semaines de congé sans solde, que les travailleurs ont rejetées. À Providence, dans le Rhode Island, les travailleurs du Groden Center, qui s'occupent d'enfants autistes, ont organisé une manifestation pour réclamer une prime de risque.

En Afrique, les infirmières, les assistants cliniques, les techniciens de laboratoire médical, les techniciens en pharmacie, les nutritionnistes et les autres travailleurs de la santé au Kenya menacent de faire la grève en raison du manque d'équipements de protection. Plusieurs syndicats de la Kenya Health Professionals Society ont publié un préavis de grève de 14 jours le 4 mai. Douze travailleurs infectés qui ont des symptômes graves sont actuellement hospitalisés.

Les infirmières de l'hôpital Baba Saheb Ambedkar à New Delhi, en Inde, ont débrayé le 4 mai pour manifester contre les conditions de travail dangereuses dans cet établissement où un grand nombre de médecins, d'infirmières et d'autres travailleurs de la santé ont été infectés par le COVID-19.

Quelque 3500 mineurs de charbon de Kerman, dans le centre-sud de l'Iran, ont fait grève lundi pour demander une augmentation de salaire et une amélioration des retraites. Lundi, des rassemblements ont eu lieu dans la ville d'Ahvaz, dans le sud-ouest de l'Iran. Les travailleurs municipaux ont manifesté devant le bâtiment du gouvernement provincial pour réclamer des arriérés de salaires remontant à février et pour protester contre le non-paiement de leur prime du Nouvel An.

En Grande-Bretagne, une manifestation en voiture s'est tenue cette semaine pour soutenir les éboueurs suspendus pour avoir exigé des ÉPI. Ces travailleurs, employés par Norse Medway, fournissent des services de traitement des déchets au conseil municipal de Medway. L'entreprise avait accepté de fournir des équipements de protection, mais elle est revenue sur sa décision.

Lundi, les travailleurs migrants égyptiens au Koweït ont organisé une manifestation pour attirer l'attention sur leur situation désastreuse. Leurs permis de travail ont expiré, mais ils ne peuvent pas quitter le pays car les vols vers l'Égypte ont été interrompus en raison de la pandémie de COVID-19. Des milliers de travailleurs migrants égyptiens sont basés au Koweït.

L'opposition croissante à la reprise imprudente de la production est le reflet d'un conflit fondamental d'intérêts de classe. D'un côté, les travailleurs cherchent à défendre leur vie, celle de leur famille et de leurs collègues, et de l'autre, les marchés insatiables exigent des profits toujours plus importants. L'opposition des travailleurs doit s'exprimer de manière consciente et organisée par le développement de comités de base sur le lieu de travail dans les usines, indépendants des grands syndicats d'entreprises. Cette lutte doit être guidée par un programme et une perspective socialistes consistant à placer les grandes multinationales et les banques sous la propriété et le contrôle publics de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 9 mai 2020)