Déconfinement COVID-19: Mélenchon fait l’Union sacrée avec les banques

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
13 mai 2020

Alors que Macron déconfine la France en pleine pandémie du COVID-19, mettant en danger sans beoins des millions de vies, Jean-Luc Mélenchon veut étouffer la colère qui monte parmi les enseignants, cheminots et autres travailleurs sommés de reprendre le travail. C’est ce que l’on apprend de l’entrevue accordée par le chef de La France insoumise (LFI) à des journaux espagnol, suisse, italien et allemand.

Interrogé sur la pandémie, Mélenchon dit: «Jusque là, notre stratégie était le choc frontal sur tous les sujets, pour produire de la conscience politique. Mais en ce moment, le choc frontal ne favoriserait pas la prise de conscience politique, ça ferait l’inverse, ça la bloquerait.» Il ajoute, «En France nous représentons la part politique la plus insoumise de notre peuple. Mais je n’aurais pas voulu que les Français déduisent de notre attitude: chacun fait ce qu’il veut.»

Selon lui, la pandémie «a commandé un style. Il ne pouvait pas être question d’agresser les gouvernants.»

La pandémie démasque Mélenchon et les populistes, des forces petites-bourgeoises antimarxistes au service des banques. L’allié espagnol de LFI, le parti Podemos, gouverne avec le Parti socialiste (PSOE) et impose le déconfinement aux travailleurs avec le soutien des appareils syndicaux. Alors que LFI dit ne vouloir pas «agresser» Macron, Podemos fait publier des estimations selon lesquelles des centaines de milliers de personnes pourraient mourir du COVID-19 et a envoyé des policiers agresser des sidérurgistes qui faisaient grève pour pouvoir se confiner.

Alors que les syndicats français et européens se refusent à appeler à exercer le droit de retrait face à la pandémie, Mélenchon veut imposer aux travailleurs le diktat de l’aristocratie financière.

La Banque centrale européenne (BCE) et les États européens abreuvent les banques et les grands patrons de milliers de milliards d’euros en plans de relance. Mais ils forcent les travailleurs et les PME à reprendre le travail, et les enfants à rentrer à l’école – alors que plus de 20.000 nouveaux cas de COVID-19 se déclarent chaque jour en Europe – en prétendant qu’il n’y aurait pas d’argent pour faire durer le confinement. Déjà, des nouveaux foyers du COVID-19 émergent à l’international, à cause des déconfinements menés par la classe dirigeante avec mépris pour les vies humaines.

Mélenchon ne critique pas cette politique, il la partage. Il exige que la BCE continue d’arroser les banques d’innombrables milliards d’euros en épongeant les dettes souveraines: «Ma proposition est la suivante. Toutes les dettes d’État déjà détenues par la BCE, doivent être congelées. On les transforme en dettes perpétuelles sans intérêt. … Deuxième vague: on demande à la Banque Centrale de racheter et de geler aussi tout ce qui reste de dettes d’États dans les banques privées.»

Mélenchon ajoute qu’il ne fait que reprendre la proposition de stratèges politiques de droite et de grands banquiers européens: «Des gens qui n’ont rien avoir mon idéologie politique sont pour, comme Alain Minc, Mario Draghi, Dominique Strauss-Kahn et même un commissaire européen.»

Face à l’opposition traditionnelle des autorités financières allemandes à cette politique, Mélenchon incite des haines nationalistes contre les peuples du nord. «L’Europe du Nord est insupportable! Les leader voyous y sont», peste-t-il. Il dénonce spécialement l’Allemagne, qui «accumule les excédents commerciaux et personne ne dit jamais rien alors que c’est interdit par les traités.»

La politique faite par LFI, Podemos et d’autres «populistes de gauche» comme l’ex-gouvernement austéritaire grec de Syriza (la «Coalition de la gauche radicale») donnent raison aux avertissements formulés par le Comité international de la IVe Internationale. Ces forces populistes représentent les intérêts de couches privilégiées des classes moyennes au sein des universités, des appareils syndicaux et des médias, intégrées à l’ordre existant. Maniant les ressentiments nationaux, elles tentent de diviser et d’étrangler une lutte internationale de la classe ouvrière.

Les travailleurs n’ont pas à arroser d’argent l’aristocratie financière, qui met des millions de vies en danger en déconfinant. En France et à travers l’Europe et le monde, ils peuvent exercer le droit de retrait face à cet ordre inique. Organisés sur les lieux de travail ou à distance en comités d’action indépendants des syndicats et de LFI, les salariés peuvent décider eux-mêmes de leur conduite. Alors que l’urgence sanitaire exige d’utiliser contre la maladie l’argent public dont se gave la bourgeoisie, ceci doit préparer le contrôle ouvrier de la production et l’expropriation de l’aristocratie financière, par une lutte internationale des travailleurs pour le pouvoir et le socialisme.

Mélenchon sait qu’une radicalisation politique se développe en France et à l’international, mais lui veut la pousser à droite. «Cette période est celle de l’éveil des consciences politiques», dit-il.

Mais il continue en répondant positivement à l’appel de Macron à une «Union sacrée» pendant la pandémie. «L’Union sacrée» était l’alliance chauvine et militariste pendant la Première Guerre mondiale entre les forces proto-fascistes de l’Action française, les autres partis bourgeois, et la social-démocratie, dirigée par Jules Guesde, qui avait trahi la classe ouvrière et voté les crédits pour la guerre en 1914. Tout en disant dans l’entrevue qu’il «récuse» le vocabulaire guerrier de Macron, et tout en ayant déclaré ailleurs qu’il récuse l’Union sacrée, Mélenchon indique clairement dans l’entrevue son soutien pour les politiques de l’Union sacrée.

Pour trouver des idées politiques sur la pandémie, dit-il, «On a cherché dans les lois de 1915-16 pour voir ce qui avait été fait. La société française était paysanne; tous les hommes étaient au front et mourraient par millions. Ça nous intéressait de voir comment on a pu garantir la cohésion sociale à ce moment-là.»

Par ce commentaire sinistre, Mélenchon démontre que LFI non seulement peut accepter une vaste mortalité qu’entraînerait le déconfinement, mais a rompu tout lien avec les traditions de la gauche. Face à la pandémie, il vise à garantir la cohésion sociale et à étouffer l’opposition ouvrière à un déconfinement meurtrier en utilisant des méthodes réactionnaires.

Comment l’Union sacrée a-t-elle «garanti la cohésion sociale» en 1915-1916, tout en envoyant des millions de soldats se faire massacrer au front? Elle a bourré les crânes de propagande militariste, xénophobe et antisémite. Quand la colère a explosé dans l’armée française dans les mutineries de 1917, après l’éruption de la révolution russe, le général et futur dictateur collaborationniste Philippe Pétain a fait fusiller des centaines de mutins. Bien que fondée sur des haines anti-allemandes, l’Union sacrée a paradoxalement préparé la collaboration nazie, saluée par l’Action française, et le vote des pleins pouvoirs à Pétain par la social-démocratie et les partis bourgeois en 1940.

Un dirigeant politique qui est «intéressé» par la sanglante besogne faite par l’Union sacrée est un démagogue petit-bourgeois fasciné par l’extrême-droite.

L’entrevue de Mélenchon doit servir d’avertissement aux travailleurs. Pendant la pandémie, non seulement les banques et leurs serviteurs directs comme Macron, mais aussi les «populistes de gauche» leur seront hostiles.

Le rôle de Mélenchon est réactionnaire et cynique. Il salue le premier ministre Édouard Philippe, en disant qu’à propos du déconfinement, «on discute par téléphone comme des potes dans un bistrot». Traitant Philippe d’«homme élégant, d’un côtoiement agréable», Mélenchon l’applaudit: «Édouard Philippe est de droite et n’a jamais prétendu autre chose.» Mélenchon, lui, fait la sale besogne de se dire être populaire, voire parfois même de gauche, tout en véhiculant des idées de droite.