Royaume-Uni : les décès liés au coronavirus dépassent les 60.000 selon le Financial Times

Par Robert Stevens
14 mai 2020

Selon des études basées sur de nouvelles données du Bureau national des statistiques (ONS), le véritable bilan du COVID-19 en Grande-Bretagne est de plus de 60.000 morts, soit presque le double du chiffre avancé par le gouvernement Johnson.

Mardi, le gouvernement a fait état de 627 autres décès lors de son briefing quotidien, ce qui porte à 32.490 le nombre officiel de décès. Ces chiffres sont compilés par le ministère de la Santé et n’incluent que les décès pour lesquels une personne a été testée positive au COVID-19. En outre, 3.403 nouvelles infections ont été signalées, portant le nombre total des cas à 226.463.

Les chiffres officiels, grossièrement manipulés par les conservateurs, restent les plus élevés d’Europe et les deuxièmes au monde après les États-Unis. Mais l’ONS a rapporté hier que dans la semaine finissant le 1er mai, on avait enregistré17.953 décès en Angleterre et au Pays de Galles, soit 8.012 de plus que la moyenne des cinq dernières années pour la même semaine. Au cours des six semaines qui ont suivi la pandémie, l’ONS a enregistré108.345 décès pour les deux régions, 46.494 de plus que la moyenne des cinq dernières années. 35.044 de ces décès ont été enregistrés comme dus au coronavirus, soit plusieurs milliers de plus que les chiffres du gouvernement.

Le Financial Times (FT), qui a suivi la «surmortalité» pour établir sa propre «estimation prudente», a indiqué que les données de l’ONS de mardi «représentaient la septième semaine consécutive où les décès dépassent les niveaux normaux et, une inclus des chiffres équivalents pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, cela porte la mortalité totale au Royaume-Uni pendant la pandémie à 50.979».

Le journal conclut: «Le modèle FT estime maintenant qu’un peu plus de 60.000 personnes de plus que la normale sont mortes entre le début de l’épidémie et le 11 mai, sur la base de l’excès de décès à ce jour et des derniers chiffres quotidiens des décès en hôpital».

Les chiffres de l’ONS confirment le nombre effroyable de décès dans les maisons de soins. Dans la semaine qui s’est terminée le 1er mai, on a enregistré 6.409 décès parmi les résidents des maisons de soins, un chiffre plus de trois fois supérieur au taux normal de 2.019 décès enregistrés sur cinq ans dans les maisons de soins d’Angleterre et du Pays de Galles.

Depuis le début de la pandémie, l’ONS a enregistré 19.900 décès de plus dans les maisons de soins que la normale pour cette période de l’année en Angleterre et au Pays de Galles. Le FT rapporte: «Il est de plus en plus évident que le virus s’est propagé parmi les personnes les plus vulnérables, les plus fragiles, et et les plus âgées dans les maisons de soins. Les hôpitaux avaient renvoyé ces malades sans avoir effectué de tests COVID-19 pour renforcer des capacités propres qui n’étaient alors pas requises».

Un autre quotidien, le Times, qui a aussi étudié la question a conclu que «le nombre de décès dus au coronavirus pourrait déjà être de 61.000… jusqu’à 50 pour cent plus élevé que les chiffres officiels». Sa modélisation est également basée sur le nombre de décès excédentaires signalés pour «prendre en compte à la fois les décès directs dus au coronavirus et ceux qui sont morts pour des raisons connexes. Cela comprend ceux qui n’ont pas cherché de traitement pour d’autres affections». Il conclut que la modélisation basée sur les chiffres de décès excédentaires est la plus précise et «elle nous montre que des nombres anormalement élevés de personnes meurent à cause de l’épidémie, que ce soit directement ou indirectement».

Le Times calcule que depuis le début de la pandémie jusqu’au 1er mai, «50.976 décès étaient en surnombre au Royaume-Uni» soit: 46.556 en Angleterre et au Pays de Galles, en Écosse 3.716 et 704 en Irlande du Nord». Comme cela prend environ quatre jours pour enregistrer un décès, «la plupart de ces décès seront survenus avant le 27 avril».

L’analyse du Times reconnaît que le nombre exact de décès par COVID-19 en dehors des hôpitaux est inconnu et se base sur l’estimation «qu’entre 40 et 60 pour cent de tous les décès du au COVID-19 se produisent dans les hôpitaux». Elle a «augmenté les données des hôpitaux afin qu’elles correspondent au mieux aux derniers chiffres du nombre de décès excédentaires».

«Nous avons estimé de manière conservatrice le nombre de décès des quatre derniers jours en supposant qu’il [le nombre de décès en Angleterre et au Pays de Galles] représentait environ 60 pour cent de ce qu’il était il y a une semaine. On a répété ce processus pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, ce qui nous donne un total de 61.000 décès supplémentaires au Royaume-Uni», poursuit ce journal.

Le Times note encore, «Notre modèle est également soumis à des révisions régulières: hier [lundi], nous avons estimé que la publication de l’ONS d’aujourd’hui montrerait 7.000 décès supplémentaires, alors qu’en fait le total a été de 8.000».

Selon le Daily Mail, au moins 45.550 personnes sont mortes au Royaume-Uni directement du coronavirus, sur la base d’un taux de mortalité par infection qui pourrait atteindre 1,73 pour cent. Le professeur Paul Hunter, de l’Université d’East Anglia, estime que le COVID-19 pourrait causer jusqu’à 560.000 décès au Royaume-Uni si la moitié de la population était infectée.

Les chiffres de l’ONS ont été publiés lorsque le ministre des Finances, Rishi Sunak, annonçait que le programme pour le chômage technique serait prolongé jusqu’à la fin du mois d’octobre. Le gouvernement continuera à payer 80 pour cent des salaires d’au moins 7 millions de travailleurs (environ un cinquième de l’ensemble des effectifs) – une aubaine pour les entreprises – jusqu’à un plafond mensuel de 2.800 euros

En prolongeant ce programme de quatre mois, Sunak a annoncé qu’en novembre «nous aurons fourni huit mois de soutien aux citoyens et aux entreprises britanniques». Le Job Retention Scheme (JRS) est une autre subvention aux grandes entreprises qui a déjà coûté au moins 14 milliards de livres sterling par mois. «Nous avons fourni des milliards de livres de subventions en espèces, des réductions d’impôts et des prêts à plus d’un million d’entreprises, des dizaines de milliards de livres d’impôts différés…» fait remarquer Sunak. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que beaucoup des plus grandes sociétés, dont plus d’un quart des entreprises du FTSE 250, profitent elles aussi des largesses de ce gouvernement.

Sunak a clairement indiqué que le régime resterait tel quel jusqu’à la fin juillet, mais qu’il serait modifié d’août à la fin octobre afin de «fournir une plus grande flexibilité pour soutenir la transition du retour au travail». À partir de là, «nous demanderons aux employeurs de commencer à partager avec le gouvernement le coût du paiement des salaires des gens».

La suggestion est que Sunak réduira ensuite la contribution du gouvernement au paiement des congés à 60 pour cent, tout en demandant aux employeurs d’y mettre 20 pour cent de leur propre poche.

Après avoir, au Parlement, souhaité à Sunak « un très bon anniversaire », la ministre des Finances fantôme du Scottish National Party, Alison Thewliss, a tweeté en réponse à son annonce: « Après juillet, il semble que le soutien au titre du JRS tombera à 60 pour cent, les entreprises devant verser les 20 pour cent. Cela sera problématique pour de nombreuses entreprises qui luttent pour survivre et s'endettent ».

Il est presque certain que les entreprises refuseront de combler ce manque à gagner de 20 pour cent.

Sunak a déclaré que le gouvernement allait régler les «détails techniques de la mise en place du chômage partiel» dans les jours à venir. Le Parti travailliste et les syndicats insistent depuis longtemps sur ce point dans leurs discussions avec le gouvernement sur la façon d’imposer un «retour en masse au travail».

Dans sa réponse, la ministre fantôme des Finances du Parti travailliste, Anneliese Dodds, a déclaré: «Je me félicite de la flexibilité mentionnée. Nous l’avons demandée à plusieurs reprises; elle s’applique dans de nombreux autres pays». Et elle a demandé «le ministre des finances travaillera-t-il avec moi, avec les syndicats, les entreprises, les autorités locales?» sur ce projet.

Au nom de la bureaucratie syndicale, Len McCluskey a retweeté un message du syndicat «Unite» soutenant le gouvernement conservateur. Il y affirmait qu’on pouvait compter sur le gouvernement Johnson – qui se réclame de Thatcher – pour protéger les travailleurs en alliance avec les grandes entreprises. «Nous devrons examiner les détails lorsqu’ils seront publiés, mais l’annonce d’aujourd’hui est un nouveau message aux employeurs que le gouvernement les soutiendra s’ils soutiennent leurs travailleurs. On ne doit pas précipiter les licenciements» a-t-il déclaré.

Sur les mesures de Sunak, la Fédération des syndicats (TUC) a déclaré : «Il était essentiel que le ministre des Finances ait répondu aux appels du TUC en faveur d’une plus grande flexibilité en annonçant qu’à partir d’août, les entreprises pourraient faire revenir les salariés à temps partiel pour relancer leurs affaires».

(Article paru d’abord en anglais 13 mai 2020)