Le gouvernement Trump contre la science

La critique publique du président Trump de son propre expert en coronavirus, le Dr Anthony Fauci, fait partie d’une politique plus large de nier la science et d’en appeler aux éléments les plus réactionnaires et arriérés de la société américaine. La Maison Blanche cherche à fomenter un mouvement fasciste pour soutenir les plans de la grande entreprise pour la «réouverture» de l’économie américaine, peu importe le coût pour la santé et la vie des travailleurs.

Les remarques prudentes faites par Fauci lors de l’audition d’une commission du Sénat mardi exprimaient le consensus des épidémiologistes et d’autres experts de la santé publique. Elles mettaient en cause tous les gouvernements des États ayant largement abandonné les restrictions des trois dernières semaines touchant les opérations commerciales, et qui préparaient ainsi une résurgence désastreuse du COVID-19 et «des souffrances et des morts inutiles».

Lors de l’audition, Fauci avait clairement indiqué que la pandémie n’était pas «sous contrôle», que le nombre réel des personnes mortes du COVID-19 était supérieur au chiffre officiel de 80.000, que l’efficacité du traitement antiviral Remdesivir était «modeste» et que le fait d’être remis du COVID-19 ne garantissait pas l’immunité.

Il y eut ensuite jeudi le témoignage dévastateur de Rick Bright devant une commission de la Chambre des représentants. Ce responsable de la santé publique a documenté ses efforts répétés et infructueux pour avertir le gouvernement de l’arrivée de la pandémie, afin d’assurer un approvisionnement adéquat en tests, équipements de protection et produits thérapeutiques. Bright a clairement indiqué que les décisions du gouvernement avaient causé des morts sans nombre.

Plutôt que de tenir compte de ses avertissements, les responsables de la santé américains, en unisson avec les efforts de Trump pour minimiser la pandémie, l’ont démis de ses fonctions de directeur de l’Autorité de recherche et de développement biomédical avancé.

Parlant aux journalistes mercredi alors qu’il rencontrait deux gouverneurs – un Démocrate et un Républicain – qui ont supprimé la plupart des restrictions liées aux coronavirus, Trump déclara que la critique de Fauci sur la réouverture des États n’était «pas une réponse acceptable».

«Écoutez, il veut jouer sur tous les tableaux», a déclaré Trump, s’en prenant à la déclaration de Fauci que ni vaccin ni autres traitements médicaux contre le COVID-19 ne seraient disponibles d’ici août, date à laquelle écoles et universités devraient normalement reprendre. «Je ne considère pas que notre pays reprenne si les écoles sont fermées», a déclaré Trump.

Trump a rejeté les informations faisant état d’un nouveau syndrome mortel qui affecte les enfants ayant survécu au COVID-19. Il dit : «Bon, quand vous avez un incident, un sur un million, un sur 500.000, est-ce qu’il se passera quelque chose? Peut-être… mais vous pouvez aller à l’école en voiture et de mauvaises choses peuvent se passer aussi». Il poursuivit en répétant des affirmations déjà réfutées selon lesquelles le danger du COVID-19 était limité aux personnes âgées et à celles ayant des problèmes de santé préexistants.

Trump a condamné Bright jeudi, le traitant de «malcontent» ; le secrétaire à la Santé et aux services sociaux, Alex Azar, a lui, prétendu à tort que tout ce que Bright avait demandé avait été réalisé.

Le président américain a poursuivi son attaque jeudi, en déclarant au Fox Business Network qu’il était «totalement» en désaccord avec Fauci sur ses réserves relatives à la réouverture des systèmes scolaires. Il dit à Maria Bartiromo – qui mène la claque en faveur de Wall Street – qui l’interviewait : «Nous devons ouvrir notre pays… le plus rapidement possible. Nous ne pouvons pas continuer comme ça».

Le Dr Fauci a été la cible d’attaques de l’extrême droite pendant plusieurs mois, le hashtag «#firefauci» étant un favori des médias sociaux de droite. Les experts autoproclamés sur Breitbart.com, Fox News et d’autres médias du genre le dénoncent comme adversaire politique de Trump depuis qu’il a refusé de soutenir l’approbation par Trump de remèdes de charlatan contre le coronavirus et qu’il a admis qu’une réaction plus rapide du gouvernement à la pandémie aurait sauvé des vies.

Lors d’une intervention jeudi dans une entreprise de Pennsylvanie distribuant des fournitures médicales, Trump a adopté une politique de suppression délibérée des informations. «Quand vous faites un test, vous avez un cas». «Quand vous testez, vous constatez que quelque chose ne va pas chez les gens. Si nous ne faisions aucun test, nous aurions très peu de cas». Plus tard, il a ajouté: «Ça se peut que tester soit franchement surestimé. Peut-être que c’est surestimé». Le jour de la visite de Trump dans la Lehigh Valley – où il a de nouveau refusé ostensiblement de porter un masque – le nombre de décès dus au coronavirus dans la ville voisine de Philadelphie avait dépassé le millier la veille.

Tout en attaquant la science et les connaissances médicales, Trump a soutenu les manifestations en Pennsylvanie et au Michigan contre le confinement. Il a salué la décision du tribunal du Wisconsin mercredi, qui a annulé l’ordre de confinement dans cet État.

Trump fait appel aux éléments de droite les plus arriérés et les plus confus, y compris les fondamentalistes chrétiens, les milices et les anti-vaccins. Ces groupes ont peu de soutien dans la population – une manifestation jeudi à Lansing, dans le Michigan, par exemple, n’a rassemblé que 200 personnes, mais les médias bourgeois leur font une large publicité et les présentent comme l’expression d’une hostilité de masse à une approche à la pandémie donnant la priorité à la santé publique.

La couverture médiatique de la décision du tribunal du Wisconsin s’est par exemple concentrée sur la réouverture des bars et restaurants et leurs clients heureux, tout en ignorant le fait que la grande majorité de la population de cet État soutient le confinement et l’observe consciencieusement. Il y a maintenant près de 11.000 cas et 421 décès dus au virus au Wisconsin.

Les conséquences de ces actions seront mortelles. Alors que les premiers foyers de COVID-19 aux États-Unis se trouvaient dans les zones urbaines, à présent quatre des dix comtés ayant les taux de mortalité les plus élevés se trouvent dans le sud rural, dont trois en Géorgie et la paroisse Saint-Jean-Baptiste, en Louisiane.

Avec son attaque de plus en plus féroce des experts scientifiques et médicaux, le gouvernement Trump parle au nom de l’oligarchie financière. Si Trump a été le plus ardent et le plus constant des défenseurs du retour prématuré au travail, cette politique est menée par les gouverneurs, Démocrates comme Républicains.

Si les principes mathématiques contrevenaient aux intérêts de classe, fit remarquer Lénine, ils se heurteraient à une opposition acharnée. Ici, il ne s’agit pas du fondement des mathématiques, mais des mesures scientifiques et de santé publique les plus élémentaires, nécessaires pour lutter contre la pandémie et sauver des milliers et des milliers de vies.

Les milliardaires et leurs représentants politiques, tant Démocrates que Républicains, une fois qu’il eurent reçu du Congrès et de la Réserve fédérale leur soutien financier massif, ne se soucient pas du sort des travailleurs, qu’ils cherchent maintenant à forcer à reprendre le travail afin de recommencer l’extraction de la plus-value à partir de ce travail.

Cette campagne ne se limitera pas à la seule menace de supprimer les indemnités de chômage ou d’autres prestations. Cela peut bien suffire pour obliger des millions de travailleurs à se présenter au travail, mais cela ne suffira pas pour les y maintenir alors que le nombre d’infections et de décès reprend son ascension.

Le fait que des armes automatiques aient été brandies au Capitole de l’État à Lansing, dans le Michigan, et dans d’autres manifestations anti-confinement est un avertissement de ce qu’on prépare pour les travailleurs qui s’opposent au retour au travail et résistent à l’ordre de travailler dans des conditions dangereuses, voire mortelles.

Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) s’oppose à la campagne de retour au travail menée par la grande entreprise et leurs représentants politiques des deux partis. Tous ceux qui sont impliqués dans cet effort, du président Trump et de son «adversaire» démocrate Joe Biden aux gouverneurs des États en train d’assouplir ou d’annuler les mesures de confinement, en passant par les Démocrates et les Républicains du Congrès qui ont tous voté le renflouement de la grande entreprise, auront le sang de dizaines de milliers de personnes sur les mains, voire infiniment plus.

(Article paru d’abord en anglais 15 mai 2020)

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