Plus de 62.300 travailleurs de la santé américains infectés par le COVID-19 et 291 morts

Par Katy Kinner
29 mai 2020

Selon de nouvelles données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), 62.334 travailleurs de la santé aux États-Unis ont été infectés par le COVID-19 et au moins 291 en sont morts. Il y a tout juste six semaines, le 17 avril, le CDC a déclaré que les infections parmi les travailleurs de la santé s’élevaient à 9282, avec 27 décès.

Le CDC admet que ces chiffres sont probablement une sous-estimation, car seulement 21 pour cent des personnes infectées identifient leur profession. En outre, les taux de dépistage sont faibles parmi les prestataires de soins de santé. Le National Nurses United, le syndicat professionnel d’infirmières, signale que seulement 16 pour cent des infirmières interrogées dans le cadre d’une étude nationale récente ont été testées.

En pleine augmentation des taux d’infection, des banderoles qui acclament les «héros» des soins de santé peuvent être aperçues sur les maisons et les pelouses, et des bouteilles d’eau sont distribuées pour la «semaine nationale des infirmières». Les messages mielleux des PDG d’hôpitaux encombrent les boîtes aux lettres électroniques professionnelles des infirmiers.

Les infirmières du Minnesota ont protesté le 20 mai au capitole de l’État pour exiger des ÉPI et la fin des licenciements de représailles

Mais la négligence généralisée des employeurs et des gouvernements à l’égard de la sécurité des travailleurs hospitaliers ne peut être déguisée. Les inhalothérapeutes, les médecins, les résidents, les infirmières, les techniciens de laboratoire, les aides-infirmières, les travailleurs sociaux, les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes entrent et sortent des chambres des patients toutes les heures sans la protection ou le protocole appropriés. Chaque examen, changement de draps, administration de médicaments ou traitement par nébulisation est un moment d’exposition potentielle qui fait courir un risque important aux travailleurs et aux patients.

Le personnel de santé qui travaille avec des patients atteints de COVID-19 et les travailleurs assurent d’autres services médicaux tout au long de la pandémie font tous face à des conditions dangereuses. Dans certaines régions, ces conditions s’intensifient avec la réouverture de l’économie, la reprise des opérations chirurgicales non urgentes et les politiques des procédures de contrôle des infections qui s’assouplissent. Et ce, tandis que l’on proclame ouvertement et à tort que la pandémie est pratiquement terminée.

L’étude susmentionnée du National Nurses United a recueilli des données auprès de 23.000 infirmières dans tout le pays, concernant la période du 15 avril au 10 mai. Les questions posées étaient axées sur les conditions dangereuses des soins de santé. Quatre-vingt-sept pour cent des infirmières ont déclaré réutiliser des masques respiratoires ou chirurgicaux à usage unique. Avant le COVID-19, cette pratique était inconnue. On jetait les masques après chaque rencontre avec un patient et on les enlevait selon des techniques reconnues qui réduisaient les risques de contamination.

Aujourd'hui, les infirmières placent leurs masques chirurgicaux dans les poches de leur blouse pendant les pauses déjeuner ou réutilisent un N95 pendant une semaine au maximum, en le plaçant dans un sac brun à la fin du service. En outre, l'ajustement des masques N95, qui doivent être correctement dimensionnés pour chaque individu – un processus appelé "test d'ajustement" auquel les travailleurs de la santé sont soumis chaque année – est compromis après de multiples utilisations et peut ne pas protéger le porteur après plusieurs jours d'utilisation.

Vingt-huit pour cent des personnes interrogées ont déclaré qu’elles étaient contraintes de réutiliser des masques N95 «décontaminés» lorsqu’elles travaillaient avec des patients atteints du COVID-19, un processus qui n’est toujours pas jugé scientifiquement sûr ou efficace.

Il est bien connu qu’un ÉPI inadéquat augmente le risque d’exposition au COVID-19 du personnel hospitalier. Après une exposition connue, on doit prendre certaines mesures pour limiter la propagation. Bien que les politiques et les procédures varient d’un hôpital à l’autre, le CDC recommande que tout travailleur de la santé exposé à un cas connu de COVID-19 sans ÉPI se mette en quarantaine pendant 14 jours, et qu’il se fasse tester que si des symptômes sont présents. S’ils portent un ÉPI approprié, les travailleurs de la santé reprennent leur travail normalement et ils se soumettent à des tests ou ils s’isolent uniquement en cas de symptômes.

Ces recommandations ne sont que des recommandations et n’ont pas d’implication légale si les hôpitaux ne suivent pas ces politiques spécifiques. Les recommandations sont également inadéquates et ne tiennent pas compte du fait bien connu que le virus peut être transmis de façon présymptomatique et asymptomatique.

Les travailleurs ne sont souvent pas conscients de leur exposition. La plupart des hôpitaux ne disposent pas d’un système qui permet d’alerter rétroactivement les travailleurs qui ont été en contact étroit avec un patient dont le test s’est révélé positif quelques jours plus tard dans une autre unité ou une fois que la personne est rentrée chez elle. Les hôpitaux qui disposent d’un tel système sont surchargés de cas et souvent incapables de joindre les travailleurs par téléphone pendant plusieurs jours voire une semaine. Pendant cette période, le travailleur aura interagi avec des dizaines ou des centaines de patients ou de collègues.

Sous prétexte que le pire de la pandémie est passé, les politiques qui ont jadis permis à quelques chanceux de bénéficier de congés payés ou de primes de risque pour les travailleurs infectés ou exposés au virus ont été annulées.

Les conditions auxquelles font face les travailleurs de la santé pendant la pandémie sont le produit d’une contre-révolution sociale qui dure depuis des décennies et qui a amené les infrastructures de soins de santé au bord du gouffre dans l’intérêt de l’enrichissement d’une minuscule oligarchie. Avant l’épidémie de COVID-19, les hôpitaux ruraux étaient saignés de leur financement; les pénuries de personnel infirmier et les ratios d’effectifs dangereux poussaient les infirmières de tout le pays à protester et les coupes sombres dans Medicaid (l’assurance minimale pour les démunis) ont créé une pénurie de prestataires et une hausse vertigineuse des coûts des soins de santé.

Depuis le début de la pandémie, le personnel hospitalier a protesté contre le manque d’ÉPI et les conditions dangereuses. Alors que l’Amérique latine devient le nouvel épicentre du virus, les protestations du personnel médical se sont répandues au Mexique, au Brésil, au Pérou, en Colombie, en Équateur et au Honduras ces dernières semaines, soulevant les mêmes préoccupations fondamentales, notamment le manque d’équipements de protection individuelle (ÉPI), de médicaments, de respirateurs, de tests et de personnel adéquats.

Monica Norberg (à gauche), infirmière de l’unité COVID, licenciée lors du rassemblement de Saint-Paul, Minnesota

Aux États-Unis, des travailleurs de la santé de tout le pays ont souvent déclaré s’être fait réprimander ou même licencier pour avoir dénoncé les conditions de travail dans leurs hôpitaux qui mettent leur vie et celle de leurs patients en danger. Si les syndicats ont organisé un certain nombre de manifestations, ils ont, comme on pouvait s’y attendre, canalisé la colère derrière le Parti démocrate, qui travaille depuis longtemps avec les grandes chaînes d’hôpitaux, les compagnies d’assurance et d’autres sociétés de soins de santé pour réduire les coûts, diminuer le personnel et accroître l’exploitation des travailleurs de la santé.

Quels que soient leurs désaccords tactiques avec Trump, les démocrates sont tout aussi engagés dans la réouverture imprudente de l’économie et la levée des mesures de distanciation sociale, même si un nouvel afflux de patients submergera les unités de soins intensifs du Mississippi et d’autres États. Les intérêts de classe que servent les démocrates ont été mis en évidence cette semaine lorsque le gouverneur de New York Andrew Cuomo a sonné la cloche d’ouverture à la Bourse de New York. Ce dernier a récemment signé un projet de loi budgétaire qui prévoit des protections juridiques pour les exploitants de maisons de retraite devant une nouvelle vague des décès.

Alors que le nombre de décès continue d’augmenter au niveau national et que les travailleurs de la santé sont plus que jamais nécessaires, près de 1,5 million de travailleurs de la santé ont perdu leur emploi en mars et avril. Alors que la majorité des personnes licenciées travaillaient dans des cabinets dentaires et des cabinets de consultation externe de moindre envergure, certains licenciements massifs ont eu lieu dans des hôpitaux débordants de patients atteints de COVID-19.

Dans le même temps, dans le cadre de la loi bipartite CARES, le ministère de la Santé et des Services sociaux a accordé 72 milliards de dollars (avec des plans qui visent à débourser 100 milliards de dollars supplémentaires) à des groupes hospitaliers, favorisant surtout les plus riches. La Kaiser Family Foundation a récemment fait une étude qui a révélé que les hôpitaux qui ont une part plus importante de revenus d’assurance privée recevaient environ deux fois plus de fonds de la loi CARES que les hôpitaux plus pauvres qui servent principalement les patients de Medicaid.

Alors que de larges pans de la classe ouvrière, y compris les «héros» des soins de santé, sont contraints de mettre leur vie et celle de leur famille en danger, l’establishment politique s’entend à l’unanimité pour donner un montant illimité de fonds aux plus grandes entreprises.

En réponse, les travailleurs de la santé doivent former des comités de sécurité de base pour surveiller les conditions de santé et de sécurité sur leur lieu de travail. Ils doivent se battre pour mettre en œuvre les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs de la santé et les patients, quel que soit le coût pour les résultats financiers des entreprises. La lutte pour défendre les intérêts quotidiens des travailleurs doit être fusionnée avec le développement d’un puissant mouvement politique de la classe ouvrière pour lutter pour le socialisme. Cela comprend le remplacement de la médecine à but lucratif par un système de soins de santé socialisé.

(Article paru en anglais le 28 mai 2020)