Les travailleurs de Renault à Maubeuge manifestent contre la fermeture des usines

Par Kumaran Ira
1 juin 2020

Samedi, environ 8.000 travailleurs se sont rassemblés devant l’usine de Maubeuge après que Renault a annoncé la suppression de 15.000 emplois dans le monde, dont 4.600 en France. Selon la directrice générale Clotilde Delbos, Renault prévoit «près de 4600» emplois supprimés en France, sur 48.000, et «plus de 10.000» dans le reste du monde, y compris en Espagne. Renault compte supprimer environ 8 pour cent de ses effectifs dans le monde (180.000) et quatre sites en France: Caudan (Morbihan), Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), Dieppe (Seine-Maritime) et Maubeuge (Nord).

A l’appel de l’intersyndicale de l’usine (CGT, CFDT, CFTC, CFE-CGC, SUD), les travailleurs ont défilé depuis l’usine jusqu'à l’hôtel de ville de Maubeuge.

Dans le cortège à Maubeuge, les salariés ont porté des banderoles sur lesquelles on peut lire: «Le Kangoo doit rester à MCA»; «Défendons nos emplois, non au transfert de l’usine de Maubeuge à Douai»; «Senard: trahison, Macron: tiens ta parole!».

«C’est pas le patronat qui fera la loi, la vraie démocratie, elle est ici!», scandaient aussi les manifestants, dont la majorité portait un masque.

L’usine Renault de Maubeuge, qui emploi environ 2.100 travailleurs, est à l’arrêt depuis vendredi matin. Le constructeur automobile envisage le transfert de production des utilitaires électriques Kangoo à Douai, site à 70km Maubeuge, qui emploie environ 2.900 personnes.

La menace qui pèse contre les travailleurs à Maubeuge fait partie d’une attaque internationale contre les travailleurs de Renault-Nissan. Le projet du groupe inclut la fermeture de plusieurs sites en Espagne (Zona Franca, Montcada, et Sant Andreu de la Barca) ainsi que l’arrêt de la production automobile à Flins (Yvelines) à la fin de la marque Zoe après 2024. Selon la presse, l’usine, qui emploi 2.600 salariés, sera reconvertie et récupérera l’activité du site de Choisy-le-Roi, qui emploie 260 personnes dans le recyclage de pièces.

Vendredi matin, une centaine de salariés et quelques élus locaux s’étaient rassemblés devant l’usine de Choisy. «Pour nous c’est un double choc. Déjà on apprend la nouvelle des difficultés de Renault dans les médias, puis, là on dit qu’on va fermer pour aller à Flins. On ne comprend pas comment c’est possible», a témoigné Antonio Perez, 52 ans, employé sur le site depuis plus de 20 ans.

L’idée qu’il n’y aurait pas assez d’argent pour protéger l’emploi est un mensonge absurde. Renault vient de bénéficier d’un prêt de 5 milliards d’euros de la part du gouvernement Macron, qui a annoncé un plan de 8 milliards d’euros pour l’automobile. Le gouvernement Macron a mené une politique irresponsable contre le COVID-19, négligeant même la disponibilité des masques pour les travailleurs, mais il a réagi immédiatement pour déverser 300 milliards d’euros sur les banques et le grand patronat. La Banque centrale européenne, elle, avait annoncé deux plans de relance pour 1.290 milliards d’euros.

L’aristocratie financière met toujours des sommes faramineuses à sa propre disposition quand il s’agit de réaliser des profits et d’attaquer les travailleurs. Mais dès qu’il est question de protéger les emplois et les vies mêmes des travailleurs, les responsables français et européens insistent qu’il est impossible de trouver les sommes nécessaires.

La seule question qui importe à la bourgeoisie française et internationale est d’intensifier l’extraction des profits. Elle exige la reprise du travail et la restructuration, quel que soit le coût en vies humaines, afin qu’elle puisse extraire des profits de la force de travail de la classe ouvrière.

Pour défendre les vies et les emplois, il est essentiel que les travailleurs se mobilisent indépendamment des syndicats, de leurs alliés politiques et du gouvernement Macron. Il est essentiel de former des comités d’action, indépendants des appareils syndicaux afin d’organiser une lutte internationale contre Renault-Nissan et les gouvernements qui les soutiennent.

Une grève et une lutte pour stopper le plan de restructuration de Renault-Nissan peuvent être victorieuses. Mais pour cela il faut mener la lutte à l’échelle internationale, mobilisant tous les travailleurs du groupe et pas seulement pour emmener en grève les travailleurs sur les sites menacés de fermeture. Ceci ne fait qu’isoler les travailleurs dont les emplois sont menacés et faciliter la tâche de la direction de l’entreprise qui veut déjà réorienter la production sur d’autres sites.

Comme lors de la fermeture du site PSA à Aulnay, Renault et le gouvernement Macron comptent sur les organisations syndicales pour étouffer la lutte des travailleurs. À la suite de l’annonce de Renault, la réaction des syndicats est hypocrite. Les syndicats étaient présent au CSE qui s’est tenu vendredi matin sur le site de Maubeuge. Mais ils n’ont rien dit sur le contenu de la discussion qu’ils avaient eue avec la direction.

«On ne nous a rien dit du tout, on est toujours dans le flou», a déclaré Samuel Beauvois (Sud).

Selon Fabrice Rozé, délégué CFDT et secrétaire du CSE (Comité social et économique), «100 pour cent du personnel est en grève depuis ce matin et on va refaire un appel pour l’équipe de l’après-midi.»

Jérôme Delvaux, de la CGT, premier syndicat sur le site, a dit que «cela voudrait dire que c’est la mort de notre entreprise, qui dégage des profits colossaux pour Renault. … On ne laissera pas partir notre outil de travail à Douai». Delvaux a prétendu que cette manifestation allait «montrer au gouvernement et à Renault que les salariés et les habitants de cet arrondissement sont attachés à cette entreprise et qu’on est soutenus.»

Alors que la colère sociale monte, l’appel de l’intersyndicale à manifester vendredi vise à empêcher en amont que la lutte les déborde alors qu’ils se préparent à négocier la restructuration avec Renault.

Dimanche, Senard a insisté sur l’importance du dialogue sociale avec les syndicats pour entamer le plan de restructuration de Renault. Il a prétendu que le plan annoncé n’était encore qu’un «projet» et qu’élus, syndicats et direction devaient «construire (...) ensemble» l’avenir du groupe: «Rien ne se fera dans le nord de la France, lieu que je souhaite voir à terme comme étant un des grands centres de l’industrie automobile en France (...) sans cette discussion ouverte avec tout le monde».

Contre ces manœuvres, les travailleurs de Renault peuvent mobiliser beaucoup plus largement le soutien des travailleurs, parmi lesquels la colère monte contre la gestion irresponsable de la pandémie par les États et les attaques sociales déjà prévues à travers le monde. Après avoir obtenu plusieurs milliards d’euros en plans de relance financés par les États européens, plusieurs entreprises se préparent à supprimer des emplois.

Air France-KLM envisage la suppression des emplois ainsi que les autres compagnies aérien, dont American Airlines avec la suppression de 5000 emplois. La semaine dernière Boeing a annoncé la suppression de 13.000 emplois, principalement aux États-Unis, mais aussi au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Le fournisseur automobile allemand ZF Friedrichshafen prévoit la suppression d’environ 15.000 emplois, soit environ 10 pour cent de ses effectifs, d’ici 2025, dont la moitié en Allemagne.

Les travailleurs de tous les pays et dans toutes les branches font face à des attaques sociales. Leur unification contre la bourgeoisie discréditée par sa mauvaise gestion de la pandémie offre d’énormes possibilités de prendre le contrôle des forces productives de l’humanité et les utiliser rationnellement pour satisfaire les besoins essentiels de la société, y compris de lutte contre le COVID-19. Mais cela nécessite encore plus que les travailleurs s’organisent en comités d’action indépendants des syndicats, qui négocient avec l’aristocratie financière, pour relier leurs luttes internationales.

La perspective qu’avance le Parti de l’égalité socialiste est la nationalisation simultanée dans tous les pays des entreprises transnationales, sous contrôle ouvrier et afin de les transformer en services publics gérés afin de répondre aux besoins sociaux de l’humanité.