COVID-19: Macron annonce des faillites et des plans sociaux en masse

Par Alexandre Lantier
15 juin 2020

Dimanche soir, lors d’une brève allocution télévisée sur la pandémie du COVID-19, Emmanuel Macron a annoncé que son gouvernement travaillerait étroitement avec les partenaires sociaux pour mettre le coût de la crise sur le dos des travailleurs. Sur fond d’une vague internationale de manifestations contre les violences policières – deux ans après le début du mouvement des «gilets jaunes», et après la grève historique des transports cet hiver – il a opposé une fin de non-recevoir aux revendications populaires sur toute la ligne.

Macron a mis en avant la dépense de «500 milliards d’euros» par l’État pendant la pandémie. Il a déclaré que «ces dépenses se justifient en raison des circonstances exceptionnelles que nous venons de vivre, mais elles viennent s’ajouter à notre dette déjà existante.» Il a souligné qu’il n’assortissait ces sommes faramineuses d’argent public, qui ont servi surtout à racheter des titres toxiques détenus par les grandes banques et à financer les sociétés du CAC-40, d’aucune obligation de l’aristocratie financière de préserver l’emploi ou l’activité.

Au contraire: Macron a déclaré que la France «va connaître des faillites et des plans sociaux multiples en raison de l’arrêt de l’économie mondiale.» Selon les prévisions officielles, entre 800.000 et 1 million de travailleurs perdront leurs emplois, et 40 pour cent des PME d’Île-de-France feront faillite dans les mois à venir. Ceci reflète des contractions économiques jamais vu depuis les années 1930, de l’ordre de 10 pour cent par an, dans de nombreux pays d’Europe et du monde.

Macron a insisté qu’il était impensable de mettre l’élite financière à contribution pour sauver les emplois et les petites entreprises, alors même que les autorités françaises et européennes aspergent la classe dirigeante d’argent public. «Nous ne financerons pas ces dépenses en augmentant les impôts», a martelé le chef de l’État.

C’est une déclaration de guerre de la part de l’aristocratie financière, en France comme à travers l’Europe et le monde, aux travailleurs. Elle utilise la pandémie en tant que prétexte pour réaliser un transfert de centaines de milliards d’euros vers ses comptes en banque, au dépens des travailleurs et des petites entreprises. Alors que les banques centrales américaine et européenne octroient aux super-riches des milliers de milliards d’euros, ceux-ci affichent un souverain mépris envers la ruine annoncée de millions de personnes, qui se traduit déjà par une montée de la faim et de la misère dans les quartiers ouvriers de France et de toute l’Europe.

Ce sont un parasitisme et un mépris de classe jamais vus en France depuis que la noblesse féodale a refusé de s’acquitter de l’impôt aux États-Généraux avant la révolution de 1789.

C’est dans ce contexte-là qu’on peut comprendre l’affirmation de Macron selon laquelle, sur la pandémie, «Nous n'avons pas à rougir de notre bilan. Des dizaines de milliers de vie ont été sauvées par nos choix et nos actions.» Sur cette base, Macron a annoncé la réouverture obligatoire des crèches, écoles et collèges à partir du 22 juin, la réouverture des cafés et restaurants dès aujourd’hui, et la réouverture totale des visites dans les Ehpad.

En fait, le bilan de la pandémie est une tache que porteront à jamais les gouvernements européens et Macron personnellement, en tant que chef de l’État français. En refusant de fournir des masques à la population, d’expliquer en temps voulu la nécessité de tester et de confiner la population, ou de fournir au système de santé et aux travailleurs confinés les ressources financières nécessaires, ces gouvernements se sont rendus responsable d’une hécatombe sanitaire.

Quelques statistiques illustrent ce fait. En Chine – pays 21 fois plus peuplé que la France, où le COVID-19 s’est d’abord déclaré et qui a dû donc découvrir le coronavirus et improviser traitements et méthodes de confinement qui

étaient connus au début de la pandémie en Europe – il y a eu 4.634 morts. En France il y en a eu plus de 29.400. Quand Macron déclare qu’il ne rougit pas de son bilan, cela témoigne dans l’analyse finale de son mépris de classe envers les vies de ses concitoyens.

Quant à ce que Macron appelle ses «choix» de confiner les travailleurs et de mettre en place une infrastructure de dépistage, ce sont les travailleurs qui les ont imposés aux États non seulement en France mais à travers l’Europe et le monde. Face à des vagues de grèves en Italie, aux États-Unis et au Brésil, les classes dirigeantes européennes se sont sentis obligés de confiner. L’organisation patronale française en a témoigné.

«Dans tous les secteurs industriels, y compris dans ceux où on n’interdit pas l’activité par des mesures sanitaires, on observe un changement d’attitude extrêmement brutal des travailleurs», avait déclaré le vice-président du Medef, Patrick Martin, en mars. Il avait dénoncé la «sur-réaction» des travailleurs face au danger pourtant mortel du COVID-19. Cela signifiait, selon lui, que la direction des entreprises «ne peut plus continuer la production en raison de la pression des travailleurs».

Toutefois, ayant pris peur face à la colère ouvrière, la classe dirigeante entend mener une politique autoritaire et violente pour imposer son diktat aux travailleurs, aux indépendants et aux petites entreprises que les banques veulent laisser pour compte. Macron a donc donné son plein soutien aux policiers chargés de réprimer les manifestations.

Face aux manifestations mondiales contre le meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis, et en France contre le meurtre d’Adama Traoré aux mains de la police, Macron s’est contenté d’une promesse d’être «intraitable face au racisme et à l’antisémitisme». Cette déclaration, saugrenue venant d’un président qui dès le début de son mandat riait des noyades de réfugiés comoriens au large de la Mayotte, n’engage à rien.

Par contre Macron, qui en novembre 2018 a traité le dictateur collaborationniste Philippe Pétain de «grand soldat», alors que les CRS se préparaient à attaquer les «gilets jaunes», a affirmé comme toujours son soutien indéfectible aux forces de l’ordre. «Nous ne bâtirons pas davantage notre avenir dans le désordre, sans ordre républicain. ... Cet ordre, ce sont les policiers et les gendarmes sur notre sol qui l'assurent», a-t-il déclaré, pour ajouter que les forces de l’ordre «méritent le soutien de la puissance publique et la reconnaissance de la nation.»

Alors que des manifestations se déroulent autour du monde contre les violences policières, ceci souligne les questions plus profondes posées aux travailleurs et aux jeunes qui entrent en lutte.

Si Trump a voulu imposer illégalement l’envoi de la troupe contre les manifestants américains, c’est qu’à terme l’aristocratie financière doit installer une dictature militaire pour d’imposer sa politique irrationnelle et destructrice aux travailleurs. Les attitudes racistes jouent sans aucun doute un rôle dans les violences policières. Mais il est impossible de stopper les violences policières en tentant de discréditer les attitudes racistes, car ces violences ont avant tout une fondation matérielle. C’est la défense des privilèges de l’aristocratie financière contre une classe ouvrière en révolte.

Contre les «gilets jaunes», la police a imposé plus de 10.000 gardes à vue, a blessé plus de 4.400 manifestants, en a éborgné plus de 25, a arraché 5 mains, et a tué Zineb Redouane, une femme âgée.

Alors que Macron et les classes dirigeantes autour du monde se préparent à imposer de vastes attaques aux travailleurs pour leur imposer le coût des mesures d’urgence face au COVID-19, des confrontations plus vastes se préparent à l’échelle internationale. Le magazine L’Opinion rapportait: «Alors que les minorités s’étaient tenues à l’écart des ‘gilets jaunes’, le renseignement intérieur s’inquiète d’une ‘convergence des luttes de fait entre la crise sociale et la crise raciale’.»

Pour l’heure, les slogans démocratiques et antiracistes prédominent dans les mobilisations contre les violences policières. Le mouvement des «gilets jaunes» s’est dit en grande majorité apolitique. Mais la question décisive n’est pas ce que pensent à cet instant les travailleurs et les jeunes déjà mobilisés à l’intérieur de la seule France; c’est quelles tâches politiques le mouvement international naissant des travailleurs se verra obligé d’assumer pour stopper les attaques démesurées planifiées par Macron et d’autres banquiers du même acabit à travers le monde.

Les deux ans de lutte des «gilets jaunes» contre Macron et son passage en force sur la casse des retraites ont bien souligné qu’il n’y a rien à négocier avec Macron. Les travailleurs sont face à la nécessité de rompre avec les appareils syndicaux discrédités, que Macron a salué en promettant de coordonner ses politiques avec les «partenaires sociaux». En même temps, il a annoncé que les rassemblements en plein air de plus de 10 personnes seraient encore interdits au prétexte sanitaire, alors qu’il force les travailleurs à rentrer par centaines dans des usines dangereuses et mal ventilées.

En France et à travers l’Europe, d’innombrables comités indépendants de «gilets jaunes», de jeunes et de grévistes mobilisés sur les réseaux sociaux foisonnent dans les quartiers et sur Internet. Le Parti de l’égalité socialiste vise à élever la conscience des travailleurs, à établir leur indépendance vis-à-vis les partis et les appareils politiques qui défendent des intérêts capitalistes, et à armer les travailleurs d’une perspective qui exprime la logique objective des luttes à venir. Celles-ci ne peuvent être victorieuses sauf si elles se soldent par la construction d’un mouvement de masse visant à transférer le pouvoir aux travailleurs et à construire le socialisme.