Des jugements draconiens au procès du G20 à Hambourg

Par Marianne Arens
31 juillet 2020

Le procès dit de l’« Elbchaussee », qui était censé traiter les prétendus excès de violence en marge du sommet du G20 il y a trois ans, s’est achevé le 10 juillet par des jugements draconiens.

Le procès qualifé de ‚mammouth‘ qui s’est déroulé sur 17 mois à Hambourg ne peut être décrit que comme un scandale judiciaire: la juge de Hambourg a requis des peines de prison en partie très lourdes à l’encontre de cinq jeunes gens qui n’avaient personnellement commis aucun délit ou seulement des infractions sans gravité. Dans le même temps, pas un seul fonctionnaire de police n’a été inculpé à ce jour.

Des canons à eau de la police lors du sommet du G20 à Hambourg en 2017 (Photo Wikimedia)

Le procès s’est déroulé à huis clos. Ce n’est qu’à la lecture du verdict que des journalistes et le public ont été autorisés à assister à l’audience (en petit nombre en raison du coronavirus) par la présidente du tribunal, Anne Meier-Göring. Dans la jungle médiatique bourgeoise, le verdict n’a pas fait grand bruit.

Quatre des cinq jeunes condamnés l’ont été pour des faits aucunement avérés. Leur « crime » a été d’avoir simplement participé à une manifestation lors de laquelle plusieurs voitures et des magasins ont été endommagés sur l’Elbchaussee à Hambourg.

Deux jeunes originaires du Land de Hesse et qui étaient encore mineurs en juillet 2017, ont été condamnés chacun à 20 jours de travaux d’intérêt général. Deux autres inculpés, également originaires de Hesse, ont été condamnés respectivement à des peines d’un an et cinq mois avec sursis et d’un an et trois mois de prison.

Le cinquième accusé, le plus sévèrement puni, est l’étudiant en droit et militant écologiste français Loïc Schneider. Lors des affrontements, il avait jeté deux canettes de bière et deux cailloux en direction des policiers. Pour cela, le procureur a requis quatre ans et neuf mois de prison ferme contre lui.

Schneider avait été recherché par Interpol et interpellé en 2018 au domicile de ses parents. Il avait été extradé vers l’Allemagne où il a passé 16 mois en détention provisoire à la prison de Holstenglacis à Hambourg. Le jeune homme de 24 ans vient maintenant d’être condamné à trois ans de prison ferme. Il est libre pour le moment car ses avocats ont décidé de faire appel.

Loïc Schneider et ses quatre co-accusés sont tenus pour responsables de l’ensemble des dégâts causés ce jour-là lors de la manifestation et dont le montant est estimé à plus d’un million d'euros. L’identité des véritables auteurs n’a toujours pas été élucidée. Après tout, les dégâts auraient tout aussi bien pu être l’oeuvre d’indicateurs de la police ou d’agents provocateurs. Le simple fait que, en l’espace de trois ans, personne n’ait été condamné pour une infraction spécifique le laisse suggérer.

Et pourtant, le ministère public a accusé les prévenus d’atteinte grave à l’ordre public et de complicité à un incendie criminel, de coups et blessures graves ainsi que d’infraction à la législation sur les armes à feu. Il a affirmé que par leur seule participation il était prouvé que les jeunes avaient planifié « conjointement « les émeutes, et les avaient menées en « couvrant » les participants violents. Il s’agit là d’une configuration juridique hasardeuse qui foule aux pieds le droit démocratique à la liberté de réunion et d’association.

Tout comme le sommet du G20 de 2017 en soi, ce verdict revêt clairement un caractère politique. Le sommet du G20 de Hambourg lui-même avait donné lieu à une provocation policière de grande envergure. Le gouvernement fédéral et le Sénat de Hambourg de l’époque, sous l’égide de l’actuel vice-chancelier Olaf Scholz (SPD), avaient délibérément décidé de tenir ce sommet des chefs de gouvernement les plus puissants du monde dans le centre de Hambourg, à proximité immédiate des quartiers du Schanzenviertel, un bastion historique de la mouvance anarchiste. Pour ce faire, un dispositif policier gigantesque de plus de 30 000 forces de l’ordre avait été déployé, qui d’emblée avaient fait un usage excessif de la force contre les manifestants pacifiques. Les autorités avaient délibérément choisi de ne pas recourir à la stratégie de la désescalade.

Les violences policières perpétrées à Hambourg sont parfaitement documentées grâce à de nombreuses vidéos, photos et témoignages oculaires. Dans certains cas, ces violences ont également été commises contre des personnes non impliquées, comme Sarah Nothdurft, une jeune employée qui a été gravement blessée en marge de ces affrontements. Selon une Video de Spiegel Online, des policiers, sans raison aucune, ont fait tomber de son vélo la jeune femme qui rentrait de son travail, l’ont traînée par terre et lui ont asséné des coups de pied. Ce qui lui a occasionné une fracture du poignet et de l’avant-bras. La vidéo montre aussi le passage à tabac d’une extrême violence de manifestants par la police.

Un autre exemple flagrant est celui de Lola Diaz, une future enseignante de Hambourg, qui, en réponse aux premiers excès de violence, a voulu organiser avec son collectif musical un samedi soir délibérément paisible avec danse et musique. Son cas a été documenté par la radio Deutschlandfunk : « Sans crier gare, une unité de la police du Bade-Wurtemberg a subitement surgi, raconte-t-elle. Et puis, tout s’est passé très vite. Ils sont venus directement vers nous et nous ont violemment frappés, ils ont démoli le système de sonorisation. Beaucoup de gens saignaient. Mais, au moment où tout était presque fini, un policier qui semblait en redemander est revenu et a continué à cogner. Il m’a frappé et m'a cassé la jambe. »

Loïc Schneider (Arrêt sur image video)

Loïc Schneider, le jeune étudiant en droit de Nancy qui vient d’être condamné, a également documenté sur son site web les violences policières sans fin. On peut y voir une Vidéo qui enchaîne des scènes de violence les unes après les autres et où des voyous d’extrême droite en tenue de policier se défoulent. Ils poursuivent des individus dans les rues, les tabassent puis les laissent au sol.

Des jeunes qui, les mains en l’air, scandaient: « Nous sommes pacifiques, et vous? » sont maltraités au moyen de canons à eau, de gaz lacrymogènes, de coups de bottes et de matraques en caoutchouc. Le tout constitue un documentaire choquant relatant la violence d’État et donnant l’impression qu’à ce moment la terreur avait été délibérément répandue à Hambourg.

Cette vidéo montre clairement que cette violence policière alarmante s’exerce dans le cadre de l’Europe toute entière. De part et d’autre de la frontière franco-allemande, elle jouit de la même impunité. Les émeutes policières contrastent fortement avec les déclarations d’Olaf Scholz et d’Emmanuel Macron, qui les défendent. Scholz déclare: « Ceux qui ont commis des actes de violence, qui ont causé ces blessures et ces dégâts, ce ne sont ni les policiers, ni les organisateurs du G20. » Et le président français Macron d’adjurer: « Ne parlez pas de violence policière! »

A la fin du procès, Loïc Schneider s’est levé dans la salle d’audience du tribunal de Hambourg pour faire une déclaration personnelle. Il a mis le doigt sur un point sensible. Schneider a dit, « Je crois que ce procès irait beaucoup plus vite si l’accusation se limitait à ce que chaque individu est accusé d’avoir personnellement fait. »

Il n’'a laissé aucun doute quant à l’identité des véritables coupables et a souligné que le capitalisme causait à la société des dégâts qui dépassent de loin les dix millions d’euros prétendument causés par les protestations contre le G20. Il a affirmé: « Je suis fier d’avoir participé aux manifestations contre le G20, sommet où se sont regroupés les plus grands trafiquants d’armes du monde. Rien n’est perdu, chaque instant est à sauver. »

Juste après la fin du sommet de Hambourg, le ministre allemand de la Justice Heiko Maas (SPD) avait demandé la mise en place à l’échelle européenne d’un « fichier recensant les extrémiste ». Suite à quoi, une vaste chasse à l’homme avait été organisée pour la première fois dans toute l’Europe. Dans le même temps, la police et le ministère public ont publié sur Internet des photos et des vidéos de centaines de participants aux manifestations en lançant de concert avec le journal Bild-Zeitung, un appel public à la délation pour dénoncer les personnes photographiées.

Les peines sont délibérément et intentionnellement draconiennes. Elles servent à la fois à encourager la police et à intimider les jeunes qui sont prêts à combattre les inégalités sociales et à opposer une résistance à la guerre et au fascisme.

Ces peines sévères fournissent aussi une nouvelle facette des raisons pour lesquelles tant de jeunes sont aujourd’hui allergiques à la police ce qui sert actuellement de prétexte à l’establishment pour pousser les hauts cris sur de prétendues nuits de « violences » ou d’« émeutes » à Stuttgart et Francfort. Une allergie provoquée par les faits et gestes de la police tels que les jeunes les vivent au quotidien.