Alors que le procès spectacle britannique reprend: la classe ouvrière doit défendre Julian Assange!

Par Oscar Grenfell
8 septembre 2020

La dernière étape de la persécution de Julian Assange, qui dure depuis dix ans, commence aujourd’hui. Les trois dernières semaines d’audiences du tribunal britannique débutent pour l’extradition de l’éditeur de WikiLeaks vers les États-Unis. Là-bas, il risque 175 ans de prison pour avoir dénoncé les crimes de guerre américains, les violations des droits de l’homme, les coups d’État et les opérations d’ingérence dans le monde entier.

Quelle que soit la décision du tribunal, il est probable qu’il y aura des années en procédure d’appel, mais le scénario dont Assange nous met en garde depuis dix ans, à savoir qu’il risque d’être traîné devant un tribunal secret américain et poursuivi à huis clos pour des activités d’édition légales et jeté dans un trou à rats géré par ses persécuteurs de la CIA, n’est que trop réel.

Les innombrables experts et commentateurs des médias qui ont tourné ces avertissements en dérision comme une théorie de conspiration et ont promu les calomnies utilisées pour saper le soutien du public à Assange se sont tus. La parodie de justice en cours dans le pays de la Grande Charte (Magna Carta) soit n’est pas mentionnée dans la presse officielle, soit est discrètement enterrée dans de brèves colonnes à mi-chemin dans les journaux.

Les audiences se poursuivent uniquement parce que la tentative de l’État britannique de tuer Assange en l’exposant au danger d’une infection par coronavirus a échoué jusqu’à présent.

Pendant toute la durée de la pandémie, Assange a été détenu dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, où il n’a pas eu droit à un masque ou à toute autre protection, alors même que des dizaines de détenus et de membres du personnel ont contracté le COVID-19. On a rejeté une demande de mise en liberté sous caution avec mépris, bien qu’on n’ait condamné Assange pour aucun crime, tout comme les avertissements selon lesquels sa santé continue de se détériorer.

Assange fait face aux poursuites judiciaires les plus lourdes de conséquences de sa vie. Mais, il n’a pas pu rencontrer ses avocats depuis six mois. Des semaines avant la reprise du procès, les procureurs américains ont déposé un acte d’accusation de substitution. Il était basé sur les mensonges et les calomnies des informateurs du FBI. Ils l’ont livré plus d’un an après qu’ils aient été tenus de présenter leur acte d’accusation définitif. L’objectif transparent était d’inonder l’équipe juridique d’Assange de dizaines de milliers de documents, après qu’ils aient fini de préparer leur dossier, pour empêcher même la possibilité d’une défense.

En droit, la demande d’extradition américaine aurait dû être rejetée dès qu’elle a été soumise.

Elle viole d’innombrables traités, lois et conventions internationales. Cela comprend l’interdiction d’extrader de Grande-Bretagne vers les États-Unis pour des délits politiques; l’interdiction de refouler ceux qui ont obtenu l’asile vers leurs persécuteurs; et l’interdiction absolue de soumettre quiconque à la probabilité de traitements ou peines cruels, inhumains et dégradants, auxquels Assange serait incontestablement soumis aux États-Unis.

La défense du fondateur de WikiLeaks devrait présenter des preuves détaillées qui établissent que la CIA a illégalement surveillé Assange lorsqu’il était un réfugié politique à l’ambassade de l’Équateur à Londres. On a intercepté ses rencontres juridiques, en violation flagrante du secret professionnel, et son enfant en bas âge s’est fait espionner, en violation des droits fondamentaux de l’homme.

Malgré l’illégalité, les audiences se poursuivent, avec le soutien de l’ensemble de l’establishment politique, médiatique et juridique Britannique. Un juge dont le mari a les liens les plus étroits avec les agences de renseignement et l’armée gère l’affaire. Le gouvernement conservateur et l’opposition travailliste soutiennent explicitement le simulacre de procès. Les syndicats et la pseudo-gauche sont opposés à toute défense d’Assange.

Les «dés sont tellement pipés» contre Assange que cela démontre que la seule stratégie politique viable pour lutter pour la liberté d'Assange est celle s'appuyant sur la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre tous les partis officiels et le système de profit qu'ils défendent.

La situation désastreuse d’Assange ne peut être comprise isolément. C’est l’une des expressions les plus tranchantes du virage vers l’autoritarisme et la censure des gouvernements du monde entier. Cela se passe dans un contexte d’effondrement du capitalisme, d’escalade du militarisme impérialiste et d’émergence de grandes luttes de classe.

Les gouvernements mêmes qui persécutent Assange sont en guerre contre la population. En Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Australie, ils ont mené une réponse meurtrière à la pandémie. Ils veulent imposer le retour des travailleurs à leur place de travail et exposer des millions de travailleurs à un virus mortel afin que la production capitaliste et les profits des entreprises puissent continuer.

On oblige les gens ordinaires de payer pour la crise économique accélérée par la pandémie. Le chômage de masse; l’éviscération des prestations sociales et des allocations de chômage; et l’intensification des attaques contre les salaires et les conditions de travail. Tout cela va de pair avec l’octroi par les gouvernements de milliers de milliards de dollars aux banques, aux spéculateurs financiers et aux oligarques.

La guerre des classes au niveau national s’accompagne d’une escalade de la guerre à l’étranger. Cela s’illustre par les provocations et les menaces continues des États-Unis contre la Chine et la Russie, qui risquent de provoquer une conflagration nucléaire mondiale.

Rien de tout cela n’est compatible avec les normes démocratiques. Bien conscientes que leurs politiques criminelles enflamment l’opposition sociale et politique de masse par la base, les élites dirigeantes réagissent avec les instruments contondants de la répression.

Les autorités américaines, qui veulent détruire Assange, ont, au cours des trois derniers mois, supervisé la violence de l’État contre les manifestations de masse en opposition aux assassinats de policiers. Le recours à des méthodes dictatoriales s’illustre au pays aussi par les menaces de Trump de déployer illégalement l’armée contre l’opposition intérieure et ses tentatives de cultiver un mouvement fasciste.

Son prétendu adversaire, le candidat présidentiel du Parti démocrate, Joe Biden, recueille le soutien des criminels de guerre et des services de renseignement. Le programme de Biden est la censure d’Internet, la confrontation militaire avec la Russie et la Chine et des billions d’autres pour Wall Street.

L’unanimité de l’élite au pouvoir dans l’attaque contre les droits démocratiques est cristallisée dans l’attaque contre Assange. Le fait que les deux candidats officiels à l’élection présidentielle américaine de novembre, Biden et Trump, soutiennent tous deux la procédure contre Assange demontre clairement leur accord. Cette offensive est une attaque frontale contre la liberté de la presse inscrite dans la Constitution américaine par la Révolution américaine. Derrière cette attaque, on cible tous les droits démocratiques. Un bipartisme similaire est évident dans tous les autres pays.

Les illusions désespérées selon lesquelles une partie de l’establishment politique viendrait en aide à Assange prennent maintenant le caractère de fantasmes sans espoir.

L’ancien leader travailliste britannique, Jeremy Corbyn — qui a parfois prétendu être socialiste — a refusé de défendre Assange et a cédé le contrôle du parti aux Blairistes. Bernie Sanders, qui a déclaré qu’il menait une «révolution politique» par l’intermédiaire du Parti démocrate, un parti du patronat, mais qui ne mentionnerait même pas le nom d’Assange, est le plus fervent des partisan de Biden.

La promotion de tels personnages en faillite ne sert qu’à démobiliser et à désorienter le soutien de masse latent au fondateur de WikiLeaks. Cela comprend des organisations comme le groupe de campagne officiel «N’extrade pas Assange» (Don’t Extradite Assange). Il ne fait que détourner les gens qui auraient pu lutter pour Assange et les pousser vers les mêmes forces responsables de la persécution d’Assange.

L’expérience a montré que la force sociale qui peut et doit faire avancer la lutte pour sa liberté est la classe ouvrière internationale. Partout dans le monde, les enseignants, les travailleurs de l’automobile, le personnel médical et bien d’autres encore se lancent dans la lutte contre les gouvernements et les élites des entreprises. Ces derniers ont mis la vie de tous les travailleurs en danger pendant la pandémie et ont attaqué leurs droits sociaux et démocratiques.

La persécution d’Assange ne vise pas seulement à faire taire à jamais un journaliste et un éditeur courageux qui a révélé des crimes de guerre historiques. Il s’agit d’une tentative d’intimidation de ce mouvement émergent et d’établir un précédent pour des victimisations et des machinations beaucoup plus larges.

Mais tout comme la classe ouvrière n’acceptera pas le virage vers la dictature, elle doit défendre Assange.

Le World Socialist Web Site appelle les travailleurs, les étudiants et les jeunes à s’engager dans la lutte pour bloquer l’extradition d’Assange et obtenir sa libération inconditionnelle. Le combat pour sa liberté est votre combat! Il est inséparable de vos luttes contre l’inégalité, contre les attaques des entreprises sur les conditions sociales et contre le système capitaliste responsable de la crise mondiale.

Nous encourageons les rencontres et les discussions les plus larges dans les quartiers, les écoles, les universités et les lieux de travail, ainsi que les protestations et les rassemblements publics, là où ils peuvent avoir lieu en toute sécurité. Des résolutions devraient se faire adoptées sur les lieux de travail, exigeant la fin de la persécution d’Assange et appelant d’autres sections de la classe ouvrière à se joindre à cette lutte.

Inscrivez-vous à la lettre d’information de WSWS Assange (en anglais). Devenez actif dans la lutte pour la liberté de la presse, les droits démocratiques, la fin de la guerre impérialiste et pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 7 septembre 2020)