Après la disculpation des assassins de Breonna Taylor : comment avancer dans la lutte contre la violence policière

Une fois de plus, des manifestations ont éclaté à travers les États-Unis en réponse à un meurtre brutal de la police dont l’État policier a blanchi les auteurs. Dans ce cas, la colère populaire est en réponse à l’annonce mercredi qu’on n’inculpera pas les policiers pour le meurtre de Breonna Taylor chez elle, à Louisville, Kentucky, aux premières heures du 13 mars.

Ces protestations surviennent quatre mois après que le meurtre de George Floyd par la police à Minneapolis, dans le Minnesota, ait déclenché des manifestations multiraciales et multiethniques massives contre les violences policières, et seulement un mois après la mort de Jacob Blake, tué par la police à Kenosha, dans le Wisconsin.

Selon le procureur général Républicain du Kentucky, Daniel Cameron, qui a agi comme enquêteur spécial dans cette affaire et a présenté des éléments de preuve au grand jury, aucune charge ne pouvait être retenue contre les deux officiers qui ont déclenché la grêle de balles qui a tué Taylor, parce que son ami, Kenneth Walker, avait tiré le premier. Walker soutient qu’il agissait en légitime défense contre les policiers qui ont fait irruption dans la maison sans s’identifier.

La seule charge retenue dans cette affaire est celle de «mise en danger inconsidérée» par l’un des policiers. Non pas pour avoir tiré sur Taylor, mais pour avoir tiré des balles qui ont pénétré dans un autre appartement où dormait une famille. En d’autres termes, la police peut impunément faire irruption dans les maisons des travailleurs au milieu de la nuit et tuer tous ceux qu’elle y trouve.

Une fois de plus, des policiers en tenue antiémeute et dans des véhicules lourdement blindés ont tiré des gaz lacrymogènes, du spray au poivre et des balles en caoutchouc sur des manifestants et des journalistes. La police a brutalisé et arrêté des centaines de manifestants à Louisville et dans tout le pays. À Portland, les agents de la police fédérale — comme ils l’ont fait pendant la plus grande partie de l’été — ont aidé la police à agresser les manifestants jeudi soir. Ils ont tiré des balles de poivre et du gaz lacrymogène bien au-delà de la propriété fédérale.

On a verrouillé le centre-ville de Louisville lundi et on a déclaré l’état d’urgence auparavant. Le gouverneur Démocrate du Kentucky a placé la Garde nationale en état d’alerte et le maire Démocrate de Louisville a mis en place un couvre-feu à partir de 21 heures.

La disculpation des meurtriers de Taylor soulève des questions politiques fondamentales pour la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde.

Tout d’abord, l’incitation à la violence policière et la répression brutale de l’opposition font partie intégrante du complot du gouvernement Trump pour un coup d’État. Le 1er juin, Trump s’est emparé des protestations de masse concernant le meurtre de Floyd et a essayé de les utiliser pour tenter d’invoquer la loi sur l’insurrection. Cela lui aurait permis de déployer des forces militaires dans l’ensemble des États-Unis, contre l’opposition intérieure. Malgré cet échec, Trump a ensuite mobilisé la police fédérale du Département de la sécurité intérieure (DHS) pour kdnapper des manifestants à Portland.

Le mois dernier, Trump a ouvertement défendu le membre de la milice de 17 ans Kyle Rittenhouse, qui a tué deux manifestants à Kenosha. Au début de ce mois, il a fait l’éloge de l’assassinat ciblé du manifestant de Portland Michael Reinoehl, en exhortant ses partisans à recourir à des formes de «représailles» similaires.

Trump tente maintenant de transformer les élections, qui auront lieu dans un peu plus de cinq semaines, en un coup d’État, en déclarant qu’il n’acceptera pas de résultats qui lui seraient défavorables. Dans les rues de Louisville et d’autres villes, on teste les mesures que le gouvernement prévoit de déployer les jours précédant et suivant les élections, notamment la mobilisation d’organisations d’ « autodéfense » d’extrême droite et l’incitation à des confrontations violentes.

Deuxièmement, il y a le rôle du Parti démocrate, qui a réagi à l’explosion massive de protestations populaires à la suite du meurtre de Floyd en les détournant et en canalisant la colère populaire derrière la politique raciale et finalement derrière la campagne électorale de l’ancien vice-président Joe Biden.

Il affirme que la violence policière est le résultat de la «suprématie blanche» et du «racisme systémique», ce qui peut être résolu par l’embauche d’un plus grand nombre d’agents et de chefs de la police issus des minorités, ainsi que par l’élection d’un plus grand nombre de responsables noirs. Dans le même temps, Biden et son colistier, le sénateur Kamala Harris, ont clairement exprimé leur soutien indéfectible à la police. Ils ont rejeté les demandes de «défiscalisation de la police» et lancé une campagne de « loi et d’ordre », dénonçant les manifestants comme «anarchistes» et «pyromanes».

La promotion de la politique de la division raciale va de pair avec l’effort des Démocrates pour empêcher toute mobilisation de la classe ouvrière qui menace les intérêts de Wall Street. Alors que Trump prépare activement un coup d’État, les Démocrates cherchent à faire dérailler tout mouvement de masse contre le gouvernement.

La politique raciale du Parti démocrate et des organisations qui l’entourent vise à occulter les questions de classe fondamentales qui sont en jeu. Le problème de la violence policière touche la classe ouvrière du monde entier, depuis l’Afrique du Sud et le Kenya au Brésil et à l’Union européenne. La persistance de la violence policière et son caractère international témoignent de la nature de l’État capitaliste et de la réalité de classe de la société, que la police, en tant que corps spécial d’hommes armés, est chargée de maintenir.

Il ne fait aucun doute que les Afro-Américains sont les victimes de la violence policière de manière disproportionnée. Cela est dû principalement au fait qu’ils constituent une partie disproportionnée des couches les plus opprimées et les plus pauvres de la classe ouvrière.

Le racisme joue un rôle, et il est bien connu que des éléments fascistes sont recrutés et cultivés dans les forces de police au niveau local et fédéral. Cependant, l’idée que l’élection d’un plus grand nombre de politiciens noirs résoudra le problème est réfutée par le rôle joué par le procureur général du Kentucky, Cameron. Celui-ci est afro-américain et une étoile montante du Parti républicain, et il a dirigé le grand jury vers sa décision. Trump a qualifié de «fantastique» sa façon de gérer l’affaire Taylor.

Sous le président Barack Obama, le premier président noir, les violences policières se sont poursuivies sans relâche. Les protestations qui ont suivi l’assassinat de Michael Brown en 2014 ont été violemment réprimées par la police avec l’aide du gouvernement fédéral.

La sénatrice Kamala Harris, le premier choix afro-américain des Démocrates pour la vice-présidence, a un long passé — d’abord comme procureure du district de San Francisco, puis comme procureure générale de Californie — de non-poursuite de flics tueurs et de défense du système carcéral surpeuplé de cet État. Elle a notoirement refusé d’enquêter sur le meurtre d’Ezell Ford par la police de Los Angeles en 2014, puis sur celui de Mario Woods à San Francisco en 2015, s’en remettant aux procureurs locaux du Parti démocrate. Ces derniers ont décidé de ne pas engager de poursuites contre les policiers impliqués dans ces deux affaires.

Conformément à l’idée que la question de la violence policière serait une question de «confiance» entre les policiers et les «communautés de couleur» — et de conflit entre «l’Amérique blanche» et «l’Amérique noire» — les médias se concentrent exclusivement sur la brutalité policière contre les Afro-Américains, ignorant la violence contre les personnes d’autres origines raciales ou ethniques.

La mort par balles du garçon autiste de 13 ans Linden Cameron, à Salt Lake City et le meurtre de la vendeuse de 26 ans Hannah Fizer par un shérif-adjoint dans le Missouri, tous deux blancs, n’ont guère retenu l’attention nationale, malgré les protestations des membres de la famille et leurs soutiens. Quelle que soit leur race, ceux qui sont tués et brutalisés ont une probabilité écrasante de faire partie de la classe ouvrière.

L’omniprésence de la violence policière aux États-Unis, avec environ 1.000 personnes tuées chaque année, est liée à la croissance des tensions de classe et de l’inégalité sociale à des niveaux sans précédent. La police est la première ligne de défense de l’État et des rapports de propriété capitalistes.

L’intensité des protestations contre la violence policière au cours des quatre derniers mois ne peut être comprise en dehors de la colère et de l’opposition croissantes de la classe ouvrière et des jeunes. Une catastrophe sociale et économique est en train de s’abattre sur les États-Unis. Des millions de personnes sont au chômage et confrontées à la pauvreté et à l’expulsion de leur domicile. La pandémie fait rage de manière incontrôlée, en raison de la politique d’«immunité collective» des deux partis. Les enseignants et les élèves s’opposent de plus en plus aux efforts visant à rouvrir les écoles dans des conditions dangereuses.

L’opposition à la violence policière ne peut être isolée des questions de classe plus générales. La lutte contre la violence policière est une lutte contre le capitalisme, qui exige l’unification de la classe ouvrière au-delà de la couleur de la peau, de l’origine ethnique et du genre ; une lutte pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 26 septembre 2020)

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