Élections 2020 en Nouvelle-Zélande

La lutte pour l'égalité sociale, contre la pandémie et contre la guerre, est la lutte pour le socialisme mondial

Les élections législatives du 17 octobre se déroulent au milieu d'une crise mondiale sans précédent dans laquelle la tâche cruciale à laquelle est confrontée la classe ouvrière en Nouvelle-Zélande est d'engager la lutte pour une perspective internationaliste et socialiste visant à renverser le système capitaliste dépassé et réactionnaire.

Pas un seul des problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs en Nouvelle-Zélande et dans le monde – la marche vers à la guerre, les dangers posés par la pandémie de COVID-19 et la paupérisation généralisée – ne peut être résolu même partiellement en dehors de la lutte pour le socialisme.

Le Socialist Equality Group, SEG (Groupe socialiste pour l’égalité), les partisans néo-zélandais du Comité international de la Quatrième Internationale, ne soutient aucun parti dans cette élection. Ni le gouvernement dirigé par le Parti travailliste ni aucun autre parti établi ne représente une option progressiste ou un moindre mal. Le prochain gouvernement, quel que soit le titulaire, intensifiera l'assaut contre le niveau de vie de la classe ouvrière et renforcera l'intégration de la Nouvelle-Zélande dans les préparatifs de guerre américains.

La pandémie de COVID-19 a révélé la décomposition et la corruption interne de l'ordre capitaliste mondial, accélérant des processus en gestation depuis longue date. Elle alimente une nouvelle augmentation des inégalités sociales, alors que les élites financières engrangent des billions de dollars que leur ont fournis les gouvernements et les banques centrales.

Elle intensifie la marche vers la guerre, avec des conséquences potentiellement catastrophiques, à mesure que les gouvernements du monde entier, dirigés par les États-Unis, intensifient leur rhétorique et leurs provocations anti-Chine.

La réponse des gouvernements à la pandémie, en accordant la priorité aux exigences des grandes entreprises tout en refusant de la traiter comme une crise sanitaire, alimente les tensions sociales et l'opposition. En réponse, les élites dirigeantes cherchent à détourner la colère omniprésente vers l'extérieur tandis qu'elles développent des formes de gouvernement de plus en plus autoritaires dans le pays.

Les États-Unis sont l’épicentre de la crise mondiale du capitalisme. Le gouvernement Trump incarne une aristocratie financière qui a amassé d'énormes richesses aux dépens de la classe ouvrière grâce à la spéculation et à l'escroquerie à Wall Street et qui ne recule devant rien pour défendre ses privilèges. Trump menace de se passer des attributs de la démocratie, de ne pas tenir compte du résultat des élections de novembre et de mobiliser des milices fascistes pour mener un coup d'État.

La dévastation sociale et économique produit une vague croissante de colère sociale et d'hostilité envers l'ordre capitaliste. Mais cela à lui seul est loin d'être suffisant. La tâche cruciale est la construction d'un nouveau parti de la classe ouvrière qui se bat pour armer la classe ouvrière avec son propre programme politique basé sur le socialisme et l'internationalisme. C'est le programme du Groupe socialiste pour l'égalité (SEG).

Les origines du gouvernement Ardern

Le SEG est la seule organisation politique qui s'est systématiquement opposée au gouvernement dirigé par le Parti travailliste de la première ministre Jacinda Ardern du point de vue du socialisme. Nous avons averti, à juste titre, que le gouvernement Ardern accélérerait les inégalités sociales, renforcerait l'alliance avec l'impérialisme américain qui se prépare à la guerre, encouragerait le nationalisme et attaquerait les droits des immigrants.

La première étape pour les travailleurs et les jeunes qui s'efforcent de trouver un moyen de sortir des désastres produits par la crise capitaliste est de s'opposer consciemment aux mythes nationalistes promus par la classe dirigeante et ses partis politiques, en particulier les travaillistes, selon lesquels la Nouvelle-Zélande est un havre de stabilité, à l'abri de la tourmente qui déchire le reste du monde.

La conception du pays comme une «équipe de cinq millions» réunie derrière Ardern a été au cœur de la campagne de réélection du Parti travailliste. Le but est de chloroformer les travailleurs néo-zélandais face aux tâches politiques cruciales auxquelles ils sont confrontés et de les séparer de la classe ouvrière internationale. Le grand mensonge de l'exceptionnalisme néo-zélandais et de son isolement tranquille est mis à nu par les origines mêmes du gouvernement Ardern.

La première ministre Jacinda Ardern avec le président américain Donald Trump l’année dernière (Source: La Maison-Blanche)

La représentation médiatique d'Ardern comme l'antithèse du président fascisant américain Donald Trump est fausse. Ardern a notamment refusé de critiquer les explosions racistes de Trump et sa menace de mener un coup d'État. Interrogées lors d'un débat télévisé pour savoir si elles estimaient que Trump était «une influence dangereuse sur le monde», Ardern et la chef du Parti national Judith Collins ont tous deux refusé de répondre franchement mais ont déclaré qu'elles tenaient à continuer la collaboration avec lui s'il était réélu.

Le silence d'Ardern n'est pas un accident. Son gouvernement doit son existence même aux machinations de l'impérialisme américain. Le parti nationaliste de droite NZ First Party a décidé de former une coalition avec le Parti travailliste et les Verts en 2017, au lieu du Parti national qui a reçu plus de voix, suite à l'intervention directe de Washington.

Au cours des longs pourparlers de coalition qui ont suivi les élections, l'ambassadeur américain Scott Brown a publiquement critiqué le précédent gouvernement du Parti national pour ne pas avoir soutenu la menace de Trump de «détruire totalement» la Corée du Nord. La Nouvelle-Zélande est membre des Five Eyes, le réseau de partage de renseignements dirigé par les États-Unis, et est considérée comme un allié essentiel dans les préparatifs de guerre contre la Chine. Brown a précisé que Washington ne tolérerait pas les hésitations du Parti national, qui avait cherché à jouer l’équilibriste entre l'alliance militaire de la Nouvelle-Zélande avec les États-Unis et les liens économiques plus solides avec la Chine.

Les effusions nationalistes de NZ First, un parti avec une longue histoire d'attaques contre l'immigration asiatique, cadraient avec l'orientation anti-Chine du Parti travailliste et de ses soutiens syndicaux. Le Daily Blog, financé par les syndicats, a diabolisé à plusieurs reprises «l'influence» chinoise et exigé l'expulsion du Parlement du député né en Chine du Parti national, Jian Yang. Le blogue s'est aligné sur l'universitaire bien en vue Anne-Marie Brady, financée par l'OTAN, qui, en 2017, a accusé Yang, sans aucune preuve, d'être un agent du Parti communiste chinois.

Tout au long de son mandat, le gouvernement Ardern a lié de plus en plus étroitement la Nouvelle-Zélande aux plans de guerre américains. Une déclaration de politique de défense de 2018 a fait directement écho au Pentagone, qualifiant la Chine et la Russie de «menaces» majeures pour l'ordre mondial. Le gouvernement s'est engagé à consacrer 20 milliards de dollars à la modernisation de l'armée d'ici 2030.

Winston Peters (chef de NZ First), Jacinda Ardern et James Shaw (chef adjoint des Verts)

Le dirigeant de NZ First, Winston Peters, que Ardern a nommé vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a appelé à plusieurs reprises les États-Unis à déployer davantage de leurs forces armées dans le Pacifique pour affronter agressivement la Chine. Canberra et Wellington sont intervenues militairement pour faire avancer leurs propres intérêts néocoloniaux dans toute la région du Pacifique et considèrent la Chine comme un intrus.

Le Parti travailliste est un parti de la grande entreprise et de la guerre. Dans les années 1980, il a ouvert la voie aux partis sociaux-démocrates du monde entier lorsque, en réponse à la mondialisation de la production, il a abandonné toute adhésion aux politiques de réformisme social et s'est transformé en l'instrument direct de l'élite financière. Le gouvernement travailliste de 1984–1990 dirigé par le premier ministre David Lange et le ministre des Finances Roger Douglas a mis en œuvre un programme brutal de restructuration en faveur des grandes entreprises qui correspondait aux politiques de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et de Ronald Reagan aux États-Unis.

Le gouvernement Lange commença à démanteler l'économie protégée de la Nouvelle-Zélande et à préparer les industries à la privatisation. Des dizaines de milliers de travailleurs ont été licenciés dans les chemins de fer, la foresterie, la transformation de la viande et d'autres secteurs. Des frais d’inscription dans les universités et des frais pour les usagers des services de santé ont été introduits. Les impôts pour les riches ont été réduits généreusement, tandis qu'une taxe régressive à la consommation a été introduite pour la classe ouvrière. Les syndicats ont joué un rôle clé dans la répression de l'opposition des travailleurs à cette politique alors même que des milliers de travailleurs abandonnaient à la fois les travaillistes et les syndicats avec dégoût.

Le gouvernement Lange est glorifié, y compris par de nombreux commentateurs autoproclamés de «gauche», sur la base du mythe nationaliste selon lequel il a pris position contre Washington en s'opposant aux armes nucléaires et aux visites de navires de la marine à capacité nucléaire. La rhétorique antinucléaire, cependant, était une mascarade derrière laquelle l'alliance avec les États-Unis était renforcée. Lange a supervisé la construction de la base d'espionnage clé de Waihopai et l'expansion du Bureau de la sécurité des communications du gouvernement, qui joue un rôle majeur dans l'espionnage dans toute la région Asie-Pacifique dans le cadre du réseau Five Eyes dirigé par les États-Unis.

L'affirmation selon laquelle la Nouvelle-Zélande mène une politique étrangère «indépendante» guidée par des considérations «humanitaires» est un mensonge utilisé par tous les partis établis pour obscurcir la réalité qu’en fait la Nouvelle-Zélande est une puissance impérialiste mineure. La classe dirigeante compte sur le soutien américain et australien pour sa domination continue sur les pays insulaires du Pacifique, tels que les Tonga et les Samoa. En échange, les gouvernements successifs du Parti travailliste et du Parti national se sont joints aux guerres criminelles américaines en Irak et en Afghanistan, où des soldats néo-zélandais ont été impliqués dans des crimes de guerre.

Le premier ministre travailliste David Lange et le ministre des Finances Roger Douglas dans les années 1980

La réponse travailliste au COVID-19 en faveur du grand patronat

Le mythe de l'exceptionnalisme néo-zélandais est brisé par l'expérience de la pandémie. Bien que la Nouvelle-Zélande n'ait connu que 25 décès, une deuxième épidémie de virus en août, après 102 jours au cours desquels aucune transmission communautaire n'a été détectée, démontre que si la pandémie fait rage au niveau international, chaque pays reste vulnérable.

La pandémie pose le besoin urgent d'une réponse coordonnée à l'échelle mondiale et dotée de ressources suffisantes, dans laquelle aucune limite de dépenses ne sera prise en considération pour sauver des vies. Ceci est incompatible avec le capitalisme et la division du monde en États-nations concurrents.

Le gouvernement Ardern, comme tous les gouvernements du monde, a traité la pandémie avant tout comme un problème économique et non comme un problème de santé. Le confinement initial du pays a été imposé fin mars, non pas en raison de la bienveillance et de la sagesse d'Ardern, mais en réponse à un mouvement naissant de la classe ouvrière. À mesure que les cas commençaient à se propager dans tout le pays, des dizaines de milliers de personnes ont signé des pétitions en ligne, lancées par des médecins et des travailleurs de la santé, exigeant un confinement.

Les travailleurs se sont souvenus de l'épidémie de rougeole à Auckland l'année dernière – conséquence de l'incapacité du gouvernement à vacciner suffisamment la population – qui s'est propagée aux Samoa, où elle a tué plus de 80 personnes. Le système de santé publique de la Nouvelle-Zélande manque considérablement de ressources après des décennies au cours desquelles le financement n'a pas répondu aux besoins de la croissance démographique. Il n'est pas équipé pour faire face à une vague de cas de COVID-19.

Le mouvement en faveur du confinement a émergé en dehors du contrôle de la bureaucratie syndicale. L'Organisation des infirmières de Nouvelle-Zélande (NZNO) et les syndicats d'enseignants se sont vigoureusement opposés à un confinement jusqu’au jour où il a été annoncé par Ardern.

Même après l'imposition du confinement, les travailleurs sont restés à risque, alors que de nombreux travailleurs de la santé et soigneurs des personnes âgées signalaient un équipement de protection individuelle inadéquat. Le gouvernement a décidé d'apaiser les grandes entreprises en levant les restrictions plus tôt que ne le recommandaient les experts de la santé, puis a échoué à fournir des tests en masse. Ardern a déclaré aux médias le 21 avril que les raisons sanitaires en faveur d’un confinement prolongé «doivent être mises en balance avec l'énorme impact économique», c'est-à-dire l'impact sur les profits.

La vraie raison pour laquelle Ardern est célébrée par les grands médias est le caractère entièrement propatronat de la réponse de son gouvernement. Comme dans tous les pays, la classe capitaliste exploite la pandémie pour provoquer un transfert radical de richesse des travailleurs vers les riches.

La Banque de réserve a alloué 100 milliards de dollars à l'assouplissement quantitatif, c'est-à-dire de faire tourner la planche à billets pour acheter des obligations d'État auprès des banques afin de soutenir leurs bénéfices.

Le Fonds d’urgence et de relance COVID-19 (CRRF) de 50 milliards de dollars du gouvernement a accordé des avantages fiscaux aux entreprises et un soi-disant régime de subventions salariales, faussement présenté comme un moyen de sauver des emplois. En fait, après avoir obtenu des millions de dollars grâce au programme, de grandes entreprises telles que The Warehouse, Briscoes, le casino SkyCity et Fletcher Building ont licencié des milliers de travailleurs. La compagnie aérienne nationale Air New Zealand a été renflouée avec un prêt de 900 millions de dollars tout en licenciant 4000 salariés.

La classe ouvrière fait face à la pire catastrophe sociale depuis la Grande Dépression. Toutes les promesses faites par les travaillistes, NZ First et les Verts en 2017 selon lesquelles leur gouvernement réduirait les inégalités sociales, la pauvreté et le nombre de sans-abris se sont avérées mensongères.

Même avant la pandémie, un enfant sur quatre vivait dans la pauvreté, un chiffre inchangé depuis 2017. En 2017-2018, les chiffres officiels montrent que les 10 pour cent les plus riches détenaient 59 pour cent des actifs du pays, tandis que la moitié la plus pauvre n'en détenait que 2 pour cent.

Maintenant, la situation est bien pire. En juin, le revenu médian avait chuté de 7,6 pour cent par rapport à il y a un an. Les enquêtes montrent que plus de 30 pour cent des ménages ont subi une perte de revenu en 2020. Le nombre de personnes recevant des allocations de chômage a grimpé de 77.000, soit 53 pour cent, entre mars et fin août.

Des milliers de personnes ont été contraintes de compter sur des œuvres caritatives, la demande d’aide alimentaire ayant triplé ou quadruplé dans certaines régions du pays. Le nombre de banques alimentaires à Auckland a explosé à 29, contre environ cinq avant la pandémie.

Les fausses promesses du gouvernement de résoudre la crise du logement ont été clairement mises à nu. Les prix des logements ont grimpé de 27 pour cent au cours des trois dernières années et les loyers médians de 12,5 pour cent, augmentant la richesse des spéculateurs immobiliers au détriment des familles de travailleurs. À la fin du mois de septembre, environ 13.000 propriétaires avaient des arriérés sur leur prêt hypothécaire et 28.000 autres ont vu leurs paiements temporairement différés en raison de difficultés financières. Le nombre de ménages sur la liste d'attente pour un logement social a presque quadruplé, passant de 5844 à près de 20.000.

Le retour de la lutte des classes et la nécessité de comités de la base

En Nouvelle-Zélande, comme aux États-Unis, en Europe, en Asie et en Amérique latine, la crise sociale pousse les travailleurs vers la gauche. Cela est particulièrement vrai pour les jeunes les plus touchés par le chômage: le nombre de jeunes de 18 à 24 ans bénéficiant de l'allocation de chômage a augmenté de plus de 80 pour cent au cours de l'année écoulée. Plus d'un tiers de cette tranche d'âge n’est pas inscrit pour voter, ce qui reflète une aliénation et une hostilité généralisées envers tous les partis parlementaires.

Les jeunes sont à l'avant-garde des manifestations de masse contre l'inaction du gouvernement Ardern sur le changement climatique et des manifestations contre la brutalité policière, qui ont éclaté en juin en solidarité avec les manifestations américaines déclenchées par le meurtre de George Floyd.

Une manifestation à Auckland en juin contre le meurtre de George Floyd par la police américaine

La Nouvelle-Zélande faisait partie de la vague sans précédent de protestations et de grèves qui ont éclaté sur tous les continents en 2018-2019, caractérisée par l'influent groupe de réflexion américain, le CSIS, comme une «révolution sans chef» mondiale motivée par la colère face aux inégalités sociales.

Pour la première fois depuis 1989, des dizaines de milliers d'infirmières des hôpitaux publics et d'autres travailleurs de la santé ont organisé une grève nationale en 2018. Elle a été suivie de la toute première grève commune des enseignants du primaire et du secondaire en 2019, et d'une série de grèves par les médecins. Les syndicats ont été contraints, contre leur gré, d'appeler à des grèves limitées, en raison de l'immense colère suscitée par les bas salaires et le sous-effectif spectaculaire des hôpitaux et des écoles, dont le financement est réduit depuis des décennies.

Ces grèves, cependant, ont été étouffées et trahies par la bureaucratie syndicale, qui a fait écho à l'insistance du gouvernement Ardern sur le fait qu'il n'y avait «pas d'argent» pour répondre immédiatement aux préoccupations des travailleurs. L'Organisation des infirmières et infirmiers de Nouvelle-Zélande (NZNO) et les deux syndicats d'enseignants ont convenu d'un gel effectif des salaires et de l'absence d'augmentation significative des effectifs, ce qui a établi la référence pour une austérité continue dans l'ensemble du secteur public.

Manifestation d’infirmières en 2018

La crise de sous-financement ne fera qu'empirer après les élections. Interrogé par Newshub sur les raisons pourlesquelles le gouvernement avait refusé de baisser les honoraires des visites chez le médecin, malgré sa promesse de le faire en 2017, le ministre de la Santé Chris Hipkins a déclaré que «les priorités financières ont dû changer à cause du COVID-19». En d'autres termes, lors de la plus grande crise de santé publique de mémoire d'homme, le système de santé doit être privé de fonds pour que des dizaines de milliards de dollars puissent être acheminés vers les grandes entreprises et les banques.

Alors que les inégalités et la pauvreté continuent de monter en flèche, des batailles de classe plus explosives sont inévitables. Le Groupe socialiste pour l'égalité (SEG) avertit cependant que ces luttes ne peuvent rester «sans chef» ou subordonnées à la bureaucratie syndicale. Lors des conflits des infirmières et enseignants, le SEG est intervenu et a fait valoir que les travailleurs devaient rompre avec les syndicats et créer de nouvelles organisations: des comités de la base dirigés par les travailleurs eux-mêmes.

La nécessité de comités de la base sur les lieux du travail, indépendants des syndicats et opposés à eux, est devenue encore plus claire pendant la pandémie. De tels comités ont commencé à être établis parmi les enseignants et les travailleurs de l'automobile aux États-Unis, pour s'opposer à la volonté impitoyable de l'élite patronale de rouvrir les écoles et les usines alors que le nombre de morts du COVID-19 continue de grimper. Les syndicats se sont alignés sur la volonté de faire reprendre le travail aux travailleurs malgré le danger.

Les syndicats néo-zélandais, comme leurs homologues internationaux, ne représentent pas les travailleurs, mais les intérêts d'une bureaucratie de la classe moyenne supérieure. Ils soutiennent le système de profit et sont liés au Parti travailliste et aux grandes entreprises par des milliers de fils. Leur rôle est de contrôler la classe ouvrière, d'imposer des licenciements collectifs, des réductions de salaire et des restructurations favorables aux grandes entreprises.

La formation de comités de la base est une première étape dans la lutte pour unifier les travailleurs en Nouvelle-Zélande et au niveau international contre tous les partis capitalistes et leur programme d'austérité. Cela doit aller de pair avec la lutte pour construire un nouveau parti politique basé sur une perspective socialiste et internationaliste.

Pour la défense des immigrants!

En tant qu'élément essentiel de la lutte pour le socialisme, le Groupe socialiste pour l'égalité appelle les travailleurs à défendre les immigrés, qui sont les boucs émissaires sans merci de la crise sociale du gouvernement dirigé par le Parti travailliste et l'ensemble de l'establishment politique, y compris les syndicats.

Des milliers de migrants temporaires qui ont perdu leur emploi pendant la pandémie sont empêchés d'accéder aux prestations sociales et forcés de survivre grâce à de la nourriture qu’ils reçoivent par colis et d'autres secours d'urgence. Le vice-premier ministre Winston Peters a déclaré que la Nouvelle-Zélande ne peut pas soutenir les migrants sans emploi et qu'ils devraient «rentrer chez eux», ce qui dans de nombreux cas signifie retourner dans des pays où le COVID-19 est hors de contrôle. Des dizaines de milliers de personnes qui ont demandé la résidence sont confrontées à des retards interminables dans le traitement de leurs demandes et beaucoup craignent d'être contraintes de quitter le pays.

Le Daily Blog soutenu par les syndicats fait écho à la demande de NZ First pour une réduction majeure de l'immigration, basée sur une fausse inquiétude concernant l'«exploitation» des travailleurs migrants. Le blogue propose un programme nationaliste pour faire de la Nouvelle-Zélande une «forteresse» contre les immigrants, y compris une «augmentation à grande échelle» des dépenses pour les forces armées. Il préconise également de priver les immigrants récents du droit de vote en limitant le droit de vote aux seuls citoyens.

Les travailleurs doivent rejeter ce poison nationaliste, dont le but est de diviser la classe ouvrière – dont un quart est né à l'étranger – et d'empêcher toute lutte unifiée contre le capitalisme. Le SEG est la seule tendance politique qui lutte pour l'égalité des droits pour tous les travailleurs, quel que soit leur lieu de naissance.

Le massacre de Christchurch et le danger du fascisme

Le SEG avertit les travailleurs que la Nouvelle-Zélande n'est en aucun cas isolée de la promotion des tendances d'extrême droite par la classe dirigeante à travers le monde en réponse à la résurgence de la classe ouvrière. Ce fait a été démontré par l'attaque terroriste menée par le tireur fasciste Brenton Tarrant le 15 mars 2019, qui a tué 51 hommes, femmes et enfants dans deux mosquées de Christchurch et en a blessé près de 50 autres.

De nombreuses questions restent sans réponse sur la façon dont l'attaque a été préparée et pourquoi le tireur n'a pas été arrêté, malgré ses liens avec des groupes fascistes internationaux et ses nombreuses menaces de violence en ligne. Il est clair que Tarrant n'a pu perpétrer son massacre que parce que, à tout le moins, la police et les agences de renseignement en Australie et en Nouvelle-Zélande ont fermé les yeux sur la menace de violence néonazie.

À l’approche des élections, le gouvernement Ardern a cherché à étouffer toute discussion sur les racines politiques de l'atrocité. L'État a interdit le manifeste de Tarrant et, après que le tireur ait été condamné à la prison à vie en août, Ardern a déclaré qu'elle ne voulait plus jamais parler de lui. La commission d'enquête royale en cours, censée enquêter sur la façon dont l'attaque a eu lieu, a été tenue entièrement à huis clos.

Ces mesures visent à empêcher les travailleurs de saisir la similitude frappante entre les délires de Tarrant et les politiques racistes et anti-immigrées des gouvernements du monde entier, y compris la Nouvelle-Zélande. Tarrant a idolâtré le président américain Donald Trump, qui a promu les forces fascistes aux États-Unis et compte sur elles pour s'assurer qu'il reste au pouvoir.

Le vice-premier ministre Peters, avec une grande partie des médias, a cherché à minimiser le rôle de Tarrant, le qualifiant d’intrus australien dont les actions ne reflètent en rien la société néo-zélandaise. En réalité, NZ First a attaqué à plusieurs reprises des musulmans et d'autres immigrants dans un langage très similaire à celui du tireur de Christchurch.

Le renforcement de l'État policier

La principale réponse du gouvernement Ardern à l'attaque terroriste de Christchurch a été de l'utiliser comme prétexte pour renforcer davantage les forces répressives de l'État.

Le SEG prévient que ces pouvoirs élargis n'ont rien à voir avec la traque du fascisme. Ils seront utilisés pour réprimer l'opposition de la classe ouvrière au militarisme et aux inégalités, comme ce fut le cas pendant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale, la Grande Dépression et la grève portuaire de 1951.

Déjà, dans le cadre de son accord de coalition avec NZ First, le Parti travailliste a accepté de recruter 1800 policiers de première ligne supplémentaires, soit une augmentation d'environ 20 pour cent. Le commissaire de police a profité du massacre de Christchurch pour mener à bien un essai de six mois visant à armer régulièrement de fusils la police à Christchurch, Auckland du Sud et dans la région de Waikato.

Des protections juridiques fondamentales, notamment la présomption d'innocence et le droit à la vie privée, sont attaquées. La nouvelle législation «antiterroriste» introduite l’année dernière donne à l’État le pouvoir d’imposer une surveillance et des restrictions aux déplacements et à l’accès à Internet à quiconque sur la seule base d’allégations d’activité «terroriste», sans aucune vérification des preuves lors d’un procès. Le gouvernement Ardern s'est également joint à ses partenaires de Five Eyes, pour exiger que les entreprises de technologie permettent à l'État un meilleur accès aux messages chiffrés.

Ardern a personnellement dirigé le «Call to Action» de Christchurch, une initiative impliquant plusieurs gouvernements, dont la France et l'Australie, et des géants de la technologie tels que Facebook et Google, pour créer un cadre mondial de censure de tout contenu en ligne jugé «extrémiste». Les ressources du bureau du censeur néo-zélandais sont doublées et il est habilité à «supprimer» rapidement les publications sur les réseaux sociaux et autres contenus.

L'hostilité du gouvernement Ardern et de ses alliés, y compris les Verts, envers les droits démocratiques fondamentaux est peut-être le plus clairement révélée dans leur soutien à l'emprisonnement et à la torture de Julian Assange. Washington cherche à extrader le fondateur de WikiLeaks du Royaume-Uni et à l'emprisonner à vie, ou pire, pour son rôle dans la révélation des crimes de guerre américains en Irak et en Afghanistan, dont la Nouvelle-Zélande est également complice.

Le rôle des Verts et de la pseudo-gauche

Au cours des trois dernières années, le Parti travailliste s'est appuyé sur le Parti vert et des groupes et des commentateurs de pseudo-gauche pour offrir une image de gauche, ou progressiste, au gouvernement.

Ce milieu comprend l'Organisation socialiste internationale (ISO), Socialist Aotearoa (SA) et Organize Aotearoa, et Unite et d'autres syndicats. Comme leurs homologues internationaux, tels que les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), Podemos en Espagne et Syriza en Grèce, les groupes de pseudo-gauche néo-zélandais n'ont rien en commun avec le socialisme et l'internationalisme. Ils représentent des sections de la classe moyenne supérieure qui visent à faire progresser leur propre position sous le capitalisme, au sein de l'establishment politique, des syndicats, du monde universitaire et de l'État.

Certaines personnalités de la pseudo-gauche étaient actives dans le Parti de l'Alliance, qui est entré au parlement dans une coalition avec le gouvernement du Parti travailliste en 1999. Le parti s'est effondré ignominieusement après que ses députés ont soutenu la décision du gouvernement d'envoyer des troupes d’élite SAS pour rejoindre l'invasion américaine de l’Afghanistan en 2001.

Plus récemment, en 2011, l'ISO, la SA et d'anciens membres de l'Alliance sont entrés dans le Parti nationaliste maori Mana, représentant des sections de la bourgeoisie indigène et de la classe moyenne supérieure. Ce dernier combinait la politique d'identité raciale avec le nationalisme et la xénophobie anti-immigrés. Le parti s'est effondré après que son chef Hone Harawira ait contesté l'élection de 2017 en faisant des Chinois des boucs émissaires pour le trafic de drogue et en appelant à «l'exécution» des revendeurs.

L'ISO, comme elle l'a fait en 2017, prône un vote travailliste basé sur la fausse affirmation selon laquelle il est «réformiste» et a «tenu certaines» de ses promesses. Cela fait référence à de maigres augmentations de l’aide sociale qui ont déjà été dépassées par le coût de la vie. Sa déclaration ignore tout simplement la grande augmentation des inégalités sociales et de la pauvreté, la poursuite de l'intégration de la Nouvelle-Zélande dans le renforcement militaire américain et les dangers internationaux de guerre et de dictature.

La pseudo-gauche promeut également le Parti vert, qui se présente comme une alternative «de gauche». Il propose un impôt sur la fortune extrêmement modeste (2% pour les actifs de plus de 2 millions de dollars) et une augmentation des prestations sociales. Ces politiques, qui n’arrêteraient pas d’aggraver les inégalités sociales, ont été catégoriquement exclues par le Parti travailliste.

Face au changement climatique catastrophique, les Verts, comme leurs homologues en Europe, aux États-Unis et en Australie, promeuvent le fantasme d'une solution dans le cadre du capitalisme. Le parti rejette avec véhémence le seul moyen de faire face à la crise: l'expropriation des grandes entreprises polluantes et la mise en place d'une économie socialiste planifiée à l'échelle mondiale.

Les Verts, qui ont soutenu le déploiement de troupes en Afghanistan sous les gouvernements précédents, ont cherché à justifier les dépenses militaires du gouvernement Ardern sous le prétexte frauduleux que les nouveaux navires et avions de guerre seraient utilisés à des fins «humanitaires».

La pseudo-gauche soutient la campagne menée par le Parti vert pour un vote «oui» au référendum sur la légalisation du cannabis. Ce référendum non contraignant est employé principalement comme une diversion des grands problèmes auxquels la classe ouvrière est confrontée et comme un moyen d'encourager les jeunes à se rendre aux urnes. Le SEG s'oppose à la loi proposée, qui vise à enrichir les producteurs de cannabis en élargissant l'offre de la drogue et les dommages qu'elle cause aux jeunes.

Construisez le Groupe socialiste pour l'égalité!

Peu importe le vainqueur des élections de samedi, la crise à laquelle les travailleurs et les jeunes sont confrontés continuera de s'intensifier. Le seul avenir offert par le capitalisme est la flambée des inégalités sociales, la guerre et la dictature, en plus de la propagation catastrophique du COVID-19 et des changements climatiques.

Ces processus ont déjà conduit à une résurgence de la lutte des classes au niveau international, qui va inévitablement s'approfondir et prendre un caractère anticapitaliste plus explicite. L'histoire du XXe siècle démontre cependant que même les luttes les plus déterminées aboutiront à des défaites désastreuses si elles n'acquièrent pas une direction et une perspective politiques conscientes, socialistes et internationalistes.

Une telle direction politique doit être construite de toute urgence, indépendamment de tous les partis capitalistes. Cette tâche ne peut pas être reportée. C’est aussi la leçon cruciale que les travailleurs et les jeunes de Nouvelle-Zélande doivent tirer de décennies d’expérience amère avec le Parti travailliste et ses défenseurs.

La perspective de la révolution socialiste mondiale n'est pas un but utopique; elle représente la seule solution pratique au désastre créé par le capitalisme. La société doit être complètement réorganisée pour répondre aux besoins humains, par la mise en place d'un gouvernement ouvrier. Les banques et les grandes industries doivent être nationalisées, converties en services publics et placées sous contrôle démocratique. Les milliards de dollars acheminés vers l’armée et la grande entreprise doivent être récupérés et utilisés pour fournir des soins de santé, l’éducation, le logement et les autres services essentiels.

Une telle transformation ne peut être réalisée sans la lutte pour l'unité internationale de la classe ouvrière. Pour vaincre les sociétés transnationales et mettre fin à la guerre, les travailleurs doivent s'unir au-delà des frontières. Cela nécessite une lutte politique contre toute forme de nationalisme, qui est promue par les syndicats et la pseudo-gauche pour subordonner les travailleurs à la bourgeoisie de «leur» pays.

Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), mouvement trotskyste mondial, est le seul parti qui lutte pour construire la direction révolutionnaire nécessaire dans la classe ouvrière internationale pour abolir le capitalisme. Il publie le World Socialist Web Site et est basé sur les leçons stratégiques de la révolution russe et de toutes les luttes révolutionnaires du siècle dernier. Il a constamment combattu le stalinisme, le maoïsme et toutes les autres tendances nationalistes et opportunistes responsables des trahisons des intérêts historiques de la classe ouvrière.

Le Groupe socialiste pour l’égalité est engagé dans l'éducation et la mobilisation de la classe ouvrière en Nouvelle-Zélande sur la base de ces principes et leçons et la construction d’une section du CIQI ici. Les travailleurs et les jeunes à la recherche d'un moyen de lutter pour un avenir socialiste contre les déprédations du capitalisme devraient postuler pour rejoindre le SEG et le construire en tant que parti révolutionnaire pour les luttes à venir. Nous encourageons vivement les lecteurs qui sont d'accord avec cette déclaration à nous contacter dès aujourd'hui.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2020)

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