Des fascistes armés prennent d’assaut le bâtiment du Capitole de l’Oregon

Des fascistes armés dirigés par Joey Gibson et Chandler Pappas du groupe Patriot Prayer ont pénétré de force dans le Capitole de l’État de l’Oregon à Salem lundi matin, pour tenter de perturber une session législative spéciale. Gibson et Pappas ont mené le groupe, composé d’une centaine de personnes, lors d’une confrontation qui a duré six heures sur les terrains du Capitole. Ils protestaient contre un projet de loi de 800 millions de dollars, qui prévoit entre autre une aide au loyer pour les propriétaires et les locataires, autorise les boissons alcoolisées à emporter, prolonge un moratoire sur les expulsions, et limite la responsabilité des écoles en cas de plaintes pour coronavirus.

Des partisans armés du président Donald Trump participent à un rassemblement "Stop The Steal" [Stop au vol] au Capitole de l'État de l'Oregon, à Salem. [Crédit: AP Photo/Paula Bronstein]

Gibson avait planifié cette manifestation. Sur le terrain, des images de la journaliste indépendante Laura Jedeed montrent des manifestants dont certains portent des gilets pare-balles et d’autres des fusils semi-automatiques, poussant et pulvérisant des gaz lacrymogènes sur la police alors qu’ils tentent de pénétrer dans le bâtiment. Les manifestants ont également brisé des vitres du Capitole.

Contrairement aux milliers de manifestations contre la violence policière qui ont eu lieu l’année dernière, la police a été plus qu’accommodante. Elle a permis aux manifestants anti-confinement d’occuper le terrain du Capitole pendant plusieurs heures – même après que la police de l’État de l’Oregon ait déclaré un «rassemblement illégal». Après qu’une partie de la foule ait réussi à pénétrer dans le foyer du capitole, les policiers ont déployé à contrecœur des gaz lacrymogènes et des boules inertes au poivre contre ceux qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment, tandis qu’un dispositif acoustique à longue portée (LRAD) conseillait à la foule se trouvant à l’extérieur de se disperser.

Les manifestants ont tenté à plusieurs reprises d’entrer dans le bâtiment. Dans l’après-midi, on a déployé la garde nationale de l’État, avec de la police anti-émeute équipée de «Véhicules de protection contre les embuscades résistantes aux mines» (MRAP), à l’extérieur du Capitole. Cela a provoqué une brève confrotation avant que la foule ne se disperse. Alors que de nombreux manifestants poussaient des chants racistes et fascistes, prônant la fin de toute restriction pour arrêter la propagation du coronavirus, certains dans la foule réclamaient simplement une aide économique après la fermeture pendant des mois de leur entreprise ou de leur lieu de travail.

À l’intérieur du bâtiment, le sénateur républicain de l’État Dallas Heard a accusé ses collègues de se joindre à la gouverneure démocrate Kate Brown et sa «campagne d’intimidation contre le peuple et les enfants de Dieu» c’est à dire l’obligation pour les législateurs de porter un masque à l’intérieur du bâtiment. Brown, ainsi que le maire démocrate de Portland, Ted Wheeler, ont été dénoncés à plusieurs reprises par le président Trump pour leur manque de brutalité dans la répression des manifestations contre les violences policières.

Après s’être précipité hors de la chambre législative, Heard a rejoint les manifestants, leur disant qu’ils avaient «le droit d’être dans ce bâtiment».

Malgré la nature violente de la manifestation, la police a confirmé qu’elle n’avait procédé qu’à quatre arrestations, la plupart pour intrusion. Tout au long des six heures de manifestation, on a vu, à maintes reprises, le fondateur de Patriot Prayer, Gibson, en train de parler avec la police. En février 2019, la Willamette Week a rapporté que le lieutenant de police de Portland, Jeff Niiya, est en contact régulier avec Gibson. Il lui transmet notamment des informations sur les manifestations de gauche à venir, le conseillant sur la manière d’éviter d’être arrêté pendant les manifestations. Niiya a également averti Gibson lorsque de prétendus manifestants «Antifa» se trouvaient à proximité.

En septembre 2019, le chef de la police de Portland, Danielle Outlaw, et le maire Ted Wheeler ont annoncé les résultats d’un «examen indépendant de la police» concernant les communications de Niiya avec Gibson. Tous deux ont déclaré que l’examen n’avait pas trouvé de preuves suffisantes pour prouver que Niiya avait fait quelque chose de mal. Wheeler a fait tout son possible pour disculper Niiya, déclarant aux journalistes: «Avec le recul, j’aurais aimé être plus explicite sur le fait d’accorder le bénéfice du doute à Niiya».

Aaron «Jay» Danielson, membre du groupe Patriot Prayer et ami de Gibson, a été tué à Portland le 29 août suite à une émeute d’extrême droite dans le centre-ville, au cours de laquelle des membres du groupe ont tiré sur des manifestants anti-violence policière depuis des camions roulant à toute allure à l’aide de pistolets de paintball et de spray au poivre. Le meurtre de Danielson a conduit à une chasse à l’homme dans plusieurs États pour retrouver Michael Reinoehl, un militant antifasciste. Sur ordre de Trump, un détachement des US Marshals a assassiné Reinoehl, le 3 septembre. Trump a qualifié le meurtre de Reinoehl de «châtiment» pour son rôle présumé dans la mort de Danielson.

Alors que les fascistes continuent de menacer les responsables et les employés municipaux qui tentent d’endiguer la propagation du coronavirus, Trump n’a toujours pas concédé l’élection et poursuit ses efforts pour annuler la victoire de Joe Biden, renverser la Constitution et rester au pouvoir. Dimanche et lundi, Trump a tenu des réunions de plusieurs heures à la Maison-Blanche avec les avocats Sidney Powell et Rudy Giuliani, ou encore le conseiller commercial Peter Navarro et le vice-président Mike Pence. Trump a également élaboré une stratégie avec l’ancien conseiller principal de la Maison-Blanche, Steve Bannon.

Ces rencontres faisaient suite à une réunion du bureau ovale vendredi avec Powell, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump le général Michael Flynn et d’autres conseillers d’extrême droite de Trump, ainsi qu’avec le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows et le conseiller de la Maison-Blanche Pat Cipollone. La réunion s’est terminée par un concert de cris entre les collaborateurs officiels de Trump et les fascistes déclarés lorsque Flynn a demandé à Trump de déclarer la loi martiale et d’envoyer des troupes dans les principaux États clés pour y organiser de nouvelles élections.

Selon certaines informations, Trump envisage de nommer Powell comme conseillère spéciale pour enquêter sur les allégations de fraude électorale. On avait renvoyé Powell de son équipe juridique après qu’elle eut avancé des théories du complot antisémites et fascistes concernant l’intégrité des machines électorales américaines lors d’une conférence de presse, le 19 novembre. Navarro a reconnu avoir appelé les législateurs de six États afin de gagner leur soutien pour un renversement de la Constitution par Trump.

Pendant ce temps, Trump a continué à empêcher l’équipe de transition de Biden d’interagir avec le Pentagone. Le conflit sans précédent aux échelons supérieurs du gouvernement incite certains officiers supérieurs de l’armée à s’exprimer. Dans un récent article de CNN, des officiers non nommés ont parlé de l’incertitude qui règne parmi les hauts gradés de l’armée. Plusieurs d’entre eux déclaraient qu’ils n’avaient aucune idée de ce que Trump pourrait faire avant la fin légale de son mandat, le jour de l’investiture, le 20 janvier 2021.

Plusieurs officiers ont déclaré à CNN que si Trump lançait des ordres légaux, «même s’ils sont de mauvais goût», ils seraient exécutés, tandis que les ordres illégaux «soulèveraient de graves questions quant à savoir si les hauts responsables militaires estimeraient pouvoir rester en fonction». D’autres ont exprimé leur inquiétude sur le fait que Trump pourrait lancer une attaque militaire sur un pays étranger pour faciliter son complot de coup d’État.

D’importantes sections du Parti républicain continuent de soutenir le complot de Trump pour renverser l’élection. Trump a rencontré lundi à la Maison-Blanche des membres du Freedom Caucus d’extrême droite et plus tard d’autres législateurs républicains pour discuter des plans qui visent à perturber la session conjointe du 6 janvier au Congrès, constitutionnellement chargé de ratifier la victoire de Biden au Collège électoral. La première réunion comprenait la représentante nouvellement élue de la Géorgie, Marjorie Taylor Greene, une partisane publique de la conspiration QAnon qui a mené une campagne raciste et antisémite.

La deuxième réunion a réuni le représentant de l’Alabama, Mo Brooks, et plusieurs autres législateurs républicains qui prévoient de contester le vote du Collège électoral lors de la session conjointe du 6 janvier. Au Sénat, le nouveau sénateur de l’Alabama Tommy Tuberville a indiqué qu’il soulèverait également une objection formelle. Cela obligerait à un débat et à des votes dans les deux chambres, chacune devant donner un soutien majoritaire pour empêcher la ratification officielle. Il est pratiquement certain que cela échouera, puisque les démocrates contrôlent la Chambre. En plus, le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a exhorté les républicains à s’opposer à une telle démarche. De surcroît, au moins 12 sénateurs républicains, dont McConnell, ont reconnu la victoire de Biden.

Cependant, Trump continue d’inciter ses partisans fascistes à mener des actions en dehors des canaux officiels, notamment des manifestations le 6 janvier et une éventuelle «contre-inauguration» le 20 janvier. Il a parlé de son intention de participer à un rassemblement en Géorgie à la veille du second tour des élections dans cet État, le 5 janvier, qui déterminera quel parti contrôlera le Sénat.

Toutes ces incitations visent à favoriser le développement d’un mouvement fasciste qui se poursuivra après le 20 janvier, que Biden, comme cela semble probable, arrive ou non au pouvoir. De telles opérations sont facilitées par le silence virtuel de Biden et des démocrates sur les actions anticonstitutionnelles de Trump, poussés par leur crainte de déclencher une opposition populaire massive à Trump qui pourrait menacer le système capitaliste.

(Article paru d’abord en anglais le 23 decembre 2020)

Loading