Le New York Times instrumentalise les suicides de jeunes pour pousser à la réouverture des écoles

Au début du semestre de printemps 2021 aux États-Unis, les grands médias, New York Times en tête, cherchent à justifier la politique criminelle de réouverture des écoles au motif que leur fermeture entraîne une hausse des suicides d'élèves. Ce faisant, les médias occultent délibérément les véritables origines de la crise de santé mentale qui touche les jeunes et fournissent en même temps une justification pseudo-morale pour la politique meurtrière qui a entraîné et continuera d’entraîner d'innombrables infections et décès dus au coronavirus.

Les enseignants et le personnel manifestent devant le lycée Franklin D.Roosevelt alors qu'ils appelant à davantage et à de meilleurs tests et précautions contre le COVID-19, le vendredi 2 octobre 2020 à New York. (Photo AP / John Minchillo )

Le 24 janvier, le Times a publié un article soulignant la flambée des suicides chez les jeunes depuis le début de la pandémie. L'article portait sur le comté de Clark, Nevada, le cinquième plus grand district scolaire des États-Unis, comprenant Las Vegas, qui a connu 18 suicides d'élèves entre mars et décembre. À titre de comparaison, il y a eu neuf suicides dans ce district pendant toute l'année 2019.

Dans un cas, Anthony Orr, 18 ans, s'est rendu sur un parking en août et s'est tué par balle dans sa voiture, quelques mois seulement après avoir obtenu son diplôme. Sa mère, cherchant à trouver une explication, a déclaré au Times : «Nos enfants se désespèrent. Ils ont le sentiment qu'il n'y a pas d'avenir pour eux. Je ne vois pas comment l’expliquer autrement. » Dans ce comté, la plus jeune victime de suicide n'avait que neuf ans.

L'expérience tragique du comté de Clark se retrouve dans tout le pays, dans ce qui est devenu une tendance alarmante. Michael Myronuk, Jr., adolescent du comté de Baltimore, n'avait que 14 ans lorsqu'il a mis fin à ses jours en octobre. Sa mère a déclaré à WBFF Fox45 News: «Il n'avait aucun espoir. Il a simplement perdu tout espoir. » Dans un autre cas, un garçon de 11 ans de Sacramento s'est suicidé en décembre pendant son cours sur Zoom.

L'augmentation dévastatrice des suicides de jeunes et celle des problèmes de santé mentale est utilisée par le Times et d'autres médias pour justifier la réouverture des écoles au milieu d’une pandémie qui fait rage. Jesus Jara, le directeur du district scolaire du comté de Clark, a déclaré au Times : «Quand nous avons commencé à voir la hausse du nombre de suicides chez les enfants, nous savions qu’il ne s’agissait pas seulement des chiffres COVID que nous devions examiner.[ …] Il nous faut trouver un moyen d’appréhender nos enfants, de les voir, de les regarder. Ils doivent commencer à voir un changement, de l'espoir. » Jara est ensuite allé sur Twitter pour clamer que les écoles «doivent rouvrir pour aider tous les élèves».

Il n’y a aucun doute que la crise de santé mentale aux États-Unis s'est considérablement aggravée depuis l'éruption de la pandémie, en particulier chez les adolescents et les jeunes, dont le psychisme non encore développé est particulièrement vulnérable au stress psychologique. Un rapport d'août 2020 des CDC (Centres de contrôle des maladies ) a révélé que les taux de dépression et d'anxiété avaient triplé depuis l'année précédente. Selon le même rapport, 26 pour cent des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans avaient pensé au suicide au cours du mois précédent.

Un rapport de novembre basé sur des données collectées tout au long de l'année dans des enquêtes nationales a révélé que le mois d'octobre était encore plus dévastateur 47,7 pour cent des jeunes adultes montrant des symptômes de dépression et 36,9 pour cent ayant des pensées suicidaires ou morbides. Il est clair que les ravages de la pandémie COVID-19 produisent une épidémie de désespoir parmi les jeunes.

Il existe un lien étroit entre la tentative cynique du Times d'utiliser les suicides de jeunes pour justifier la réouverture des écoles et les déclarations répétées de soutien de l'administration Biden à la campagne de retour à l'école de l'oligarchie financière. L'article a été publié quatre jours seulement après que Biden ait déclaré «nous ne pouvons rien faire pour changer la trajectoire de la pandémie au cours des prochains mois».

Biden signalait ainsi son intention de poursuivre la réouverture complète de l'économie et la poursuite de fait de la politique d'immunité collective de Trump, qui a déjà entraîné des centaines de milliers de morts évitables. Les efforts du Times et d'autres médias bourgeois pour assister cette politique criminelle prennent désormais la forme d'une préoccupation feinte pour les jeunes ; on se sert des suicides de jeunes pour clamer que la réouverture des écoles est une nécessité urgente.

Les porte-parole de l'establishment qui affichent une telle préoccupation pour le bien-être mental des élèves ne parviennent cependant pas à expliquer comment leur santé mentale sera améliorée en les emmenant dans des salles de cours dangereuses pour voir leurs enseignants, leurs camarades et peut-être eux-mêmes tomber victimes d’un virus mortel, sans parler du risque de transmettre le virus à leurs parents, grands-parents ou autres êtres chers.

Et ils ignorent le fait que le refus du gouvernement et des deux grands partis patronaux de faire une politique qui contiendrait le virus et sauverait des vies – car cette politique réduirait les profits des grandes sociétés – est responsable de la propagation incontrôlée du virus qui rend impossible une réouverture sûre des écoles. Ce sont la classe dirigeante et ses serviteurs politiques qui sont responsables de l'angoisse mentale croissante des jeunes et non les enseignants.

Maintenant qu’on a laissé la pandémie se propager de manière exponentielle, que des études scientifiques sérieuses montrent que les jeunes peuvent développer des complications long terme du au virus et qu’un variant plus mortel et plus contagieux se propage, il n'est certainement pas dans l'intérêt des élèves d'être envoyés dans des écoles avec des centaines d'autres élèves, enseignants et personnels.

Il y a peu de doute que l'isolement imposé par la pandémie a eu un impact négatif sur la santé mentale, mais il est bien trop simpliste d'affirmer que la crise n'est que le résultat de la solitude causée par les fermetures d'écoles. Plus précisément, cet argument occulte délibérément les véritables causes de l'épidémie de détresse mentale qui a de profondes racines et qui est systémique.

La santé mentale aux États-Unis, en particulier chez les jeunes, ne cesse de se détériorer depuis au moins deux décennies. Selon un rapport de 2019 du National Center for Health Statistics et des CDC, les taux de suicide chez les jeunes de 10 à 24 ans, qui avaient été relativement stables entre 2000 et 2007 (6,8 décès pour 100 000), ont commencé à augmenter régulièrement après 2007 pour atteindre un taux de 10,6 décès pour 100 000 en 2017 ; soit une augmentation de 56 pour cent en seulement 10 ans. Le suicide est la deuxième cause de décès dans cette tranche d'âge au moins depuis 2017.

Dans ce contexte, il est profondément trompeur d'affirmer que les confinements dus à la pandémie sont la cause de la flambée de maladies mentales. Au contraire, la pandémie a accéléré une catastrophe de santé mentale qui se développe depuis longtemps.

La santé mentale est un phénomène social qui ne peut être considéré indépendamment de la structure politique, économique et sociale plus large de la société.

Les jeunes du nouveau millénaire ont atteint leur majorité dans une ère d'inégalités sociales ahurissantes. Ils ont grandi dans une nation qui ne cesse de faire la guerre depuis près de trois décennies. Les plus jeunes sont incapables de se souvenir d'une époque où les États-Unis n'étaient pas engagés dans un conflit armé.

Ils ont grandi dans une société où les fusillades dans les écoles et autres flambées de violence meurtrière sont fréquentes et traitées avec indifférence par la classe dirigeante; une société dans laquelle le suicide, les surdoses de drogue et les autres décès dus au désespoir sont tragiquement courants; un pays où la menace de violence brutale par les forces armées de l'État capitaliste – la police – est toujours prête à éclater; une culture qui promeut les valeurs les plus arriérées, telles que la cupidité et l'égocentrisme, et en fait des vertus.

Ajoutez à cela l'impact dévastateur de la pandémie, au cours de laquelle les membres les plus vulnérables de la société – les personnes âgées, les infirmes et les pauvres – ont été impitoyablement sacrifiés pour satisfaire la cupidité insatiable de l'oligarchie financière. D'innombrables jeunes ont sans aucun doute vu des êtres chers mourir du virus. Ils ont vu leurs parents lutter pour faire face aux difficultés économiques causées par la crise économique pandémique. Beaucoup risquent l’expulsion de leurs foyers – ou l’ont déjà vécue – du à la perte totale du revenu familial ou de sa diminution.

La pandémie a révélé plus que jamais la brutalité, l'incompétence et la dépravation morale de la société capitaliste moderne. Dans ces conditions, le désespoir et l'angoisse croissants de la jeunesse ne surprennent que les journalistes bourgeois du New York Times et Cie, qui sont à la fois aveugles et sourds aux réalités auxquelles fait face la classe ouvrière, la majorité de la société.

La presse bourgeoise tend aux travailleurs et aux jeunes un piège: soit rouvrir les écoles pour un enseignement en présentiel dans des salles de classe clairement dangereuses, soit laisser les jeunes à la maison croupir dans la solitude et le désespoir.

Pendant ce temps, les méga-fortunes des Elon Musks et des Jeff Bezos continuent de monter en flèche, nourries par un marché boursier approvisionné à l’infini en argent gratuit du Trésor et de la Réserve fédérale.

Les socialistes rejettent avec mépris cette fausse dichotomie. Sous le socialisme, les ressources de la société seraient organisées rationnellement et scientifiquement pour répondre aux besoins sociaux de la population.

Guidée par l'humanité et la raison, une société socialiste fournirait des ressources pour l'alimentation spirituelle et culturelle de la jeunesse, et mobiliserait toutes les technologies disponibles pour assurer l'éducation et la communication pendant la pandémie.

Un traitement et une thérapie de santé mentale seraient disponibles pour tous les travailleurs et leurs enfants pour les aider à faire face à l'isolement jusqu'à ce que la pandémie soit maîtrisée. Dans l'intervalle, les travailleurs et leurs familles recevraient une compensation complète.

Ceci est loin d'être un rêve utopique. Les ressources matérielles existent pour construire une société juste et humaine. Seule la lutte consciente de toute la classe ouvrière cependant, peut effectuer cette transformation. Nous exhortons tous les travailleurs et les jeunes qui sont d'accord avec cette perspective à nous contacter et à se battre pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 2 février 2021)

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