Élections aux Pays-Bas : l’ancien Parti socialiste maoïste défend l’ « immunité collective » et l’austérité

Le Premier ministre néerlandais de droite, Mark Rutte, rouvre les écoles alors que le COVID-19 déferle sur l’Europe, après avoir dirigé pendant une décennie des gouvernements d’austérité et de guerre. Le parti Liberté et Démocratie (VVD) de Rutte a néanmoins dominé les élections néerlandaises, qui se terminent aujourd’hui, grâce aux politiques réactionnaires des partis de la classe moyenne que la bourgeoisie a fait passer pour la «gauche». Parmi ceux-ci, figure en bonne place le parti socialiste des Pays-Bas (SP – anciennement maoïste).

Rutte a même rejeté les mesures de confinement limitées adoptées dans d’autres pays européens et n’a imposé que cette année un couvre-feu, obligeant les travailleurs non essentiels à rester au travail pendant toute la durée de la pandémie. En conséquence, plus de 1,1 million de personnes ont contracté le virus et plus de 16.000 sont mortes dans un pays qui ne compte que 17,3 millions d’habitants. Le PS a clairement exprimé son soutien à cette politique lors d’une récente interview de la leader parlementaire du PS, Lilian Marijnissen où elle a souligné qu’elle souhaitait entrer dans toute coalition qui accepterait d’inclure son parti.

«Notre engagement est pour un gouvernement de coalition», a déclaré Marijnissen. Interrogée pour savoir si elle envisagerait une coalition avec le VVD, qui devrait remporter les élections de manière décisive, elle a répondu: «Laissons les électeurs décider». Elle a ajouté que le VVD est «au bas de ma liste». Elle a toutefois déclaré qu’elle était ouverte à une coopération avec tout parti qui «veut rendre les Pays-Bas plus justes.»

Lilian Marijnissen (2018), Crédit: Wikimedia

Dans une interview avec des étudiants, publiée sur YouTube le 15 février, Marijnissen a réaffirmé l’engagement de son parti envers la politique d’«immunité collective» pour la réouverture des écoles. «Pensez aux tests rapides, pensez aux groupes de classe divisés en deux», a-t-elle déclaré. Une motion présentée par le PS «exige» que le gouvernement «étudie comment rouvrir l’éducation en toute sécurité».

Le PS a mené une campagne fondée sur l’acceptation de la politique d’immunité collective imposée par la bourgeoisie à travers l’Europe et sur la division de la classe ouvrière en ciblant sans relâche les musulmans et les immigrants avec des mesures d’État policier. Son programme électoral, intitulé «Agir», combine des phrases creuses et des invocations à l’activisme avec les critiques habituelles du parti à l’égard des musulmans et ses appels au renforcement des forces de police.

Le programme dénonce des «groupes non identifiés de salafistes extrêmes qui élèvent les enfants dans la haine de notre liberté et de notre démocratie». Il appelle à interdire les «prédicateurs de la haine» et à «réglementer légalement le droit de séjour des enfants enracinés dans notre pays.» Pour bien montrer qu’ils sont favorables à l’expulsion des enfants ou d’immigrés qui ne répondent pas aux critères du PS, il ajoute immédiatement après: «Les personnes qui n’ont pas droit à un permis de séjour doivent retourner dans leur pays d’origine.»

Sous le titre «Un pays plus sûr», le PS écrit: «En raison de la pénurie dans la police, davantage d’agents d’enquête extraordinaires sont nommés dans les communes. Nous voulons plus d’agents. Si les agents locaux doivent néanmoins accomplir des tâches de police, ils doivent aussi devenir des policiers, avec une formation policière et un armement adapté. Ces agents doivent faire partie de l’organisation policière, afin de garantir une bonne coopération. De cette manière, la police dispose également d’oreilles et d’yeux supplémentaires dans les quartiers», écrit le PS.

Depuis les dernières élections, le PS a renoncé à ses appels rituels à une sortie des Pays-Bas de l’UE ou de l’OTAN. À la place, il appelle à une politique militaire néerlandaise plus agressive, avec davantage de missions militaires de «maintien de la paix» à l’étranger. Dans un signe cynique au sentiment anti-guerre de masse, le PS critique «la stratégie absurde de la “guerre permanente”». Il tente de s’excuser en prétendant qu’il avait seulement accepté d’apporter un soutien «non létal» aux interventions militaires de l’OTAN en Irak et en Afghanistan.

Les appels amorphes du PS à l’«unité», ses critiques des divisions «fondées sur la couleur, le genre ou la classe» et ses invocations occasionnelles du «socialisme» sont, en réalité, de la poudre aux yeux des électeurs pour masquer sa politique réactionnaire. Le site officiel du PS cherche même à rassurer les grandes entreprises en déclarant qu’elles ne sont pas une menace, «nous ne sommes pas contre la richesse, mais nous sommes contre la pauvreté».

Le PS est né en 1972 d’une multitude de groupes maoïstes «marxistes-léninistes». Le plus important était le Kommunistische Eenheidsbeweging Nederland (KEN, ou Mouvement d’unité communiste des Pays-Bas), qui entretenait des liens avec le régime maoïste chinois. Il a conservé l’orientation nationaliste extrême commune aux partis maoïstes européens. En 1983, il a publié une brochure xénophobe, intitulée «Travail et capital étrangers», qui exigeait que les travailleurs immigrés adoptent la langue et les valeurs néerlandaises ou partent.

Le PS a abandonné son «flirt avec le maoïsme» en 1986, sous la direction de Jan Marijnissen, le père de Marijnissen, en supprimant les références à Lénine et à Marx du programme du parti et en appelant à la place à une «percée au Parlement». La direction du PS rougit à présent de ses références vides au marxisme des époques précédentes, se concentrant exclusivement sur la realpolitik «pratique» au sein et en dehors des confédérations syndicales et de la machine étatique néerlandaise.

Les agents de la classe moyenne privilégiée de ce parti ont profité de ce que les syndicats, les entreprises et les gouvernements successifs ont «négocié» des réductions massives des salaires, réduit les droits du travail et les avantages sociaux et systématiquement étranglé les grèves. Cela a permis un transfert massif de richesses vers le sommet de la société néerlandaise.

Cette redistribution constante de la richesse du bas vers le haut a de plus en plus discrédité le parti travailliste (PvdA) et les appareils syndicaux. Les organisations populistes d’extrême droite comme le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders ont cherché à tirer parti de la profonde colère sociale contre l’austérité et l’inégalité en faisant appel à la haine antimusulmane et xénophobe. Le PS, quant à lui, a conduit la colère de masse de la classe ouvrière envers l’establishment politique dans une impasse, permettant ainsi à l’extrême droite de grandir.

Pendant la pandémie, le PS a cherché à étouffer toute action, aussi limitée soit-elle, dont il craignait qu’elle puisse déclencher une opposition plus large dans la classe ouvrière.

En novembre dernier, le PS est entré en conflit ouvert avec son mouvement de jeunesse, ROOD (qui signifie «rouge»). Sa direction a expulsé plusieurs membres importants de ROOD pour leur double appartenance présumée à la Plate-forme communiste, une organisation stalinienne à la périphérie du PS et de l’appareil syndical. Le PS les a qualifiés de «communistes de bureau» qui disent «des choses très effrayantes», ajoutant: «Ils veulent armer la population pour déclencher une guerre civile».

Le PS a donc effectivement coupé les liens avec son propre mouvement de jeunesse et l’a dissous à la fin de l’année dernière ; cela au milieu d’une recrudescence massive des décès dus au COVID-19, aux Pays-Bas et en Europe. Ses affirmations sur le prétendu radicalisme de la Plate-forme communiste sont en outre absurdes. Cette organisation stalinienne s’efforce de peindre les activités parlementaires réactionnaires du PS sous de fausses couleurs «révolutionnaires», démoralisant et désorientant les jeunes qui cherchent une alternative au PS sur sa gauche.

Tout en admettant que le PS soit «complice de l’oppression de l’État et du capital», la Plate-forme communiste écrit: «Nous appelons néanmoins à voter pour le PS. Le PS a le plus grand potentiel pour se développer en un parti communiste de la classe ouvrière. Malgré les problèmes susmentionnés, le PS s’est avéré être le parti le plus cohérent contre le néolibéralisme et l’impérialisme par rapport aux autres partis “de gauche” au parlement.»

On a annoncé les élections peu de temps après l’expulsion des membres du ROOD, alors qu’une crise politique croissante engloutissait le gouvernement Rutte et la quasi-totalité de l’establishment politique. Des enquêtes ont confirmé que des fonctionnaires néerlandais accusaient à tort et à travers des familles d’immigrés de fraude aux allocations familiales, les obligeant à rembourser les allocations qu’ils avaient reçues et les ruinant par milliers. Si le PS s’est présenté comme préoccupé par les plaintes de ces familles, il avait auparavant joué un rôle central dans la création d’un climat politique favorable au ciblage virulent des musulmans et des immigrants.

Néanmoins, le PS bénéficie du soutien indéfectible d’une couche plus large de groupes de la classe moyenne et de la pseudo-gauche qui justifient chacun de ses revirements affirmant qu’on ne peut rien faire d’autre. Socialistisch Alternatief (SA), la section néerlandaise du Comité pour une Internationale des Travailleurs (CWI), minimise et couvre les objectifs politiques du PS, en écrivant: «étant donné qu’un parti ouvrier de masse n’existe pas pour représenter les intérêts politiques indépendants de la classe ouvrière dans l’élection, le Parti socialiste peut être considéré comme la meilleure option de vote pour de nombreux travailleurs.»

La politique du PS et de ses satellites politiques est complètement pourrie. Comme le Parti de gauche allemand, le Podemos espagnol et le Syriza grec, le PS néerlandais prononce quelques phrases creuses tout en soutenant l’appareil d’État néerlandais alors que la classe dirigeante manœuvre pour ramener Rutte au pouvoir pour un programme signifiant plus d’austérité et plus de morts du COVID-19.

Il faut démasquer le PS et le montrer comme il est: un sinistre piège politique, qui vise à empêcher la classe ouvrière de lutter de manière indépendante contre l’immunité collective, l’austérité et la guerre avec un programme indépendant, internationaliste et socialiste, et à l’attacher aux partis établis.

(Article paru d’abord en anglais le 17 mars 2021)

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