Le NPD joue son habituelle comédie en vociférant à propos des inégalités sociales tout en continuant à soutenir le gouvernement libéral canadien

Le congrès fédéral du Nouveau Parti démocratique, qui s’est tenu du 9 au 11 avril, a été un spectacle épouvantable. Il combinait la complaisance et l’auto-illusion avec une tentative frauduleuse de présenter les sociaux-démocrates du Canada comme des combattants pour les travailleurs.

Le NPD, qui est soutenu par les syndicats, a soutenu le gouvernement libéral de Trudeau à chaque vote parlementaire crucial depuis les élections d’octobre 2019, et a longtemps dépeint les libéraux comme des «progressistes» compatissants, mais pas assez cohérents. Pourtant, lors du congrès, les dirigeants du NPD, encouragés par un chœur de groupes de pseudo-gauche, se sont posés en critiques acerbes de Trudeau et de ses libéraux, les accusant de se plier à l’establishment des sociétés et des milliardaires.

La crainte que leur proximité avec les libéraux ne soit préjudiciable sur le plan électoral est l’un des facteurs qui a motivé la direction du NPD à tenter de mettre une certaine distance entre elle et le gouvernement. Une autre préoccupation, encore plus importante, est la croissance d’un sentiment anticapitaliste parmi les travailleurs et les jeunes, alimenté par les inégalités sociales toujours plus profondes et la gestion désastreuse de la pandémie de la COVID-19 par l’élite capitaliste canadienne.

Le chef du NPD fédéral, Jagmeet Singh, lors du congrès du NPD de 2021 (Source: Canadian Dimension)

Après des années à s’orienter toujours plus à droite, les sociaux-démocrates sentent le besoin d’opérer un changement de rhétorique. Ils adoptent le même genre de politique défendue par le sénateur et candidat malheureux à la présidence américaine Bernie Sanders et les Democratic Socialists of America, avec le même objectif: piéger les travailleurs et les jeunes de gauche dans la politique de l’establishment capitaliste.

Lors du congrès, le chef du parti fédéral, Jagmeet Singh, s’est époumoné comme s’il voulait vraiment faire voler en éclat la maison des libéraux. «L’une des choses que nous remarquons tout au long de cette pandémie très clairement, a-t-il affirmé dans son discours liminaire, c’est que les libéraux ont montré encore et encore, comment ils sont là pour les ultra-riches, et pas pour vous ou votre famille.»

Il a enchainé: «J’ai entendu dire que dans cette pandémie, nous sommes tous dans le même bateau. Je ne suis pas d’accord. Nous ne sommes pas vraiment dans le même bateau. Nous sommes certainement dans la même tempête. Mais certains d’entre nous sont dans des canots de sauvetage qui prennent l’eau, tandis que d’autres sont dans des yachts de luxe. Dans cette tempête, les libéraux continuent de se ranger du côté de ceux qui sont dans des yachts de luxe.»

Personne au congrès n’a été assez impoli pour faire remarquer que la principale raison pour laquelle les libéraux ont pu «se ranger du côté de ceux qui sont dans des yachts de luxe», c’est parce que le NPD de Singh les a maintenus au pouvoir – en fait, il a même juré que le NPD continuerait à faire de la sorte tant que la pandémie ne sera pas terminée – et que les alliés syndicaux du NPD ont systématiquement étouffé toute lutte de classe.

Il serait cependant injuste de critiquer Singh en particulier, son leadership ayant été confirmé par un vote retentissant de 87 % des délégués. Le NPD et les appareils syndicaux dans leur ensemble, y compris Socialist Caucus et le reste de la gauche anémique du NPD, sont complices de cette fraude politique.

On a fait grand cas des résolutions à consonance radicale soumises au congrès par les associations de circonscription et les Jeunes néo-démocrates, qui ont demandé «l’abolition des milliardaires», l’arrêt des exportations de matériel de défense vers Israël et le définancement de la police. Pourtant, pas une seule des quelque cinq cents résolutions soumises par les membres n’a critiqué le NPD pour son soutien à un gouvernement qui a renforcé le partenariat stratégique militaire entre le Canada et les États-Unis et qui est le fer de lance de la campagne meurtrière de la classe dirigeante pour maintenir l’économie «ouverte» pendant la pandémie. Il n’y a pas eu non plus d’opposition à l’alliance corporatiste entre les syndicats, les grandes entreprises et le gouvernement Trudeau, qui a été portée à un niveau qualitativement nouveau pendant la pandémie sur la base d’un engagement à maintenir les entreprises ouvertes à tout prix et à restructurer le capitalisme canadien pour stimuler sa «compétitivité» sur la scène mondiale, c’est-à-dire les profits des sociétés. L’attitude des sections les plus «à gauche» du parti a été résumée par le chef de Fightback (La Riposte), Alex Grant, lorsqu’il a écrit un article affirmant que le soutien du NPD au discours du Trône des libéraux de septembre 2020 était non pertinent.

Dans ce discours du Trône, les libéraux de Trudeau avaient bien stipulé qu’en cas de pic d’infections à la COVID-19, tout confinement devrait être «local» et «à court terme», ouvrant ainsi la voie aux deuxième et troisième vagues mortelles de la pandémie qui ont coûté la vie à près de 15.000 Canadiens. Le discours du Trône a également exposé les plans des libéraux visant à promouvoir le capitalisme vert et à aider les entreprises canadiennes à promouvoir leurs intérêts mondiaux dans un contexte d’âpres rivalités économiques et géopolitiques entre grandes puissances et interimpérialistes.

Ce programme d’infection et de mort massives basé sur la réouverture de l’économie et des écoles, l’exploitation accrue des travailleurs et les subventions à l’élite corporative et aux super-riches a été élaboré pendant des mois de consultations en coulisses entre les lobbyistes du monde des affaires, les dirigeants du Congrès du travail du Canada (CTC), d’Unifor et d’autres syndicats, et le gouvernement. Au début de la pandémie, le président du CTC, Hassan Yussuff, a lancé un appel à «collaborer» avec les entreprises canadiennes. Ce «front de collaboration» s’est concrétisé par les efforts déployés par les syndicats pour entasser les travailleurs dans des usines, des écoles et des entrepôts peu sûrs, et par leurs dénonciations des grèves des travailleurs pour protéger leur santé et leur vie – comme à l’usine de conditionnement de la viande de Cargill à High River, en Alberta – comme étant «illégales».

Le congrès du NPD a souligné l’appui du parti à ce programme corporatiste de droite lorsque, à l’instigation de la direction, il a voté à la majorité des deux tiers nécessaire pour augmenter la représentation syndicale aux futurs congrès du NPD. Ce changement était également lié à la crainte du NPD de perdre, face aux libéraux, l’appui politique et financier de la bureaucratie syndicale.

Au fur et à mesure que le NPD a répudié son programme national-réformiste traditionnel dans les années 1990 et le début des années 2000, il a réduit en même temps le rôle des syndicats dans les conseils du parti afin de démontrer à l’élite dirigeante qu’il abandonnait même ses prétentions les plus ténues d’être un parti ouvrier ou de la classe ouvrière. Le fait que les sociaux-démocrates ressentent maintenant le besoin de faire marche arrière pour éviter d’être totalement ignoré par les libéraux – le parti traditionnellement préféré de la classe dirigeante canadienne pour administrer le gouvernement du pays – montre à quel point les syndicats ont été intégrés dans l’establishment politique et corporatif.

Le congrès a également passé sous silence la position pro-impérialiste du NPD, notamment son approbation des plans du gouvernement Trudeau visant à acquérir de nouvelles flottes d’avions et de navires de guerre, et son soutien à la participation du Canada à une série de guerres désastreuses menées par les États-Unis au cours des trois dernières décennies.

En novembre dernier, le NPD a réagi à la victoire du démocrate Joseph Biden à l’élection présidentielle américaine en présentant une motion au Parlement, qui a obtenu un soutien unanime, demandant au gouvernement d’approfondir le partenariat militaro-stratégique de longue date du Canada avec l’impérialisme américain et d’accorder à Biden le privilège de s’adresser à une session conjointe de la Chambre des communes et du Sénat.

La politique étrangère de l’administration Biden, qui est pleinement approuvée par l’élite dirigeante canadienne, est basée sur une escalade provocatrice de son offensive diplomatique, militaire et économique contre la Chine et la Russie. Cela a considérablement accéléré le danger d’une guerre catastrophique, comme en témoignent le renforcement militaire dans la région de la mer Noire et les tensions croissantes avec Beijing au sujet de Taïwan ces dernières semaines. Dans un document approuvé lors d’un sommet bilatéral canado-américain en février, Trudeau a clairement indiqué que l’impérialisme canadien s’alignera sur les États-Unis dans un tel conflit en s’engageant, entre autres, à moderniser NORAD et à soutenir la politique de guerre commerciale antichinoise de Washington.

Le NPD a également signalé combien il soutient lui aussi l’offensive militaro-stratégique des États-Unis contre la Chine, jusqu’à y compris un conflit militaire catastrophique, en s’alignant à plusieurs reprises avec les conservateurs de la droite dure pour attaquer le gouvernement libéral par la droite parce qu’il serait trop mou envers Beijing. Dernier exemple en date, la semaine dernière, les députés néo-démocrates ont soutenu à l’unanimité une motion des conservateurs déclarant que la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen était une «candidate idéale» pour le prix John McCain de leadership en matière de service public décerné par le Halifax International Security Forum, et en demandant au gouvernement de continuer à financer ce forum, pourtant créé sous le gouvernement Harper pour faciliter une collaboration plus étroite entre les dirigeants politiques et militaires américains et canadiens.

La tentative pathétique du NPD de se présenter comme une alternative de «gauche» a été considérablement renforcée par la couverture extrêmement favorable que la convention a reçue des médias du monde des affaires. Le réseau de Radio-Canada (CBC), le Hill Times et même le journal néoconservateur National Post, ont publié de longs articles présentant en détail diverses résolutions «radicales», dont aucune n’a pu être adoptée au congrès, y compris des propositions visant à éliminer les milliardaires par le biais d’un impôt de 100 % sur toute richesse dépassant le seuil de 999 millions de dollars et l’abolition des Forces armées.

La grande attention médiatique accordée à ces résolutions apparemment «de gauche» s’explique par le fait que l’élite dirigeante sait pertinemment que le NPD ne votera jamais en leur faveur, et qu’il ne les mettra encore moins en œuvre, et que les références du NPD comme étant un parti «socialiste» doivent être renforcées afin d’empêcher les travailleurs et les jeunes radicalisés de trouver le chemin d’une véritable organisation socialiste. Cette dernière tâche est accomplie avant tout par les groupes de la pseudo-gauche, dont le Caucus socialiste, La Riposte et International Socialists, qui opèrent tant au sein qu’autour du NPD, et qu’ils présentent de façon absurde comme un «parti de masse de la classe ouvrière».

Finalement, les délégués du NPD n’ont appuyé que diverses résolutions non contraignantes, notamment un salaire minimum de 20 $, un impôt de 1 % sur la richesse supérieure à 20 millions de dollars et la fin des soins de longue durée privés. Les membres de la «gauche» du parti ont célébré l’adoption d’une résolution demandant un embargo canadien sur le commerce avec les zones occupées illégalement par les colons israéliens en Cisjordanie, ainsi que la fin des exportations militaires ou liées à la défense vers Israël. L’inutilité de ces mesures est démontrée par le fait que sur les 29 résolutions adoptées lors du précédent congrès du NPD, 14 ont été arbitrairement exclues du livre des politiques du parti. Même les résolutions qui sont incluses dans le livre des politiques après avoir été soigneusement examinées par la direction ne figurent pas automatiquement dans les campagnes électorales. De plus, une fois au pouvoir, le NPD, comme en témoignent des décennies d’expérience amère, a toujours fait des génuflexions devant les grandes entreprises et abandonné même ses timides propositions de réforme pour finalement finir par imposer le programme de la classe dirigeante.

(Article paru en anglais le 20 avril 2021)

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