L’Organisation mondiale de la santé déclare le B.1.617, d’abord identifié en Inde, quatrième variant inquiétant

À son point de presse sur le COVID-19, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré lundi que le B.1.617, variant hautement contagieux identifié pour la première fois en Inde, était inquiétant et donc désormais considéré comme une menace pour la santé mondiale. «Après consultation de notre groupe de travail sur l’évolution du virus, de nos équipes d’épidémiologie et de nos équipes de laboratoire en interne, certaines informations disponibles suggèrent une transmissibilité accrue de B.1.617», a expliqué la Dr Maria Van Kerkhove, responsable technique pour la pandémie de COVID-19.

Elle a ajouté que ce variant pouvait également réduire une neutralisation par les anticorps, ce qui implique qu’il a la capacité d’échapper dans une certaine mesure à l’immunité. Une des principales raisons de le classer comme variant inquiétant. Cette désignation s’utilise pour les mutations qui se sont avérées plus contagieuses, plus mortelles ou plus résistantes aux vaccins COVID-19 actuellement utilisés.

Un agent de santé prélève un échantillon de la bouche d’un garçon du Cachemire pour tester le COVID-19 à Srinagar, dans le Cachemire sous contrôle indien, le samedi 8 mai 2021. (AP Photo/Dar Yasin)

Avec les souches B.1.117 (variant britannique), B.1.351 (variant sud-africain) et P.1 (variant brésilien), la souche B.1617 est la quatrième du virus SRAS-CoV-2 à avoir subi une mutation vers une forme plus virulente et plus transmissible. Elle s’est développée indépendamment sous la pression de la contagion de masse, provoquée par une politique criminelle d’‘immunité collective’ qui menace de rendre le coronavirus endémique.

Le variant B.1.617 qui est à l’origine de la vague massive d’infections en Inde et dans les pays voisins, comme le Népal, comporte trois sous-lignées. Le B.1.617.3 fut détecté pour la première fois dans le Maharashtra, en Inde, le 5 octobre 2020. Mais il est resté la forme peu commune par rapport aux deux sous-lignées B.1617.1 et B.1.617.2, observées pour la première fois en décembre.

Le nombre quotidien moyen de cas de COVID-19 en Inde approche les 400.000, et le nombre officiel de décès quotidiens, largement sous-estimé, est proche de 4.000. Le décompte officiel actuel pour l’Inde fait état de plus de 23 millions de cas de COVID-19 et de plus d’un quart de millions de décès. Des estimations plus récentes placent ce dernier chiffre au-dessus du million.

Dans des modèles animaux récents, le variant B1.617.1 a montré une charge virale et une pathogénicité plus élevées que le variant B.1. Les premières données suggèrent que le B.1.617 est plus transmissible et échappe plus au système immunitaire que les mutants B.1.117 et B.1.618. Au Bengale occidental, État d’Inde orientale situé entre l’Himalaya et le golfe du Bengale, où le B.1.618 contenant la mutation E484K était dominant, celui-ci a été supplanté par la lignée B.1.617. En outre, la lignée B.1.617 s’est répandue dans 40 autres pays, dont le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada.

Le Dr Sujeet Singh, directeur du Centre national de prévention et de contrôle des maladies de New Delhi, a déclaré lors d’une conférence de presse le 5 mai: «Dans certains États, la poussée peut être liée à B.1.617».

Lignée B.1.617 du SRAS-CoV-2

Le Dr Shahid Jameel, virologue à l’université Ashoka de Sonipat et président du groupe consultatif scientifique du consortium indien de séquençage du génome du SRAS-CoV-2 (INSACOG), a ajouté: «Sa prévalence a augmenté par rapport à d’autres variants dans une grande partie de l’Inde, ce qui suggère qu’il a une meilleure “aptitude” par rapport à ces [autres] variants.» Dans un premier temps, en octobre, l’INSACOG n’avait détecté que quelques cas de ce type. À la mi-février, le B.1.617 représentait 60 pour cent de tous les cas de SRAS-CoV-2 détectés au Maharashtra.

L’émergence de la souche B.1.617 a coïncidé avec l’affirmation du Premier ministre indien Narendra Modi que les politiques du Bharatiya Janata Party au pouvoir avaient vaincu le virus. Modi a ensuite autorisé des dizaines de milliers de personnes à assister à des matchs de cricket en mars et a accueilli des millions de pèlerins hindous dévots au festival Kumbh Mela, le long du Gange, qui pourrait bien devenir le plus grand événement super-propagateur de la pandémie.

La lignée B.1.617 possède 13 à 17 mutations, dont trois dans la protéine de pointe du virus. La mutation E484Q semble conférer au virus une capacité de liaison accrue au récepteur ACE2 humain et une meilleure capacité à échapper au système immunitaire que les autres variants. La mutation L452R apporte une amélioration des fonctions similaires à celle de la mutation E484Q. La troisième mutation, P681R, peut augmenter l’infectivité des particules virales en facilitant l’épissage d’une protéine précurseur unique dans sa conformation active infectieuse, une clé de contact microscopique.

Des études in-vitro limitées menées sur des cellules pulmonaires et intestinales humaines en Allemagne par le Dr Stefan Pöhlmann et ses collègues suggèrent que le nouveau variant en question pénètre modérément mieux dans ces cellules que les souches précédentes.

Ils ont également recueilli le sérum de 15 personnes précédemment infectées et ont constaté que leurs anticorps neutralisants étaient environ 50 pour cent moins efficaces contre B.1.617 que les souches précédentes. Lorsqu’ils ont obtenu du sérum de personnes complètement inoculées avec le vaccin COVID-19 de Pfizer, ces anticorps étaient 67 pour cent moins puissants.

Le Dr Ravindra K. Gupta et ses collègues de l’INSACOG ont constaté que les anticorps neutralisants obtenus à partir d’une poignée de personnes vaccinées étaient 80 pour cent moins puissants contre ces mutations. Les chercheurs de l’INSACOG ont noté que certains travailleurs de la santé de Delhi qui avaient reçu la version indienne du vaccin d’AstraZeneca, connue sous le nom de Covishield, ont été réinfectés, dans la plupart des cas par le variant B.1617. Le Dr Gupta a toutefois précisé que cela ne signifiait pas que les vaccins étaient inefficaces pour prévenir les maladies graves ou les hospitalisations.

Il y a un besoin urgent d’études basées sur la population pouvant répondre à ces questions dans un contexte réel. Quoi qu’il en soit, ces développements ne font que renforcer le point crucial que des mesures sanitaires globales sont de plus en plus nécessaires. Mais alors que les pays à revenu élevé commencent à avoir une partie importante de leurs populations vaccinées ou infectées, la campagne de réouverture de l’économie s’est accélérée dans le monde. Entre-temps, la pandémie s’est étendue à des régions plus pauvres qui avaient quelque peu échappé aux griffes du virus la première année.

Comme l’a déclaré lundi le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, «globalement, nous sommes toujours dans une situation périlleuse. La propagation des variants, l’augmentation de la mixité sociale, le relâchement des mesures de santé publique et une vaccination inéquitable sont autant de facteurs qui favorisent la transmission. Oui, les vaccins réduisent les maladies graves et les décès dans les pays qui ont la chance de les avoir en quantité suffisante, et les premiers résultats suggèrent que les vaccins pourraient également faire baisser la transmission».'

Il a ajouté: «Mais la disparité mondiale choquante dans l’accès aux vaccins reste l’un des plus grands risques pour mettre fin à la pandémie.» Avec 1,32 milliard de doses administrées dans le monde, soit 17 doses pour 100 personnes, les différences selon les revenus sont flagrantes et révélatrices. En Amérique du Nord, 52 doses ont été administrées pour 100 personnes. L’Europe est passée à 35 doses pour 100 personnes. Pendant ce temps, l’Amérique du Sud avec 20, l’Asie avec 14, l’Océanie avec sept, et l’Afrique avec 1,5 dose pour 100, mettant en évidence l’iniquité qui caractérise les relations capitalistes entre les États-nations.

En raison de l’interdiction d’exporter des stocks de vaccins, les États-Unis ont livré pour la première fois le vaccin de Pfizer à un autre pays la semaine dernière, en l’occurrence 10 millions de doses au Mexique, après que les restrictions du gouvernement Trump sur les exportations de vaccins ont expiré fin mars, selon WebMD. Le gouvernement Biden avait également annoncé qu’il allait finalement envoyer 60 millions de doses de vaccins COVID-19 d’AstraZeneca non utilisées à d’autres pays. Jusqu’à présent, la majeure partie des exportations de vaccins provenait de la Chine, de l’Inde et de l’UE.

Posant une question essentielle, le journaliste Michael Butokiev, de CNN Opinion, a demandé au panel de l’OMS: «Je me demandais si vous pouviez préconiser un code de conduite pour les pays qui s’engagent dans la diplomatie du vaccin, car je pense que beaucoup de pays pauvres, et le Dr Tedros a mentionné que les pays les plus pauvres ne recevaient pas assez de vaccins, se mettent dans des situations qu’ils pourraient regretter plus tard».

La Dr Mariangela Simao, sous-directrice générale pour l’accès aux médicaments et aux produits de santé, a répondu: «En ce qui concerne la facilité COVAX, qui est un mécanisme d’accès équitable, nous y travaillons beaucoup et nous nous efforçons de distribuer suffisamment de doses. Je dirais que nous avons également besoin d’un changement dans le… Ce n’est pas nécessairement le code de comportement, mais je pense que nous voyons aussi que nous vivons dans un monde où beaucoup de producteurs s’orientent vers une approche axée sur le profit au lieu d’une approche d’accès équitable.»

Le Dr Tedros a ensuite complété ces remarques en déclarant: «Dans les relations internationales, il y a trois façons de s’engager… La première est la coopération, la deuxième la concurrence et la troisième la confrontation ou le conflit. Pour mettre fin à cette pandémie, le seul choix que nous avons est la coopération. La diplomatie du vaccin n’est pas une coopération. C’est en fait une manœuvre géopolitique. Je ne pense pas que ce soit quelque chose que beaucoup ne comprennent pas; tout le monde le comprend, mais du côté de l’OMS, nous avons dit que nous ne pouvons pas vaincre cette pandémie par la compétition. Nous ne le pouvons pas. Si vous vous disputez les ressources pour obtenir un avantage géopolitique, alors le virus prend l’avantage».

(Article paru d’abord en anglais le 12 mai 2021)

Loading