Coronavirus : le variant Delta s’étend à 74 pays et les données suggèrent qu’il deviendra la mutation dominante dans le monde.

Le variant Delta du coronavirus, détecté pour la première fois en Inde, s’est maintenant propagé à au moins 74 pays, selon des informations regroupées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une résurgence massive de la pandémie menace alors que les réouvertures se poursuivent à un rythme soutenu dans le monde.

On a échantillonné pour la première fois ce variant en octobre dernier et il est très probablement responsable de la multiplication par 35 du nombre de cas signalés en Inde entre février et mai, où il a atteint un pic de plus de 390.000 cas par jour ; le nombre des décès quotidiens étant lui, multiplié par 45 avec un pic de 4.500 décès signalés. À ce jour, l’Inde a enregistré 29,6 millions de cas connus de coronavirus et au moins 377.000 décès officiellement recensés, un chiffre largement considéré comme bien inférieur au nombre réel.

SRAS-CoV-2 (Image: Centers for Disease Control and Prevention)

Il y a eu plus de 177 millions de cas de coronavirus dans le monde et au moins 3,8 millions de gens en sont morts.

Aujourd’hui, le variant Delta est en plein essor dans tout le Royaume-Uni. Depuis la mi-mai, les nouveaux cas y ont plus que triplé pour atteindre près de 7.500 par jour, dont au moins 90 pour cent sont dus au variant Delta, selon l’agence gouvernementale Santé publique Angleterre (Public Health England – PHE).

Aux États-Unis, on craint qu’une tendance similaire ne se développe. Cette mutation y représente aujourd’hui environ 10 pour cent des nouveaux cas. L’ancien commissaire de l’Administration des aliments et médicaments (Food and Drug Administration – FDA) Scott Gottlieb a averti sur CBS que les personnes touchées par le variant Delta avaient «une charge virale plus élevée» et «excrètaient davantage de virus».

Selon les Centres de contrôle et prévention des maladies (CDC), le variant Delta est le troisième variant le plus répandu aux États-Unis, venant après les variants Alpha (Royaume-Uni) et Gamma (Brésil). Mais il est le deuxième variant le plus répandu dans les régions 2, 7 et 8 du Département de la Santé et des services sociaux, qui couvrent le Colorado, l’Iowa, le Kansas, le Missouri, le Montana, le Nebraska, le New Jersey, New York, le Dakota du Nord, Porto Rico, le Dakota du Sud, l’Utah, les îles Vierges et le Wyoming.

En outre, le nombre de cas causés par le variant Delta a plus que triplé au cours des deux dernières semaines, une tendance qui indique qu’elle deviendra probablement dominante aux États-Unis d’ici la fin du mois de juin si elle continue à se propager au même rythme.

Les cas ont également augmenté de 37 pour cent en Indonésie au cours des sept derniers jours en raison de la nouvelle mutation. D'autres foyers ont été détectés en Chine, en Asie du Sud, dans la région du Pacifique et en Afrique.

Dû à ces épidémies, la diminution du nombre de cas quotidiens dans le monde a commencé à ralentir. Selon l’OMS, si le nombre de nouveaux cas a diminué pendant sept semaines consécutives en grande partie grâce aux efforts de vaccination, ce déclin cache une croissance des cas causés par le variant Delta, en particulier dans les régions où les taux de vaccination sont faibles. «Cela signifie», comme l’a déclaré le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, «que les risques ont augmenté pour les personnes qui ne sont pas protégées, c’est-à-dire la majeure partie de la population mondiale».

Les risques sont multiples. Une étude menée par PHE sur les cas du variant Delta en Angleterre a révélé qu’il provoquait 2,61 fois plus d’hospitalisations que le variant Alpha et environ 4,1 fois plus d’hospitalisations que la souche originale. Le variant Delta est également beaucoup plus transmissible, entre 50 et 60 pour cent plus infectieux qu’Alpha, donc plus de deux fois plus infectieux que le coronavirus d’origine.

La capacité de propagation du variant Delta a été quantifiée par divers chercheurs et responsables sanitaires. En Australie, le directeur général adjoint de la santé de l’État de Victoria, Allen Cheng, a noté que le taux de reproduction (R0) du variant Delta est probablement d’environ 5, ce qui signifie qu’une personne infectée par le virus le transmettrait à cinq autres s’il n’était pas contrôlé. Les modélisateurs de maladies de l’Imperial College de Londres estiment que le R0 du variant Delta pourrait atteindre 8.

En comparaison, on estime le R0 du coronavirus original entre 2,0 et 2,5. En d’autres termes, si 10 personnes sont infectées par le variant original, environ 1.520 personnes seraient infectées au bout de quatre semaines si l’on ne prend aucune mesure pour contenir le virus. En revanche, dix personnes infectées par le variant Delta infecteraient 4 millions de personnes au cours de cette même période. Des taux de reproduction aussi élevés expliquent pourquoi des virus comme celui de la rougeole sont si dangereux et pourquoi tant d’efforts sont déployés pour développer et distribuer des vaccins.

Bien entendu, les virus ne se propagent généralement pas aussi rapidement, grâce aux mesures sanitaires, aux vaccins et à notre propre système immunitaire. Les vaccins contre le coronavirus, par exemple, se sont révélés largement efficaces pour prévenir les maladies graves et les décès causés par le variant Delta.

La transmissibilité beaucoup plus élevée signifie toutefois qu’un plus grand nombre de personnes devront être vaccinées pour arrêter la propagation de ce variant s’il devient dominant, ce qu’il est sur le point de faire. Alors que les estimations précédentes du seuil d’immunité collective prévoyaient la vaccination d’au moins 70 pour cent de la population mondiale, le variant Delta implique un taux de vaccination nécessaire de 80 à 85 pour cent, soit une différence d’environ 800 millions à 1,2 milliard d’êtres humains.

De plus, les vaccins ne sont efficaces contre le variant Delta qu’après vaccination complète. La protection contre l’infection après une seule dose du vaccin Pfizer, par exemple, n’est efficace qu’à 36 pour cent, au mieux, pour prévenir une infection grave, selon les chiffres du PHE. Par conséquent, des milliers de malades au Royaume-Uni ont jusqu’à présent contracté le variant Delta après n’avoir reçu qu’une première dose de vaccin.

Ces infections présentent un danger supplémentaire pour la population, britannique et mondiale: si le variant Delta n’est pas lui-même résistant au vaccin, sa capacité à infecter des personnes partiellement vaccinées signifie qu’il existe une forte possibilité qu’il évolue pour le devenir totalement. Si une telle « mutation d’échappement» devait se développer, elle relancerait la pandémie avec plus de virulence que jamais.

La solution à une telle catastrophe potentielle consiste à la fois à accélérer la distribution des vaccins dans le monde et à maintenir et étendre les mesures sanitaires globales. Comme l’a fait remarquer lundi le Dr Mike Ryan, directeur exécutif de l’OMS, «je voudrais juste peut-être nous rappeler à tous que, je crois, en 2020, nous avons dépensé près de 2.000 milliards de dollars. Je pense que c’était autour de 1.981 milliards de dollars en dépenses de défense dans le monde. Les 16 milliards de dollars [nécessaires à l’OMS pour vacciner le monde] représentent moins de 1 pour cent des dépenses annuelles de défense militaire dans le monde. Nous pouvons certainement nous permettre de dépenser 1 pour cent de cette somme pour sauver des vies et mettre fin à cette pandémie».

Et comme l’a fait remarquer le Dr Tedros, alors que «les taux de vaccination élevés ont permis de ramener les cas et les décès dus au COVID-19 à des niveaux proches du record» dans les pays les plus riches du monde, la plupart des pays «continuent de s’appuyer uniquement sur les mesures sociales et sanitaires» comme les confinements, les masques, les tests et la recherche des contacts, «qui ont constitué l’épine dorsale de la réponse jusqu’à présent».

Mais ces mesures sont abandonnées en bloc. Aux États-Unis, par exemple, sous l’impulsion du gouvernement démocrate de Joe Biden, on a largement abandonné les masques et les écoles et lieux de travail doivent rouvrir complètement à l’automne. On ne pense guère aux 600.000 vies déjà perdues dans ce seul pays, ni aux autres sommets qu’atteindra la mort de masse causée par l’abandon de pratiquement toutes les mesures sanitaires alors même que continue de progresser le coronavirus le plus dangereux à ce jour.

(Article paru d’abord en anglais le 16 juin 2021)

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