Les syndicats français ont appelé jeudi à faire grève d’une journée parmi certains cheminots et le premier jour d'une grève de cinq jours du personnel des aéroports Charles de Gaulle et Orly à Paris.
Les syndicats n'ont pas publié de déclaration sur le nombre de travailleurs participant à la grève dans les aéroports parisiens. À 11h00, le secrétaire général de l’union locale parisienne du syndicat UNSA, Laurent Gassine, a tweeté que 30 pour cent des vols à l' aéroport d' Orly avaient été retardés de 15 minutes à une heure. L'agence de presse AFP a rapporté que les vols étaient peu perturbés. Les aéroports parisiens ont déclaré qu’ils s’attendaient à des retards de vols jusqu'à lundi en raison de la grève.
Dans les chemins de fer, la grève d’une journée déclenchée par la Confédération générale du travail (CGT) a perturbé les trains express régionaux TER à l'échelle nationale. Elle n'a pas eu d'impact sur les lignes TGV ou de métro. Les dessertes TER ont été perturbées en Auvergne-Rhône-Alpes, Pays de la Loire, Bretagne, Grande-Est, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.
Jeudi également, les syndicats ont annoncé qu'ils annulaient leurs préavis de grève pour le week-end des 3 et 4 juillet sur les réseaux ferroviaires nationaux Ouigo.
La participation à ces grèves a été faible, malgré une opposition croissante des travailleurs contre l'offensive en cours par les employeurs. Les actions annoncées jeudi étaient des événements symboliques que les travailleurs français ne connaissent que trop bien. Annoncées sans revendications claires ni tentative de mobilisation d'un soutien plus large dans la classe ouvrière, elles ne visent qu'à servir de soupape de sécurité auprès des travailleurs et à les démoraliser, tandis que les bureaucraties syndicales concluent un accord avec la direction.
Les salariés des compagnies aériennes sont confrontés à un important plan de réduction des coûts par les Aéroports de Paris (Groupe ADP), qui comprend les aéroports Charles de Gaulle, Orly et Le Bourget. Le Groupe ADP, qui emploie plus de 5.000 salariés, négocie avec les syndicats un Plan d'adaptation des contrats de travail qui supprime de nombreuses primes aux salariés. Selon les syndicats, cela représenterait une réduction de salaire allant jusqu'à 20 pour cent, tandis que l'entreprise elle-même admet que cela signifierait une réduction de salaire de 4 à 8 pour cent. Les travailleurs refusant de signer le nouveau contrat selon ces termes seraient licenciés.
Une action de protestation d'une journée convoquée par les syndicats le 18 juin devant le siège du groupe ADP a impliqué quelque 700 personnes, pour la plupart des opérationnels. «La direction nous épuise psychologiquement et financièrement», confie au journal Le Monde Ramesh Monsard, 44 ans, qui a travaillé pendant 20 ans comme responsable du parking de la plate-forme chez ADP.
Les syndicats ne s'opposent pas aux plans de restructuration de l'entreprise. Il y a seulement sept mois, ils ont signé un accord avec ADP pour un plan de départs «volontaires» qui a conduit à la suppression de 1.250 emplois, soit un sixième de l'effectif total.
À l'époque, les syndicats justifiaient cette démarche en affirmant qu'elle mettrait un frein à d’autres attaques de l'entreprise. La direction d'ADP a publié un communiqué indiquant qu'elle offrirait une opportunité de collaborer encore plus étroitement avec les syndicats. «Afin de donner une nouvelle chance au dialogue social et d'éviter toute suppression d’emploi contrainte [...] la direction a souhaité proposer un nouveau projet d’accord de rupture conventionnelle collective», a-t-elle précisé.
Côté chemin de fer, le communiqué de la CGT annonçant la grève symbolique de jeudi ne comportait aucune revendication concrète, appelant à «de réelles négociations pour un statut social de haut niveau» et à «l’arrêt des réorganisations». Il ne faisait même pas une référence symbolique à l'imposition de la restructuration liée à la réforme ferroviaire de 2018 du président Emmanuel Macron. Alors qu'il y a une énorme opposition à la réforme parmi les travailleurs, Macron l'a négociée en étroite collaboration avec les syndicats.
En vertu du nouveau statut de la SNCF, plus de 23.000 travailleurs sur les 150.000 ne bénéficient pas de l'ancien statut des cheminots, ce qui entraîne une réduction importante de leurs salaires et conditions de travail. La réforme a initié la privatisation complète du réseau ferré national SNCF, qui fut nationalisé après la Seconde Guerre mondiale.
En 2018, les salariés de la SNCF ont mené une grève acharnée contre la réforme ferroviaire de Macron. La CGT et d'autres syndicats ont isolé la grève, refusant de mobiliser toute action plus large des travailleurs contre la privatisation et ont plutôt lancé une série d'arrêts de travail ponctuels (appelée grève perlée) qui visait à démoraliser les grévistes pendant des mois. Les syndicats, qui avaient déjà négocié le projet de loi avec Macron au fil des mois, travaillèrent pour trahir la grève et imposer la réforme de Macron.
Les syndicats ont collaboré avec le gouvernement tout au long de la pandémie de coronavirus pour imposer la politique «d’immunité collective» de Macron, s'opposant à toute grève pour fermer la production non essentielle qui empêcherait la propagation du virus mais aurait eu un impact sur les bénéfices des entreprises. Le résultat de ces politiques à travers l'UE a été la mort de plus de 110.000 personnes en France et de plus de 1,1 million sur le continent. La richesse des 684 milliardaires européens a grimpé de plus de 1.000 à 3.000 milliards de dollars au cours de la même période.
Le gouvernement Macron et les syndicats sont conscients que cela n'a fait qu'approfondir l'opposition des cheminots à la politique de la classe dirigeante. Alors que des milliers de milliards d'euros ont été remis aux grandes banques et entreprises sous la forme de plans de relance de l'UE, le financement de ces mesures doit être récupéré à travers une offensive renforcée sur les droits sociaux de la classe ouvrière.
Pour qu'une lutte aboutisse, cependant, elle doit être menée en dehors du contrôle des appareils syndicaux pro-patronat. Les travailleurs des chemins de fer et des transports en commun devraient former leurs propres comités d'action, indépendants des syndicats, pour organiser une lutte et faire appel aux travailleurs à travers la France et l'Europe. Celles-ci doivent être orientées vers une nouvelle perspective politique, basée sur la lutte pour des gouvernements ouvriers, la transformation des grandes entreprises privées en services publics démocratiquement contrôlés par la population laborieuse, et la réorganisation socialiste de l'économie en fonction des besoins sociaux et non du profit privé.
(Article paru en anglais le 2 juillet 2021)
