Les pays d’Asie de l’Est touchés par la vague mondiale du variant Delta

Au cours de la semaine se terminant le 18 juillet 2021, le variant Delta a été détecté dans 13 nouveaux pays, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Au total, il a été détecté dans 124 pays et continue de se propager dans le monde, devenant la souche dominante dans la phase actuelle de la pandémie. Le nombre de cas de COVID-19 signalés dans le monde devrait dépasser les 200 millions au cours de la première quinzaine d’août. Près de 4,2 millions de personnes ont péri.

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a mis en garde: «Ce n’est pas seulement un scandale moral, c’est aussi un échec épidémiologique et économique... La pandémie est un test, et le monde échoue. Dix-neuf mois après le début de la pandémie, et sept mois après l’approbation des premiers vaccins, nous sommes maintenant aux premiers stades d’une nouvelle vague d’infections et de décès.»

Qui plus est, le variant Alpha, découvert pour la première fois au Royaume-Uni, est désormais apparu dans 180 pays et huit autres pays l’ont détecté. Le variant Beta, signalé pour la première fois en Afrique du Sud, est présent dans 130 pays, contre 123 la semaine dernière. Le variant Gamma, qui a été détecté au Brésil, a été trouvé dans 78 pays. Trois autres pays ont détecté ce variant la semaine dernière.

Des personnes portent des masques pour se protéger contre la propagation du coronavirus après que l’alerte COVID-19 soit passée au niveau 3 à Taipei, Taïwan, lundi 12 juillet 2021. (AP Photo/Chiang Ying-ying)

Outre la plus grande capacité du virus à infecter, ce qui est à l’origine de cette nouvelle vague mondiale d’infections, c’est l’assouplissement des mesures de santé publique en vue de stimuler le commerce. Et un grand nombre de personnes vulnérables restent susceptibles d’être infectées par le SRAS-CoV-2 en raison de la politique de nationalisme en matière de vaccins qui a fortement limité l’accès à ces traitements essentiels.

La pandémie à «deux vitesses», telle que décrite par le Dr Ghebreyesus, n’affecte pas seulement les nations pauvres. Les pays d’Asie de l’Est qui avaient mis en œuvre des mesures de santé publique plus robustes pour freiner la propagation communautaire rapide au début de la pandémie sont confrontés à un moment calamiteux. Leurs populations restent pour la plupart immunologiquement naïves et sont très exposées aux infections par ces versions plus transmissibles et mortelles. Les épidémies actuelles de nouveaux cas s’avèrent difficiles à contenir et ces pays manquent de vaccins.

Taïwan, qui n’a vacciné complètement qu’un pour cent de sa population, et 27 pour cent partiellement, a été confronté à la mi-mai à une soudaine poussée de cas qui a vu les cas grimper jusqu’à un pic de 600 cas de COVID-19 par jour, pour un total cumulé de 15.600 cas. Avant l’explosion des cas, le nombre de décès s’élevait à 12. Il est maintenant de près de 800. En dépit d’une ampleur relativement faible, le taux brut de létalité de 5 % témoigne du caractère mortel de la contagion dans une nation insulaire où l’âge médian est de 42,5 ans, alors que l’âge médian mondial est de 29,6 ans. La vague a été attribuée au variant Alpha.

Pendant plus de 12 mois avant la première vague, Taïwan a eu recours à des mesures de traçage et de quarantaine pour contenir le virus, limitant le nombre total de cas à environ un millier. Dans la plupart des cas, les activités commerciales et sociales telles que les marchés, les restaurants et les événements sportifs n’ont pas tourné à plein régime.

Selon le Sydney Morning Herald, un pilote d’avion-cargo indonésien a quitté Taïwan pour se rendre en Australie où il a été confirmé porteur de la COVID-19. Deux de ses contacts proches ont également été confirmés porteurs du coronavirus. Avant de devenir symptomatiques, ils avaient visité des mosquées et divers lieux à Taipei et Taoyuan City. Le Centre de contrôle des maladies de Taïwan a établi que l’épidémie de mai était due au pilote indonésien.

Un confinement partiel de dix semaines – fermeture des écoles, des restaurants, des bars et des salles de sport, port obligatoire d’un masque dans tous les lieux, y compris à l’extérieur, et interdiction pour les non-résidents d’entrer à Taïwan – a été mis en place pour maîtriser l’épidémie. Ces mesures sont en train d’être assouplies, car le nombre de cas a diminué pour atteindre un nombre à deux chiffres. Des efforts de rattrapage sont en cours pour se procurer des vaccins COVID-19 dans le but d’inoculer la population d’ici décembre.

Le Vietnam, avec une population de près de 100 millions d’habitants, n’a pas l’avantage de l’isolement géographique de Taïwan, car il partage de longues frontières poreuses avec la Chine, le Laos et le Cambodge. Il a également l’un des taux de vaccination les plus faibles de toute l’Asie du Sud-Est. Moins de 0,5 % de sa population est entièrement vaccinée.

Cependant, jusqu’à récemment, le Vietnam avait des taux d’infection et de mortalité parmi les plus bas du monde. C’était également la seule économie d’Asie du Sud-Est, selon The Diplomat, à avoir réussi une croissance économique positive en 2020. Avec la nouvelle de la propagation de l’infection en Chine au début de 2020, le pays a rapidement pris des mesures pour fermer ses frontières et mettre en œuvre un programme rigoureux de prévention de la santé publique.

Des années d’expérience avec divers virus zoonotiques tels que le SRAS et les virus de la grippe aviaire ont permis de développer un solide leadership en matière de santé publique et des programmes efficaces impliquant la mise en place de quarantaines rigoureuses et la recherche des contacts.

Parallèlement à l’explosion des cas de du variant Delta en Inde, vers la mi-mai, le nombre de cas quotidiens au Vietnam a commencé à augmenter lentement au début, puis a explosé au début du mois de juillet avec une hausse presque verticale des nouveaux cas. La moyenne mobile sur sept jours est passée de 339 cas par jour le 26 juin à 6377 actuellement, soit une multiplication par près de 20. Sur les presque 100.000 cas de COVID-19, 85 % ont été enregistrés au cours des 30 derniers jours. Le taux de mortalité monte également en flèche, bien qu’en termes absolus, le nombre de décès reste faible, à seulement 500.

Malgré les premiers succès remportés dans la lutte contre les infections, le Vietnam est confronté à un «moment périlleux», car le gouvernement tente de se procurer des vaccins contre la COVID-19 par des achats directs auprès de Pfizer, Moderna, Sputnik (Russie), Taïwan et de l’installation COVAX de l’OMS. Toutefois, le Vietnam ne s’attend pas à en recevoir avant la fin de l’année, au plus tôt.

Soucieux de relancer son secteur biotechnologique pendant la pandémie, le pays s’est appuyé sur le développement de ces traitements à l’aide de produits pharmaceutiques nationaux. Nombre de ces vaccins en sont encore aux essais de phase deux et trois, faute de cas au Vietnam nécessaires pour mener à bien le processus.

Mais la semaine dernière, Hanoi a annoncé un confinement de 15 jours, le coronavirus s’étant propagé à partir de la région méridionale du delta du Mékong. Toutes les activités de plein air ont été suspendues. Les rassemblements de plus de deux personnes sont interdits. Toutes les entreprises non essentielles ont reçu l’ordre de fermer.

La Corée du Sud a été confrontée à plusieurs vagues d’infections tout au long de la pandémie, mais a toujours été en mesure de les endiguer rapidement. Toutefois, depuis le pic hivernal, elle a dû faire face à un nombre quotidien constant de nouvelles infections. En juillet, le nombre de nouveaux cas a recommencé à augmenter, atteignant un pic de plus de 1500 par jour.

La Corée du Sud a signalé près de 200.000 cas de COVID-19 depuis le début de la pandémie. Le nombre de décès n’a que récemment dépassé la barre des 2000. Seuls 13 % de la population ont été entièrement vaccinés, et 27 % ont reçu au moins une dose. Bien qu’elle soit l’un des centres de fabrication du vaccin d’AstraZeneca, la Corée du Sud a maintenu ses engagements d’exportation du vaccin et n’a pas disposé d’un approvisionnement suffisant pour sa propre population. Le pays est actuellement en train d’inoculer les personnes âgées de 55 à 59 ans.

À propos de l’Indonésie, qui est aujourd’hui l’épicentre du coronavirus en Asie de l’Est et du Sud-Est, Sean Darby, de la société d’investissement américaine Jefferies Group, a déclaré à CNBC: «La réalité est que... l’on n’atteint probablement pas son plein potentiel économique tant que l’on n’a pas développé une certaine forme d’immunité collective. Malheureusement, les chances que l’Indonésie retrouve ses niveaux [économiques] prépandémiques sont probablement assez faibles pour le moment, étant donné le faible déploiement du vaccin.»

Le cynisme de tels commentaires est frappant, et il s’applique à toute la région. Les pays qui avaient réussi à repousser la première vague de coronavirus parce qu’ils avaient rejeté la politique d’immunité collective en faveur de mesures de santé publique sérieuses et de grande envergure, paient aujourd’hui le prix de ne pas avoir laissé leur population être infectée, puisqu’ils ne peuvent pas obtenir des quantités suffisantes de vaccin pour «rattraper» le reste du monde, où l’infection fait rage presque sans résistance.

(Article paru en anglais le 27 juillet 2021)

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