Des manifestations d’extrême droite contre le confinement en pleine crise du COVID en Australie

Samedi, des manifestants d’extrême droite ont défilé dans les centres-villes de Melbourne, Sydney, Adélaïde et Brisbane, tandis que d’autres se sont rassemblés dans les villes et centres régionaux, pour exiger la fin des mesures de confinement limitées en place en pleine résurgence du coronavirus.

Les manifestants, qui semblent être au nombre de moins de 10.000 dans le pays, ont été vivement condamnés par de larges couches de la population.

Sur les réseaux sociaux, les travailleurs, les étudiants, les jeunes et de nombreuses personnes de la classe moyenne ont exprimé leur crainte que les rassemblements, organisés au mépris des ordonnances sanitaires interdisant les rassemblements de masse à Sydney, Adélaïde et Melbourne, ne deviennent des événements de super propagation virale. Au moins une infection et plusieurs sites d’exposition ont également été signalés à Brisbane, mais il n’y a pas de confinement là-bas.

Manifestation anti-confinement à Sydney (Photo: Twitter/ FallenAngelDeb)

Le sentiment populaire dominant est l’hostilité au caractère limité et inadéquat des mesures de confinement actuellement en place, en particulier à Sydney. Le gouvernement libéral-national de l’État de Nouvelle-Galles-du-Sud est largement méprisé, non pas à cause des restrictions médiocres qu’il a introduites tardivement, mais parce que son refus d’instituer des mesures plus strictes a entraîné la propagation incontrôlable du variant Delta à Sydney et sa propagation vers d’autres États.

Ceux qui ont participé aux manifestations de samedi comprenaient certaines des couches les plus désorientées et réactionnaires de la population. Ils comprenaient des militants antivaccins, des théoriciens du complot qui ne croient pas que le coronavirus soit réel, des libertaires extrêmes opposés à toute politique de santé publique et des provocateurs invétérés d’extrême droite.

Les manifestations ont été présentées dans le cadre d’un «Rassemblement mondial pour la liberté» et programmées pour coïncider avec des événements similaires à l’échelle internationale. Ils semblent en grande partie avoir été organisés via les médias sociaux, y compris Facebook, ainsi que des applications chiffrées comme Telegram.

Le slogan de «liberté» occupait une place importante dans une grande partie de la promotion des manifestations, utilisé pour décrire la «liberté» de toute mesure sanitaire, décrite comme une forme de «tyrannie».

Les articles d’Anthony Khallouf, fondateur du site Internet «Australians vs the Agenda» (Australiens contre le programme caché) et des pages de médias sociaux étaient typiques. «Nous devons arrêter la propagation du communisme. Si vous n’êtes pas présent à votre manifestation dans votre ville capitale ce samedi, vous pouvez aussi dire au revoir à l’Australie», a-t-il écrit la semaine dernière.

Khallouf a également exprimé son soutien à l’ex-président fascisant des États-Unis Donald Trump et à ses mensonges sur une élection américaine volée utilisée pour justifier la tentative de coup d’État à Washington le 6 janvier.

Le programmeur de Melbourne Harrison Mclean, qui aurait été impliqué dans la promotion des rassemblements, a été impliqué dans de précédents rassemblements de droite contre les mesures de confinement antérieures dans l’État de Victoria. En mars, une enquête du Guardian a révélé des discussions qu’il avait eues avec des fascistes sur l’exposition progressive de positions d’extrême droite aux participants au mouvement anti-confinement plus large, y compris un antisémitisme virulent.

Des membres des Proud Boys et d’autres organisations fascisantes auraient également annoncé les événements.

Selon la police, environ 3500 personnes ont participé à la manifestation de Sydney, les autres rassemblements dans les capitales mobilisaient quelques milliers. Des images des rassemblements montrent les participants rassemblés densément, l’écrasante majorité sans masque. À Sydney et à Melbourne, il y a eu de violents affrontements entre certains manifestants et la police, et des scènes chaotiques de participants tentant d’échapper aux barrages routiers en courant dans les ruelles.

Alors que la répulsion populaire contre les rassemblements est tout à fait sincère et légitime, les condamnations officielles des rassemblements sont tout à fait cyniques. Les médias qui se sont mobilisés contre les mesures de confinement tout au long de la pandémie et les politiciens qui ont refusé de mettre en œuvre les mesures exigées par les épidémiologistes en raison de leur impact sur les bénéfices des sociétés ont exprimé leur indignation face aux manifestants «imprudents» et «égoïstes».

Une grande partie de cette dénonciation s’est concentrée sur les violentes altercations entre les manifestants et la police. Mais les dénonciations officielles se sont également concentrées sur le fait que les rassemblements pourraient entraîner une nouvelle transmission et ainsi interférer avec les plans de levée des restrictions limitées actuellement en place. Étant donné que les gouvernements ont refusé de mettre en œuvre les mesures indispensables nécessaires pour arrêter la transmission ou même réduire l’explosion des cas, en particulier à Sydney, c’est tout à fait hypocrite.

Plus fondamentalement, les condamnations officielles visent à masquer l’alignement étroit entre les positions de l’establishment politique et médiatique et celles avancées lors des rassemblements de samedi.

Tout au long de la pandémie, le mouvement anti-confinement s’est nourri de l’agitation contre les mesures sanitaires de la grande entreprise et des élites politiques elles-mêmes. Une série de manifestations ont eu lieu à Melbourne l’an dernier opposant l’introduction tardive de mesures de confinement par le gouvernement travailliste de l’État du premier ministre Daniel Andrews au moment où une grave épidémie de Covid à Victoria échappait à tout contrôle. À l’époque, des représentants de l’opposition du Parti libéral de l’État, des médias de Murdoch et un large éventail d’experts de droite dénonçaient Andrews comme le «dictateur Dan» en raison des confinements.

La situation est encore plus dramatique maintenant. Au cours des six derniers mois, le gouvernement fédéral libéral-national, ainsi que les dirigeants des États et des territoires, pour la plupart travaillistes, se sont concentrés sur la manière de mettre fin aux mesures de confinement une fois pour toutes afin de «rouvrir l’économie» et de garantir les activités commerciales sans entraves.

Ensemble, au sein du «cabinet national» ministériel, ils ont convenu en juin d’un plan de suppression des mesures sanitaires permettant au virus de se propager. Selon le premier ministre Scott Morrison, dans le cadre de la phase deux du plan: «Les confinements ne se produiraient que dans des circonstances extrêmes pour empêcher l’escalade des hospitalisations et des décès.» La phase trois verrait le virus être traité comme la grippe et la phase quatre un «retour à la normale».

Ces étapes sont censées être amorcées en fonction des taux de vaccination qui restent à préciser. La discussion se poursuit, même si un déploiement chaotique et axé sur le profit signifie que seulement environ 15 pour cent de la population adulte est actuellement vaccinée.

Les mêmes positions anti-confinement, évidentes tout au long de la pandémie, ont dicté la réponse du gouvernement de Nouvelle-Galles-du-Sud à l’épidémie de Sydney. Pendant dix jours après que les infections du variant Delta ont été identifiées pour la première fois, il a refusé de mettre en place des restrictions en dehors de la prolongation du port du masque. Depuis lors, il a institué des mesures qui sont une parodie d’un véritable confinement, permettant une activité commerciale non essentielle généralisée.

Cela a permis aux infections quotidiennes de dépasser les 150 et a entraîné huit décès, dont celui d'une femme de 38 ans annoncé dimanche. Les décès tragiques devraient augmenter, avec 156 personnes actuellement dans les hôpitaux de Sydney, dont 44 dans des unités de soins intensifs.

Pourtant, la première ministre de Nouvelle-Galles-du-Sud, Gladys Berejiklian, rejette les demandes des experts de la santé pour des mesures de confinement strictes, y compris des fermetures d’entreprises généralisées. Des membres de premier plan du cabinet ont exprimé leur mécontentement quant à l’extension même des mesures limitées en place, tandis que des discussions seraient en cours au sein du gouvernement pour assouplir les restrictions dans certains secteurs de Sydney qui ont une faible transmission du virus.

Dans la presse financière, la principale plainte est qu’aucune restriction n’a lieu d’être. Chaque jour, des colonnes sont écrites qui expriment des positions similaires à celles affichées lors des rassemblements de samedi.

Dimanche, par exemple, l’ancien ministre des Affaires étrangères du pays, Alexander Downer, a écrit une chronique pour l’Australian Financial Review intitulée «La démocratie éliminée en laissant les restrictions aux soins des experts de la santé».

Downer, qui reste une figure politique de premier plan en Australie et à l’étranger, a déclaré que les restrictions actuelles suscitaient des questions dans le monde entier sur la façon dont «les Australiens autrefois durs et résistants, les porte-drapeaux de l’égalitarisme et de la démocratie, ont été réduits à trembler dans leurs maisons par des non-élus médecins en raison d’une poignée de tests COVID-19 positifs?»

Il était nécessaire de renoncer à toute idée d’élimination du virus, a fait valoir Downer. Il a salué la levée des restrictions au niveau international et affirme que les États des États-Unis qui avaient résisté aux mesures de confinement même minimales avaient fourni aux citoyens une «meilleure qualité de vie globale».

Downer, qui était ministre dans le gouvernement de droite de la coalition Howard qui a attaqué les droits démocratiques, notamment par le biais de la «guerre contre le terrorisme» et de la persécution des réfugiés, a formulé ses arguments en termes de «libertés individuelles». Cependant, il s’agit essentiellement de la «liberté» pour les sociétés de réaliser des profits sans restriction, même si cela signifie la mort évitable de personnes ordinaires. «Un jour, quelqu’un dira au peuple australien que personne n’est immortel», a écrit Downer.

Les liens entre l’establishment politique et les rassemblements de samedi ont également pris une forme plus directe. Le député populiste de droite du gouvernement fédéral George Christensen a assisté à l’une des manifestations à Mackay Queensland, et l’ancien député de file du gouvernement, désormais indépendant, Craig Kelly, a envoyé un message téléphonique au rassemblement de Brisbane.

Sur les réseaux sociaux, Christensen a publié des images de la manifestation de Sydney avec la légende: «On dirait que des milliers et des milliers de gens de Sydney protestent contre la suppression des libertés sous le prétexte de la pandémie.»

Le premier ministre Morrison a défendu la participation de Christensen au rassemblement de Mackay comme un exercice de «liberté d’expression», tout en qualifiant les manifestants de Sydney d’«égoïstes».

(Article paru en anglais le 26 juillet 2021)

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