Après les incendies de forêt dévastateurs (article en anglais) de juillet et août, la Grèce se dirige maintenant vers la prochaine vague de la pandémie avec une forte augmentation des infections au COVID-19 et un faible taux de vaccination. Le 24 août, les autorités ont enregistré un nombre record de 4 608 cas de COVID. Le 2 septembre, 106 personnes sont mortes du virus, le troisième chiffre le plus élevé depuis le début de la pandémie. Dans ce petit pays d'environ 11 millions d'habitants, plus de 14 000 personnes sont déjà mortes du COVID-19.
La population est en colère et s’inquiète de plus en plus du manque de ressources du système de santé et de la dangereuse stratégie d'« immunité collective » du gouvernement. La réouverture des écoles la semaine prochaine en particulier alimentera la propagation du variant Delta et mettra en danger des milliers d'enfants, de jeunes et leurs familles. En même temps, seuls environ 56 pour cent de la population sont actuellement complètement vaccinés.
Le gouvernement grec du parti de droite Nouvelle démocratie (ND) réagit aux tensions sociales aggravées par la pandémie par un nouveau virage à droite et se prépare à une confrontation avec la classe ouvrière. Le premier ministre Kyriakos Mitsotakis a donc remanié son cabinet la semaine dernière et attribué des postes à des forces d’extrême-droite.
Le nouveau ministre de la Santé est Athanasios ( Thanos ) Plevris, avocat et fils du fasciste et nazi le plus influent de Grèce Konstantinos Plevris. Jusqu'à sa défection à ND en 2012, Thanos Plevris était député du parti d'extrême droite LAOS (Alarme orthodoxe du peuple). Cela signifie que trois ministères sont désormais aux mains d'anciens politiciens de LAOS: la Santé avec Plevris, l'Intérieur avec Makis Voridis et le Développement avec Adonis Georgiadis. Tous trois sont des extrémistes de droite notoires connus pour leurs diatribes xénophobes.
Le fondateur du LAOS, Giorgos Karatzaferis, lui-même raciste et antisémite, a commenté le remaniement ministériel ce week-end sur sa propre chaîne de télévision, Art TV, avec une satisfaction évidente. « La moitié de ma faction dirige actuellement le pays », a déclaré Karatzaferis, qui y voit une concession aux opposants de droite à la vaccination. «Thanos Plevris était mon protégé », a-t-il souligné. Lorsque la propagande nazie du père de Plevris était trop sous les projecteurs du public, on a promu le fils à la place et il est entré pour la première fois au parlement en 2007.
Bien que Thanos Plevris essaie depuis longtemps de prendre ses distances avec son père, un examen plus approfondi de son parcours politique met en lumière le genre de politique qu’il pratique.
Le père, Konstantinos Plevris, est considéré comme le pionnier idéologique du parti néo-nazi Chrysi Avgi (Aube dorée). Pendant la dictature militaire de 1967 à 1974, Plevris a travaillé en étroite collaboration avec la junte et aurait également été à la solde de plusieurs services secrets, dont la CIA. Déjà en 1965, il fonda le « Parti du 4 août », dont le nom remonte à la dictature du général Ioannis Metaxas (1936-1941) qui réprima dans le sang le mouvement ouvrier dans l'entre-deux-guerres. Plevris senior n'est pas le seul dans cette tradition. Son fils, lui aussi, se serait référé positivement à Metaxas à plusieurs reprises, le qualifiant de « camarade » et de « leader ».
En 2006, le père de Plevris a publié le livre antisémite « Les Juifs, toute la vérité », dans lequel il faisait la promotion de l'Holocauste et déclarait sans ambages qu'il méprisait les Juifs et les considérait comme des « sous-humains », comme l'a rapporté le magazine en ligne allemand Telepolis. Ce livre a été promu à la télévision par l'actuel ministre du Développement Georgiadis. Lorsque K. Plevris a été condamné à 14 mois de prison avec sursis pour « excitation du peuple et incitation à la haine raciale » en décembre 2007, il a fait appel et a été défendu devant le tribunal par son fils Thanos lors du procès suivant – et a gagné. En 2009, le père Plevris a été acquitté, ce que son fils a vanté comme preuve de « la liberté d'expression en Grèce ».
Dans un communiqué (en anglais) du 1er septembre, le Conseil central des communautés juives de Grèce s'est dit préoccupé par la nomination de Thanos Plevris, rappelant comment il avait expliqué au tribunal en 2009, en tant qu'avocat de la défense, pourquoi il était parfaitement légal que son père veuille exterminer d'autres personnes. Commentant la référence de K. Plevris à Auschwitz, il a déclaré: « J'examinerai l'interprétation la plus extrême. Que l'accusé avec cette référence veut dire: ‘Garder le camp d'Auschwitz dans de bonnes conditions parce que je veux, à un moment donné, que le régime national-socialiste revienne, qu'Hitler revienne, prenne les Juifs et les mette à Auschwitz’. De quel genre d'instigation s'agit-il ? De quelle incitation s'agit-il ? Est-ce qu'on n'a pas le droit de croire et de vouloir croire que « je veux exterminer quelqu'un ?»
Plevris a répondu aux accusations du Conseil central juif en s'excusant auprès de la population juive et en s'exprimant « contre toute forme d'antisémitisme ». Mais de telles phrases sans valeur ne sont destinées qu'à dissimuler ses opinions d'extrême droite.
Dès les années 1990, Plevris a défilé avec les néonazis. Il est en bons termes avec l'ancien porte-parole de Chrysi Avgi, Ilias Kasidiaris, comme le prouve cette photo.
En 2020, le procès commença pour le meurtre d'un militant LGBT battu à mort à Athènes il y a deux ans. L’avocat de l'accusé est Thanos Plevris, selon une information de Deutsche Welle.
En 2010, Plevris apparut à côté de Georgiadis lors du rassemblement d’extrême droite de « L’Association patriotique des Thermopyles », où ils ont vitupéré sur la « pureté » de la race grecque et l'importance des « liens du sang ».
De plus, le nouveau ministre de la Santé est un sceptique vis-à-vis des vaccins. Lorsque la pandémie de grippe H1N1 s'est propagée en 2009-2010, il a encouragé la droite à s’opposer à la vaccination et a dénoncé au parlement les médecins appelant les citoyens à se faire vacciner, les dénonçant pour avoir instauré la « panique ». En juillet dernier, il s'est prononcé contre les encouragements du gouvernement pour que le public se fasse vacciner contre le COVID-19.
Particulièrement choquantes sont ses déclarations inhumaines de 2011, lorsqu'il a appelé au meurtre de réfugiés lors d'un événement organisé par le magazine de droite Patria. « Il n'y a pas de protection aux frontières sans morts », a déclaré Thanos Plevris sous les applaudissements de ses partisans fascistes.
Il a menacé les immigrés: « Quand vous êtes ici, il n'y a pas d'avantages sociaux, vous n'aurez rien à manger ni à boire, vous ne pourrez pas aller à l'hôpital et vous ferez savoir aux autres au Pakistan, 'Nous sommes plus mal lotis ici.' » La migration vers la Grèce devrait être découragée, a-t-il souligné. « L'enfer doit ressembler au paradis, comparé à ce qu'ils vivront ici ! »
Il n'y a pas que des semblables de Plevris en Europe comme le premier ministre hongrois Orban ou les politiciens allemands de l'AfD qui ont fait des diatribes similaires. Ces dernières années, toute la classe dirigeante en Grèce et dans l'UE a suivi précisément cette voie, terrorisant les réfugiés avec des coups de feu à la frontière, des « refoulements » en Méditerranée et des conditions de vie infernales dans les camps de détention.
Le renforcement des éléments fascistes dans le gouvernement grec doit être compris comme une déclaration de guerre ouverte à la classe ouvrière. Le nouveau ministre de la Santé d'extrême droite imposera sans relâche des politiques de réouverture et des coupes budgétaires dans le système de santé sur fond de conditions de la nouvelle vague Delta.
Mitsotakis a apporté d'autres changements dans son cabinet. Le ministre de la Protection des citoyens Michalis Chrysochoidis, discrédité pour son inaction fatale lors des récents incendies de forêt, a été remplacé par Panagiotis Theodorikakos, qui est également en charge de la police et des pompiers
Theodorikakos a fait une longue marche vers la droite, de l'organisation de jeunesse du Parti communiste de Grèce en passant par le PASOK social-démocrate pour arriver à ND. Son histoire signifie qu'il est considéré comme un homme apte à réprimer les protestations sociales. Quelques jours après son entrée en fonction, il a appliqué pour la première fois la nouvelle loi limitant les manifestations, votée l'année dernière. Une manifestation d'environ 200 étudiants dans le centre d'Athènes a été refoulée sur un côté de la rue par la police vendredi dernier afin que la circulation automobile puisse se poursuivre normalement.
Le gouvernement a également mis en place un nouveau ministère de la Crise climatique et de la Protection civile pour détourner la colère populaire face aux conséquences des incendies de forêt de cette année. Mitsotakis a d'abord nommé Evangelos Apostolakis, ancien général de la marine et ministre de la Défense du gouvernement Syriza, à ce poste, dans le but d'intégrer le parti d'opposition. Il a refusé et le poste a été confié au politicien conservateur de droite chypriote Christos Stylianidis, ancien commissaire européen à l'aide humanitaire et à la protection contre les crises, de 2014 à 2019.
Le virage à droite actuel en Grèce s'inscrit dans un processus international. Partout, la classe dirigeante se tourne vers des formes de gouvernement dictatoriales et s'appuie sur les forces d'extrême droite pour réprimer l'opposition croissante parmi les travailleurs et les jeunes.
L'année a commencé avec la prise d'assaut du Congrès américain par une foule fasciste à l'instigation de l'ancien président Donald Trump. En Allemagne, les candidats des partis bourgeois au Bundestag rivalisent pour savoir qui peut le plus agressivement faire avancer un programme militariste et mettre en œuvre les réouvertures d'écoles de la manière la plus brutale. Dans tous les pays de l'UE, les systèmes de santé publique risquent de s'effondrer en raison de la propagation du variant Delta à mesure que les gouvernements laissent le virus sévir, supprimant toutes les mesures de protection sanitaires à l'exception des vaccinations. Un an et demi après le début de la pandémie et après plus d'un million de morts en Europe, les élites dirigeantes continuent de poursuivre le même programme: « les profits avant les vies ».
C'est pourquoi il n'y a eu aucun tollé dans les médias internationaux sur le fait qu'un homme politique du même type que le fasciste allemand Bjorn Höcke dirige désormais le ministère grec de la Santé. De grands journaux comme Spiegel Online, le New York Times et le Guardian ont gardé le silence, tout comme la plupart des politiciens européens et des partis de la pseudo-gauche à l’international.
Le plus grand parti d'opposition, Syriza (Coalition de la gauche radicale), a feint de critiquer verbalement le remaniement ministériel. Le chef du parti, Alexis Tsipras, a parlé d'un « gouvernement des ministres du LAOS » d'extrême droite et le député de Syriza, Euclid Tsakalotos, a cité les diatribes anti-réfugiés de Plevris au parlement. « Un homme qui a fait cette déclaration et pense comme ça ne peut être ministre de la Santé dans aucun pays européen », a déclaré Tsakalotos.
Mais il a ensuite immédiatement proposé d'accepter Plevris s'il prenait ses distances par rapport à ces déclarations: « À notre avis, il n'y a que deux options: soit il rétracte ses déclarations maintenant, avant l'investiture, soit M. Mitsotakis révise sa décision ».
En fait, Syriza fait partie du tournant à droite de la politique grecque et internationale et est directement responsable de la montée des forces d'extrême droite aux plus hautes fonctions gouvernementales. Au cours de son mandat au gouvernement de 2015 à 2019, ce parti a formé une coalition avec les Grecs indépendants d'extrême droite (Anel) pour imposer les diktats d'austérité de la ‘Troïka’ (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne) face à l'énorme opposition populaire. Parallèlement, Syriza a armé l'appareil d'État policier et l'armée, et a poursuivi une politique brutale contre les réfugiés dans l'esprit de Plevris.
(Article paru en anglais le 11 septembre 2021)
