Le premier ministre conservateur Boris Johnson et son ministre de la Santé Sajid Javid ont confirmé hier qu’ils ne feraient rien pour s’opposer à la propagation renforcée de la pandémie de COVID-19 alors que l’automne fait place à l’hiver.
Boris Johnson a présidé une conférence de presse à Downing Street pour confirmer un «plan A» que le gouvernement décrit comme «une approche globale destinée à guider le pays pendant l’automne et l’hiver 2021-22». Plus tôt, Javid avait déclaré que ce plan serait imposé «sans nécessité de restrictions économiques et sociales strictes».
Le plan A a été publié dans un document de 32 pages. Il est basé presque exclusivement sur l’encouragement de vaccinations supplémentaires, avec à peine une vague allusion à d’autres mesures d’atténuation.
Le projet «Renforcer nos défenses par des interventions pharmaceutiques: vaccins, antiviraux et thérapies modificatrices de la maladie» est centré sur le déploiement d’un programme de vaccination de rappel pour toutes les personnes de plus de 50 ans et sur l’offre du vaccin aux jeunes de 12 à 15 ans, sur les conseils du médecin en chef.
À part cela, il y eut des promesses délibérément vagues de mesures «Test, Suivi et Isolation», de «Soutien» au NHS (Service national de Santé) et d’aide sociale à travers une «gestion des pressions et une récupération des services», en «conseillant les gens sur comment se protéger eux et les autres», et en «aidant à vacciner le monde et à gérer les risques aux frontières».
Le véritable cœur de la stratégie du gouvernement a été dévoilé dans un article du Telegraph paru lundi, «Fini les confinements nationaux, Boris Johnson déchire les règles COVID».
«Boris Johnson va faire savoir cette semaine qu’il est “résolument opposé” à un nouveau blocage national, déchirant l’ancien système de règles Covid et adoptant une nouvelle approche pour l’hiver… Une source gouvernementale haut placée a déclaré au Telegraph l’argument que Johnson allait avancer: “C’est le nouveau normal. Nous devons apprendre à vivre avec le COVID”», jubilait le journal.
Le gouvernement n’évite une telle déclaration crue que parce qu’il est pleinement conscient des terribles conséquences de laisser libre-cours au virus. Les cas, hospitalisations et décès sont tous supérieurs à ce qu’ils étaient à la même époque l’an dernier, malgré le programme de vaccination.
Le jour où le plan du gouvernement a été rendu public, les modélisateurs du comité consultatif SAGE du gouvernement avertissaient que sans une intervention rapide, entre 2.000 et 7.000 personnes par jour pourraient être hospitalisées dû au COVID, rien qu’en Angleterre et d’ici le mois prochain, contre 1.000 actuellement. Même alors, il n’a conseillé que «des mesures plus légères» comme «l’encouragement du travail à domicile…, des messages clairs recommandant aux gens d’agir avec prudence, des tests plus généralisés, un retour à l’obligation d’isoler tous les contacts des cas; et plus de port de masque».
Ce n’est là qu’un appel à appliquer plus rapidement le plan gouvernemental B qui consiste en quelques mesures minimales applicables uniquement si le NHS risque d’être débordé. Cela est présenté comme un plan d’urgence, mais, en réalité, ce n’est pas un plan du tout. L’intégralité du plan B ne couvre que quatre courts paragraphes. La première des trois «mesures» est un engagement à communiquer «clairement et de toute urgence au public que le niveau de risque a augmenté, et avec lui la nécessité d’adopter un comportement plus prudent», introduisant «l’obligation de certification de statut-COVID pour vaccinés seulement, dans certains contextes» et «l’obligation légale de se couvrir le visage dans certains contextes». Les rassemblements de masse à l’intérieur et à l’extérieur seraient toujours autorisés, à condition que les entreprises les organisant opèrent pour l’accès avec des passeports-vaccination obligatoires.
La dernière disposition du plan B est que «le gouvernement envisagerait également de demander à nouveau aux gens de travailler à domicile s’ils le peuvent, pendant une période limitée», tout en soulignant que «cela entraîne plus de perturbations et des coûts immédiats plus importants pour l’économie et certaines entreprises que les autres interventions du plan B, de sorte qu’une décision finale sera prise en fonction des données du moment».
Johnson a di du plan B qu’il avait «un certain nombre de flèches diverses dans le carquois», tout en insistant pour dire qu’on ne s’en servirait qu’en tout dernier recours pour éviter de passer à un confinement et de frapper les bénéfices des entreprises. «On ne les tirerait pas forcément toutes en même temps, loin de là, nous voudrions faire les choses de manière graduée», a-t-il précisé.
Le point 76 du plan automne/hiver dit que «compte tenu du degré élevé de protection de la population adulte contre le COVID-19 par la vaccination, des changements relativement mineurs dans les politiques et les comportements pourraient avoir un impact important sur la réduction (ou l’augmentation) de la transmission, pour faire infléchir la courbe épidémique et atténuer ainsi la pression sur le NHS. Grâce au succès du programme de vaccination, il devrait être possible de gérer une nouvelle résurgence avec des mesures moins dommageables que les mesures de confinement et les restrictions économiques et sociales déployées dans le passé.»
Les plans A et B du gouvernement partent tous deux du principe que le COVID-19 est désormais endémique et ne peut être éradiqué. Cela ne repose plus sur l’affirmation qu’on atteindrait l’«immunité collective» par un mélange de vaccinations et d’infections ; c’est la nette affirmation qu’il faut «vivre avec le virus» et signifie des morts en masse pour de nombreuses années à venir.
L’éditorial du Telegraph de lundi, «La Grande-Bretagne doit mettre un terme à toutes les restrictions concernant le Covid», déclare: «Le Covid est maintenant une maladie endémique, ce qui signifie que les gens l’attraperont encore – y compris beaucoup de ceux qui ont été vaccinés – et que certains finiront à l’hôpital gravement malades, et même mourront».
Dans un article du Times lundi, le rédacteur scientifique Tom Whipple et la journaliste scientifique Kaya Burgess notent que «l’année dernière à la même époque, on avait 4.000 cas quotidiens et 1.000 patients atteints de Covid à l’hôpital. Aujourd’hui, on dénombre 30.000 cas quotidiens et 8.000 patients hospitalisés. Nous entrons dans l’automne sur une base bien plus élevée».
Auparavant, la pensée générale était que «si nous parvenions à faire passer la nation au-dessus de la ligne d’immunité collective, tout irait bien». Mais «grâce au variant Delta, cette ligne est moins claire et semble s’éloigner sans cesse. L’immunité diminue avec le temps, chaque vague de rappels et d’infections la complète. C’est ainsi que le pays s’approche d’un équilibre d’endémicité, un point qui est notre véritable ligne d’arrivée.»
Traduisez «équilibre d’endémicité» par « niveau acceptable» de maladies et de morts. Le mois dernier, le journal «i» a révélé que le gouvernement avait déjà mené à huis clos son «analyse coûts/bénéfices» et déclaré qu’un «niveau acceptable de décès dus au Covid-19» d’environ 1.000 décès par semaine était préférable à un nouveau confinement. Et même dans ce cas, cela ne ferait que susciter une «discussion» sur des mesures de confinement éventuellement plus strictes.
Le Times termine ses ruminations par une analogie torturée comparant la pandémie de Covid à «une cloche frappée dans une grotte sombre. Le premier écho revient clair et net. Le deuxième aussi. Mais chaque écho suivant est atténué et déformé jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un faible rappel, à peine perceptible. Le vacarme assourdissant de Covid est bien plus calme aujourd’hui. Un jour, il cessera».
C’est du non-sens anti-scientifique. Il n’y a aucune raison de supposer que le virus deviendra progressivement plus bénin et qu’on pourra le traiter comme la grippe. De nouvelles mutations rendues possibles par le refus de contenir le virus et de mettre fin à la pandémie peuvent conduire à des souches encore plus mortelles.
Pour l’empêcher, il faut mobiliser la classe ouvrière. Les travailleurs doivent s’organiser en comités de sécurité de la base sur chaque lieu de travail et dans chaque quartier contre le gouvernement criminel de Johnson et ses alliés de fait, le Parti travailliste et les syndicats. Cela doit reposer sur un plan conscient visant à l’élimination totale du virus par des mesures qui incluent la fermeture des industries non essentielles, des écoles et des universités ; tous les coûts nécessaires pour éliminer le virus devant être supporté par les grandes entreprises et les banques.
(Article paru d’abord en anglais le 15 septembre 2021)
