Le 10 septembre, la Cour de justice de la République a auditionné l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn et l’a mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Buzyn était ministre de la Santé entre 2017 et 2020, y compris pendant les premiers mois de la pandémie de Covid-19. Sa mise en examen met en évidence le sentiment largement partagé en France et internationalement que les élites dirigeantes ont mené une politique de meurtre social face à la pandémie.
Alors que les partis politiques établis de France soutiennent soit le gouvernement, soit la campagne réactionnaire anti-vaccinale lancée par l’extrême-droite et secondée par les appareils syndicaux, une autre réaction se développe face à la faillite des milieux dirigeants. Le procureur général recense 14.500 plaintes déposées concernant notamment le manque d’équipements de protection pour les soignants et pour la population. A ce jour, neuf de ces plaintes ont été jugées recevables par la CJR.
Cette mise en examen intervient dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet général de la Cour de cassation, le 3 juillet 2020. Les plaignants, parmi lesquels des représentants d’un collectif de médecins, ont été auditionnés début septembre et dénoncent des faits de «mise en danger de la vie d’autrui», d’«homicide involontaire» ou de «non-assistance à personne en danger».
L’enquête a mené notamment, en octobre 2020, à plusieurs perquisitions aux domiciles et aux bureaux d’Agnès Buzyn, mais aussi du ministre de la santé, Olivier Véran; de l’ex-premier ministre Edouard Philippe; de Sibeth Ndiaye, ex-porte-parole du gouvernement; du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon; et de la directrice générale de Santé publique France, Geneviève Chêne. Agnès Buzyn est la première personnalité publique inculpée dans ce dossier.
Buzyn est aussi placée sous le statut de témoin assisté pour « abstention volontaire de prendre les mesures propres à combattre un sinistre ». Cette infraction, passible de 2 ans de prison et de 30.000 euros d’amende, concerne « quiconque s’abstient volontairement de prendre ou de provoquer les mesures permettant, sans risque pour lui ou pour les tiers, de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes ».
L’actuel ministre de la Santé Olivier Véran, l’ex-premier ministre Edouard Philippe et Castex devraient être eux aussi auditionnés.
Sans surprise, ces ministres disposent du soutien des médias dominants et espèrent donc tourner les procès à leur avantage et légitimer leur politique visant à laisser le coronavirus se propager.
Le matin de son audition, Agnès Buzyn déclarait: « Aujourd’hui c’est une excellente opportunité pour moi de m’expliquer et de rétablir la vérité des faits. Je ne laisserai pas salir l’action du gouvernement, mon action en tant que ministre, alors que nous avons fait tant pour préparer notre pays à une crise sanitaire mondiale qui, je le rappelle, dure encore ».
La décision de la mise en examen d’Agnès Buzyn et l’audition de hauts responsables par la CJR est le produit avant tout de la peur de l’opinion dans les milieux officiels. De larges sections de la classe ouvrière ont la conviction que le gouvernement Macron a perpétré un crime social en permettant au coronavirus de faire environ 115.000 morts en France.
La déclaration de Buzyn avant son audition est en contradiction avec son aveu au début de l’année 2020 au journal Le Monde que pendant des mois, tous les hauts dirigeants du gouvernement Macron avaient sciemment minimisé le danger. Elle expliquait alors que « le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein ».
Selon Buzyn, elle avertissait à cette époque qu’il y « allait avoir des milliers de morts ».
Durant des mois, présentant le coronavirus comme une simple grippe, les autorités françaises n’ont rien fait pour se préparer à une épidémie, pas même l’achat de masques alors que les stocks de l’état étaient vides. Non seulement les élections municipales ont été maintenues alors que l’Europe devenait le centre mondial de la pandémie, mais Buzyn mentait publiquement, affirmant le 24 janvier que « le risque de propagation du coronavirus dans la population est très faible ».
Les réactions de la classe politique y compris dans l’opposition à la mise en examen de l’ex ministre de la santé montrent la complicité de l’ensemble de l’establishment politique avec la stratégie du gouvernement Macron et de l’UE dans la mise en œuvre de la politique d’immunité collective. Aucune organisation politique ou syndicale n’a averti du danger mortel auquel les travailleurs seraient exposés pour les maintenir au travail.
Matignon a défendu Buzyn, en déclarant: « Nul ne peut douter du sérieux et de l’engagement dont [Agnès Buzyn] a fait preuve aux premiers signes de l’épidémie. La France a pris très rapidement les mesures nécessaires ».
Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée nationale et député de l’Ain, a indiqué sur BFMTV qu’il «ne partage pas cette volonté de tout mettre devant la justice, ça n’est pas comme ça qu’on fait de la politique ». Laurent Berger, secrétaire général du syndicat CFDT, de son côté, s’est dit « mal à l’aise » que l’on jette « un peu à la vindicte populaire des responsables politiques qui ont sans doute fait leur travail comme ils ont pu ».
La question décisive dans ce dossier est de mobiliser politiquement les travailleurs, qui ne peuvent pas attendre de la justice qu’elle juge la responsabilité du gouvernement Macron et de l’aristocratie financière internationale, ni des appareils syndicaux qu’ils mènent une lutte.
Ce sont les travailleurs eux-mêmes qui par les grèves sauvages et les abandons de postes ont forcé les gouvernements européens, y compris celui de Macron, à instaurer un confinement. La classe dirigeante a toutefois refusé de faire le traçage des cas et de limiter la circulation du virus après le premier confinement. L’ensemble de la classe dirigeante est responsable d’un meurtre social qui a fait 115.000 morts en France et 1,2 millions en Europe.
Ceci contraste avec la Chine qui a mené une politique scientifique sérieuse de lutte contre la pandémie dès le début, et qui ainsi a pu limiter le nombre de morts à 5.000. Toutefois, pour mener cette politique à l’échelle internationale et ainsi mettre fin à la pandémie, il faut mobiliser un mouvement international des travailleurs, mené indépendamment des appareils syndicaux à la botte de l’État et de sa politique de laisser le virus se propager.
Une pareille lutte rencontrera une opposition féroce de l’aristocratie financière et de ses dirigeants militaires et politiques. En avril, des milliers d’officiers français ont signé des tribunes proposant de mener des opérations militaires afin de tuer des milliers de personnes et de subjuguer des mouvements d’opposition en France. Les politiciens d’extrême-droite parlent ouvertement de leur terreur face au danger de révolution et de leurs projets d’instaurer une dictature militaire.
« Aujourd’hui, à la crise sécuritaire s'ajoute la pandémie, le tout sur fond de crise économique, sociale et politique avec une confiance qui n'existe plus dans les dirigeants », a déclaré le général retraité Philippe de Villiers. « Je crains que ces colères rentrées explosent en même temps. ... L'État de droit est évidemment respectable, mais à un moment, il faut aussi élaborer une réflexion stratégique ».
Contre cette petite élite dirigeante réactionnaire, isolée et terrorisée par les masses, il faut mobiliser les travailleurs dans une lutte pour défendre les droits démocratiques et imposer une stratégie d’éradication du virus. A cette fin, le Parti de l’égalité socialiste met en avant la perspective de construire une Alliance ouvrière internationale de comités de base. Il explique que la défense des droits démocratiques et des vies nécessitera la formation au sein de pareils organisations d’un mouvement politique pour le socialisme et pour transférer le pouvoir aux travailleurs.
